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Au secours, les placards sont pleins !

20/12/2002

Le phénomène de placardisation reste encore très secret au sein des entreprises. Pourtant, il touche tout le monde, de l'ouvrier au cadre supérieur, affirme Dominique Lhuilier, maître de conférences en psychologie sociale à l'université Paris VII et chercheur au Laboratoire du changement social, dansPlacardisés : des exclus dans l'entreprise, un ouvrage qui vient de paraître au Seuil (240 pages, 15 euros).

Existe-t-il des statistiques précises en matière de mise au placard ?

Dominique Lhuilier.Je n'ai jamais réussi à obtenir un chiffre précis, mais j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de victimes. En premier lieu, on pense aux cas sociaux et aux placards dorés des grandes entreprises ou de la fonction publique, mais le phénomène dépasse ces populations. Tout le monde est concerné, sans exception.

Sur quoi vous appuyez-vous pour l'affirmer ?

D.L.Depuis la publication de mon livre, je suis frappée par le nombre de témoignages que suscitent mes interventions dans les médias. Je ne compte plus les personnes qui ont traversé une telle épreuve ou qui connaissent des gens à qui c'est arrivé. De même, de nombreux directeurs des ressources humaines me demandent d'intervenir dans leurs entreprises. C'est un signe.

Comment en est-on arrivé là ?

D.L.Auparavant, il existait dans l'entreprise une possibilité de régulation, clandestine ou informelle, de la charge de travail. Les plus rapides pouvaient soulager les plus lents, les salariés confirmés aider les jeunes... Ce n'est plus le cas : on assiste à une très forte individualisation de l'activité, ce qui se traduit par une suractivité pour les uns et une sous-activité, voire de l'inactivité pour les autres. Entre la gestion des carrières, la fixation des rémunérations, l'évaluation du personnel ou la généralisation du travail en réseau ou en mode projet, tout concourt à individualiser la relation du salarié avec son entreprise. Sans parler des restructurations et des réorganisations, qui ne favorisent pas la stabilité des équipes. Si l'on ajoute les rivalités et la peur de perdre son emploi, l'heure est plutôt au chacun pour soi.

Cela ne traduit-il pas la faillite des organisations syndicales ?

D.L.Peu d'entre elles se penchent sur la question. Elles se préoccupent de la précarité de l'emploi, pas de celle du travail. Un exemple : quand je les ai sollicitées pour mon enquête, j'ai été orientée vers la section des cadres. Comme si la placardisation ne concernait que les cadres ! Le problème existe à tous les niveaux hiérarchiques et dans toutes les organisations du travail. Mais les choses évoluent, les syndicalistes commencent à être formés à l'appréhension de la souffrance au travail.

Une conséquence de l'émergence de la notion de harcèlement moral popularisée en 1998 avec la sortie du livre de Marie-France Hirigoyen...

D.L.Sans aucun doute. L'ouverture des portes des placards a bénéficié du formidable écho qu'a rencontré le harcèlement moral dans le monde du travail. La loi de modernisation sociale votée sous l'impulsion de Lionel Jospin a donné à certains les moyens de faire entendre leur voix. Mais il ne faut pas confondre harcèlement moral et placardisation : dans le premier cas, le salarié a toujours un travail et un statut, ce qui n'est pas le cas du placardisé, qui est souvent isolé, exclu, voire néantisé.

À vous entendre, les choses ne sont pas près de s'améliorer...

D.L.Pour suivre le mouvement continu de transformation du travail, il faudrait avoir des outils de gestion prévisionnelle. Or ils n'existent pas. Mais je reste optimiste. Dans mon ouvrage, je relate d'ailleurs des expériences qui se sont bien terminées. Des personnes placardisées se sont réinvesties avec succès dans d'autres activités (vie syndicale, vie associative, vie politique locale), prouvant de ce fait qu'elles ne sont pas des « bras cassés ». C'est pourquoi il est important de parler de ces questions : cela permet de prévenir la multiplication des placards, de réduire la durée de telles situations et d'éviter ainsi que le processus de culpabilisation du placardisé ne s'engage et le détruise peu à peu.

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