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Start-up

Entreprendre, un verbe très masculin

16/10/2019 - par Gilmar Sequeira Martins

L'entrepreneuriat reste un territoire difficile d'accès aux femmes. Le constat de l’étude menée par le collectif Sista ne laisse guère de place au doute tant les écarts entre hommes et femmes sont béants lorsqu’il s’agit de lever des fonds.

Nous republions cet article récemment diffusé alors que sera signée la charte Sista, jeudi 17 octobre, au ministère de l’Économie et des Finances en présence de Cédric O, secrétaire d’État chargé du Numérique, et de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité hommes-femmes et de la lutte contre les discriminations. Cette charte d’engagement et de bonnes pratiques, rédigée en partenariat avec le Conseil national du numérique, a pour objectif de lutter contre les inégalités de genre dans le domaine de l’économie numérique et sera signée par plus de 50 fonds d’investissements. Sista est un collectif de femmes entrepreneures et investisseures visant notamment à atteindre 25 % d'entreprises fondées ou co-fondées par des femmes.

 

Devant la loi, femmes et hommes sont égaux. Devant un parterre d’investisseurs, beaucoup moins. C’est le constat sans appel dressé par l’étude publiée début septembre par Sista, un collectif de femmes VC (venture capitalists) et entrepreneures, en partenariat avec le cabinet de conseil BCG. Ce baromètre, bâti à partir de données recueillies auprès de 15 000 start-up en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, mesure l’écart qui sépare les femmes et les hommes dans le processus de levées de fonds. Et il est pour le moins béant : en France, depuis 2008, les start-up dirigées par des femmes n’ont capté que 2% du total des fonds levés et le montant moyen qui leur est accordé est 2,5 fois moins important que celui accordé à leurs homologues masculins. Quant à leur probabilité d’être soutenues par les principaux fonds, elles sont inférieures de 30% à celle des start-up dirigées par des hommes. En 2018, les femmes ne recevaient que 2,2% des financements des fonds de capital-risque dans le monde.

«Il y a clairement un sous-financement des entreprises menées par des femmes à travers les levées de fonds», admet Valérie Brouchoud, ancienne présidente de Doctissimo et fondatrice de YooMum, un site et une appli qui permettent aux jeunes mères et à celles qui vont le devenir d’entrer en contact et de partager leur expérience. La start-uppeuse pointe la composition des aréopages chargés d’attribuer la manne financière avec, selon Sista, des équipes de financement qui ne comptent que 8 % de femmes. «Globalement, les candidats sont face à des hommes qui ont plutôt la cinquantaine.» De quoi selon elle créer des biais : «Je sens parfois que mon projet est très loin de leur univers mental. Ils m’écoutent poliment mais je sens qu’ils perçoivent la situation des jeunes mamans comme un faux sujet, un “truc de nana”, et pas comme un sujet pour la société dans son ensemble. Ils n’arrivent pas à s’extraire de cette vision.»

Pour autant, Valérie Brouchoud n’y voit pas là un handicap structurel. «Je ne me vis pas comme une femme entrepreneure mais comme une entrepreneure tout court et je veux croire que j’ai autant de chances de réussir qu’un homme.» Même avis du côté de Marie-Laure Sauty de Chalon, fondatrice du cabinet de conseil Factor K : «Il n’y a pas beaucoup de différences entre les hommes et les femmes entrepreneures. Ils rencontrent les difficultés intrinsèques à l’entrepreneuriat lui-même.» 

  Depuis 2008, 5 % des start-up ont été fondées par des femmes

L’étude confirme la prépondérance de la présence masculine puisque la moitié des 29 principaux fonds de financements de start-up ne comptent aucune femme parmi leurs associés. Pour Valentine de Lasteyrie, secrétaire générale chez Sista et partner du fonds d’investissement Fiblac, «les études ont prouvé qu’il devait y avoir au moins 30% de femmes au board des fonds» pour faire évoluer la situation. Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, ne demande-t-elle pas un quota de 50% dans les conseils d’administration ?

Pour changer la donne, le collectif Sista, en partenariat avec le Conseil national du numérique, devrait publier cet automne une charte des bonnes pratiques qu’une trentaine de fonds auraient déjà signée. Objectif : mesurer la part du genre dans les portefeuilles et lancer des processus de recrutements plus équitables. Pour constater les progrès, le collectif Sista a déjà prévu de reconduire son baromètre sur une base annuelle. Si l’intention est louable, elle n’aura cependant aucun impact sur une autre réalité, à savoir la très faible présence des femmes dans le secteur. Depuis 2008, 5% seulement des start-up ont été fondées par des femmes avec une équipe de direction mixte. Cette situation de départ, liée à la faiblesse des levées de fonds au féminin, oriente les comportements et dissuade les femmes de s’associer entre elles. Dans 61% des cas, elles préfèrent se lancer avec une équipe comportant des hommes alors que ces derniers ne sont que 9% à rechercher des associées… 

Une sous-estimation intériorisée

Pour Marie-Laure Sauty de Chalon, c’est l’éducation qu’il faut faire évoluer : «Les femmes ont un déficit de confiance en elles-mêmes. Avec les mêmes notes, beaucoup de garçons vont être fiers de leurs résultats et s’orienter vers des filières scientifiques alors que les filles vont dire qu’elles n’ont pas réussi et s’orienter vers d’autres filières. » Si les fonds demandés par les femmes sont inférieurs à ceux des hommes, cela tient aussi à leur mode de raisonnement : «Comme les femmes pensent qu’elles obtiendront des montants moins élevés, elles intériorisent cette donnée de sorte que leurs demandes sont inférieures à celles des hommes entrepreneurs. Il y a aussi le fait qu’elles ont une projection plus raisonnable sur le développement de leur projet. Et puis, il faut ajouter le fait que les bailleurs accordent réellement moins d’argent aux projets portés par les femmes.» Pour conjurer le sort et obtenir plus de fonds, certaines femmes en viennent à s’associer avec des hommes mais, remarque Marie-Laure Sauty de Chalon, «cela renforce leur manque de confiance en elles-mêmes»

Pour sortir de ce cercle vicieux, l’entrepreneure compte sur les rôles modèles d’inspiratrices, qu’elle tient pour un « grand levier d’évolution», alors que Valérie Brouchoud se montre plus réservée : «Je suis partagée car il y a un danger à susciter une projection point par point. Cela me semble un peu figé alors qu’il faudrait une projection plus ouverte et inspirante.» Quid de l’idée de quotas ? Pour la fondatrice de YooMum, «peut-être faut-il en passer par là parce que cela peut être utile pour faire évoluer la société, en attendant que les hommes changent de point de vue et que les comportements évoluent». Jusqu’à ce que l’égalité soit non seulement la loi des hommes mais la loi des fonds. 

Se développer en auto-financement

Fany Péchiodat, la fondatrice de My Little Paris, n’a jamais eu besoin de lever de fonds : « Mon projet a été autofinancé dès le départ, ce qui m'a permis d'avoir une grande liberté dans mon développement, d'écouter mes propres envies et d'être maître de mon rythme plutôt que celui de mon actionnaire. » Née sous forme d’association en 1999, My Little Paris s’est transformée en société en 2008 avec un business model similaire à celui d’un média. Une success story qui s'est confirmée avec son rachat par Au Feminin en 2013, puis par TF1 en 2017 (avec Au Féminin). « Les marques nous ont contactés pour rentrer dans la conversation avec nos abonnés », résume Fany Péchiodat. Un autre facteur a joué un rôle important dans le succès de son aventure : « Nous étions aussi un groupe de fondatrices femmes. Je crois que cela implique moins d'ego et un processus décisionnel plus naturel et plus dans l'harmonie que parmi un groupe d'hommes. »

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