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Formation

Centre Pompidou : l’art d’élargir ses horizons

06/03/2019 - par Amaury de Rochegonde

Dans le cadre de sa branche de formation continue à destination des entreprises, le Centre Georges-Pompidou a ouvert en mai un parcours artistique initiatique. Objectifs : ouvrir ses chakras et renouveler sa vision du monde.

Marion Laporte, responsable de l’École pro au Centre Georges-Pompidou, a un vocabulaire bien à elle. Elle parle de « prise de judo » à propos des jeux d’optique et de couleurs d’une œuvre de Yaacov Agam susceptibles de transformer l’espace. Elle aime interroger le visiteur pour savoir combien de mètres carrés il peut y avoir dans le Jardin d’hiver de Jean Dubuffet, sorte de grotte blanche aux lignes noires sinueuses qui semble faite pour résister à tout instrument de mesure. Ou encore, elle demande quels sens sont convoqués dans Respirare l’Ombra, de Giuseppe Penone, une pièce tapissée de lauriers, ou dans le nuage acoustique de Maya Dunietz, composé de milliers d’écouteurs et où aucun bruit n’arrive jamais au même endroit à intervalle régulier.
De l’art brut, gratuit, avec pour seule limite l’imagination de chacun…? Pas tout à fait, quand on est un cadre d’un grand groupe immobilier et que l’on doit identifier les aspirations citadines pour déterminer les immeubles de demain. « Il lui faut aujourd’hui mixer les espaces de bureaux, le coworking, les lieux de détente, les espaces collectifs ou isolés. L’expérience que l’on fait vivre au public depuis quarante ans peut être intéressante pour une entreprise qui cherche à inventer des lieux de vie », constate Julie Narbey, directrice générale du Centre Pompidou (lire son interview ci-dessous). Le promoteur immobilier s’est également vu proposer une initiation aux grands architectes et à l’histoire de l’architecture à travers des maquettes ou des plans.

Des œuvres sélectionnées autour d'une thématique

Depuis le mois de mai, le centre national d’art et de culture, connu sous le nom de Beaubourg, s’est ouvert à la formation permanente auprès de grandes entreprises comme Vivendi, BPCE, SNCF, Kering, Saint-Gobain ou L’Oréal. Mais l'établissement a déjà l’habitude de recevoir des groupes scolaires : une installation de Davide Balula, 37.5°C, invite par exemple les enfants à découvrir les multiples sensations de leur corps en passant à travers des voiles. Surtout, le lieu qui abrite la deuxième collection au monde d’art moderne et contemporain après le Moma accueille des entreprises dans le cadre d’opérations de mécénat. C’est donc de cette « habitude de la médiation individuelle et collective », comme le dit sa directrice, que le Centre Pompidou tire parti à travers « l'École pro » : le plus souvent, il s’agit d’une journée qui comprend un parcours initiatique à partir de quatre ou six œuvres sélectionnées sur une thématique déterminée par l’entreprise.

Mais l’École pro prévoit aussi des workshops avec des artistes. « Dans la journée, on peut intégrer un atelier de pratique artistique. Cela peut être une expérience vécue, à travers le workshop, ou de la pratique artistique pour se reconnecter avec le faire, la matière », souligne Julie Narbey.  Le Comité Colbert y trouve, par exemple, une manière de faire vivre des expériences qui irriguera la mise en scène de ses boutiques de luxe. Le tarif moyen est de 12 000 euros pour un groupe d’une quinzaine de personnes. Le centre peut accueillir deux à trois formats par semaine.

En direct avec les artistes

Dans le cadre de son école professionnelle, le centre a commandé à l’architecte-artiste Leopold Banchini – avec Laure Jaffuel – une œuvre de design qui sert aussi d’espace pour ses formations. Les pros arrivent dans une pièce grise et vide, au milieu du musée, qui va se révéler au fur et à mesure de la session. Sous un néon à la lumière blanche, des dalles 60×60 typiques des bureaux dissimulent des espaces de travail, de conférence ou de détente qui redonnent une nouvelle vie à la matière. « Les œuvres peuvent amener à questionner les organisations et les pratiques managériales pour faire un pas de côté, relève Marion Laporte. Mais les entreprises viennent aussi chercher la rencontre directe avec les artistes, une transmission par le geste et le faire. »
Kering choisit par exemple Lei Saïto et sa cuisine existentielle avec cire d’abeille et épices pour illustrer sa thématique « empowering imagination ». Des salariés de SNCF et Maif édifient une figure de géométrie en commun pour donner corps au thème de « l’engagement ».  Des entreprises confrontées à une nécessité de transformation digitale peuvent aussi s’inspirer des enseignements de Benoît Pype qui cherche à mettre en cohérence le numérique avec l’humain via le concept de décélération, qui consiste à ne pas se laisser imposer un rythme par la technologie, mais de mettre au contraire la machine au diapason de chacun. C’est d’ailleurs un peu l’épilogue du parcours artistique vécu dans la journée : les initiés sont pour finir invités à « rebalayer toutes les notions perçues de manière sensible pour se les réapproprier », conclut Marion Laporte. Il ne s’agit pas seulement de s’oxygéner l’esprit, il faut aussi « nourrir le projet stratégique de l’entreprise ». Pas vraiment de l’art pour l’art…

« Les artistes sont des anthropologues du contemporain »

  Julie Narbey, directrice générale du Centre Georges-Pompidou

Quel est l’idée de cet art thinking à destination des entreprises ?

 Pour le Centre Pompidou, au cœur des enjeux contemporains, l’idée est de créer des relations nouvelles aux entreprises, qui sont des acteurs incontournables de la société, et d’inventer d’autres offres que le mécénat de projet. Nous avons un fonds de dotation avec des résidences d’artistes en entreprise ou « l’École pro » qui implique l’habilitation à faire de la formation professionnelle. Sur une ou deux journées, il s’agit de vivre une expérience au cœur des œuvres de notre collection et des artistes vivants qui peuvent intervenir sous forme de workshops. L’idée est d’accompagner les entreprises dans leur réflexion sur leur transformation, leurs modes de fonctionnement ou leurs pratiques managériales.

Sur quoi s’appuie cette démarche de rapprochement entre le monde de l’art et celui du management ?

Sur la conviction que les artistes sont comme les anthropologues du contemporain et qu’ils portent en eux l’idée de regarder le monde différemment. Il ne s’agit pas d’utiliser l’art comme un faire-valoir marketing mais de s’inspirer du regard décalé de l’artiste sur le monde pour faire un pas de côté dans sa pratique professionnelle. Toutes les entreprises sont en quête de sens dans leur politique RSE ou subissent des transformations. Celles qui s’interrogent sur leur action sociétale touchent très largement tous les secteurs. Certaines veulent ouvrir des formations sur la question de la confiance entre les salariés, avec les clients, ou entre les managers et les équipes.

Quels sont les artistes les plus inspirants dans le cadre d’une réflexion managériale ?

J’étais avant au Palais de Tokyo auparavant et j’ai été très inspirée par Tino Sehgal qui travaille sur des problématiques de collectif, de paroles, d’intelligence sensible. Au sein de l’École pro, il y a aussi Stéphane Thidet qui a fait œuvre collective avec des équipes d’une grande entreprise dans le cadre d’un workshop. Pour ce qui est du parcours dans la collection, il peut y avoir des œuvres modernes comme contemporaines.

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