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Alerte au burn-out dans le digital

Ressources humaines

31/10/2013 -

En agences ou dans les médias, les cas d’épuisements professionnels se multiplient. Enquête sur ce nouveau mal, aggravé par l’hyperconnectivité.

«Tant que je n'avais pas répondu au dernier tweet, je ne pouvais pas aller me coucher, et cela pouvait durer jusqu'à minuit. Et dès 6 heures du matin le lendemain, je commençais ma journée par aller vérifier le compte Twitter et la page Facebook de mon entreprise.» Pour Morgane*, attachée de presse dans une compagnie aérienne depuis douze ans, tout a basculé quand elle s'est vu confier, en plus, le community management: «Comme j'étais porte-parole, je me suis portée volontaire, explique-t-elle. Sur mon bureau il y avait deux portables: à droite celui où je recevais les mails, à gauche le tableau de bord des médias sociaux.» Morgane se retrouve à piloter ces deux univers en parallèle.

En mars 2011, avec la catastrophe nucléaire de Fukushima (Japon), cette double fonction devient ingérable, les passagers veulent rentrer en urgence à Paris et le flux de tweets décolle (plus de 6 000). Morgane explose en vol. Ses collègues la retrouvent en sanglots dans l'open space, elle est arrêtée pendant six semaines pour burn-out.

Cet épisode est loin d'être isolé. Les cas d'épuisement professionnel se multiplient dans les services de communication, en agences et dans les médias. Un constat corroboré par notre enquête: Stratégies a reçu plus d'une vingtaine de réponses à la suite d'un appel à témoignages. Comment expliquer ce phénomène? Faut-il le relier à la montée en puissance des outils digitaux dans l'entreprise?

«Tâcheron de l'ignorance»

Premier constat: les profils de ces naufragés de l'entreprise se ressemblent souvent. Ce sont en général de bons soldats, très investis dans leur job. A l'image de ce jeune journaliste embauché au poste dont il rêvait de «rédacteur scientifique»: il s'aperçoit vite que les cadences folles de production (jusqu'à 28 résumés d'articles très techniques par jour) l'empêchent de les traiter sérieusement... «Le travailleur de la connaissance devient un tâcheron de l'ignorance», résume Pascal Chabot, philosophe, auteur de Global burn-out.

Morgane, l'attachée de presse-gestionnaire de communauté, adorait son travail dans sa compagnie aérienne; tout comme ce chef de projet de 27 ans, dans une grosse agence digitale indépendante, qui a fait son premier burn-out dès la fin de sa période d'essai. «A cette époque il y avait eu une vague de départs à l'agence, et j'ai récupéré une partie de leurs missions. Au total je gérais une dizaine de clients, ainsi que les nouvelles compétitions, relate-t-il. Ma journée type s'étalait de 10h à 2-3h du matin.» La goutte d'eau? Un souci technique sur un projet complexe. A partir de là, il n'est plus parvenu à contenir ses larmes. Il s'est cloîtré à son domicile pendant une semaine. Quelques mois plus tard il a fait un second burn-out et a fini par claquer la porte de sa société. Aujourd'hui il a retrouvé un poste dans une autre agence avec des horaires «normaux»: 9h-20h.

«Le burn-out touche tous les niveaux hiérarchiques: on retrouve des managers assis par terre dans un coin de bureau, prostrés comme s'ils avaient été victime d'un bug», constate Clotilde Lision, psychologue. Avant d'en arriver là, il y a pourtant des signes avant-coureurs (lire encadré).

L'angoisse d'être dépassé

Bien souvent l'attachement à son job est un facteur aggravant. «Dans ces métiers de l'information et de la communication, il y a toujours à la fois de l'attirance, de la passion et en même temps l'angoisse de n'être jamais à jour», prévient Marie Pezé, docteur en psychologie et expert judiciaire, qui assure actuellement des formations sur les risques psychosociaux à France Télévisions. S'y ajoute une dimension affective avec la peur de n'être plus bien en cour.

Bien sûr, l'entreprise a sa part de responsabilité dans la multiplication des cas de burn-out: la chasse aux coûts et sa version politiquement correcte - le lean management - poussent les sociétés à fonctionner avec toujours moins de permanents. Alors que, dans le même temps, le digital ajoute de nouveaux champs d'intervention (Web et réseaux sociaux) aux communicants et journalistes. Cela conduit à un émiettement du travail en une multitude de petites tâches.


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