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Il y a une vie après le journalisme

02/05/2003

Pour moi, le journalisme est un état d'esprit, non une profession. »Cette conviction de Bernard Rapp, qui a quitté la présentation du JT de 20 heures« parce que[son]coeur ne battait plus »,illustre assez bien les sentiments des journalistes qui, un beau jour, ont décidé de faire autre chose. Qu'ils soient devenus restaurateur, réalisateur, homme politique ou chef d'entreprise, ils ont tous l'impression d'avoir changé de métier, pas forcément de vie. La différence, c'est qu'ils ne se contentent plus de transmettre l'information ou de raconter les exploits et les déboires des autres, ils sont devenus acteurs. C'est parce qu'il voulait« passer du pouvoir de dire au pouvoir de faire »que Noël Mamère s'est lancé dans la politique. De la position d'intervieweur, il est passé à celle d'invité dans les débats. Il a inversé les rôles et ne s'en plaint pas. Même chose pour Ariane Petersen : cette ancienne journaliste deVSDen avait assez d'être simple spectatrice. En devenant créatrice de bijoux, elle a l'impression d'être enfin actrice.

La difficulté des progressions de carrière

La motivation, pour un changement de métier, naît aussi parfois de la difficulté à faire progresser sa carrière. On commence comme journaliste, on devient grand reporter, puis responsable de rédaction, mais ensuite ?« Plus on monte dans la hiérarchie, plus les places sont chères,confirme Philippe Vasseur, ancien directeur de la rédaction économique duFigaro,devenu député du Pas-de-Calais en 1986, puis ministre de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation en 1995.Un poste de directeur de rédaction équivaut à une place de ministre. Donc elles sont rares, très rares. »Philippe Lemoîne s'est retrouvé face à ce problème : après être entré comme responsable de la rédaction chezMarie Claire,il a été déstabilisé par un environnement assez féministe. Après vingt ans de carrière àParis Match, VSD,comme rédacteur en chef deTélé Pochepuis deL'Auto Journal,il ne se voyait pas redevenir simple journaliste, malgré une grande passion pour le métier. Il a préféré ouvrir un restaurant. Situation similaire pour Bernard Rapp : s'il ne s'imaginait pas présenter le20 Heuresà vie, il ne voulait pas non plus rétrograder. Face à ce dilemme, il ne pouvait que se lancer dans des projets différents, d'écriture et de réalisation. Ariane Petersen a connu le même problème. Après sept ans de métier, elle s'est rendu compte qu'elle n'était pas le futur Prix Pulitzer. Comme le management ne l'intéressait pas vraiment, elle ne souhaitait pas un poste de responsable de rédaction. Elle a donc fondé Bague à part, société en création de bijoux, diffusés dans de grandes boutiques comme Caron ou Les Artisans Parfumeurs. Elle est très fière de cette réussite : tout comme pour le journalisme, la sanction est immédiate. Une collection ratée, c'est comme un mauvais papier : elle est critiquée sur-le-champ.

La crise de la quarantaine

La crise de la quarantaine semble aussi l'occasion de se remettre en question. Philippe Vasseur avait quarante-trois ans quand il a fait ses premiers pas en politique, Bernard Rapp a refermé la porte du journal télévisé à quarante-deux ans, Noël Mamère a débuté, vers la quarantaine, sa carrière politique et Philippe Lemoîne a créé son restaurant, Le Kiosque, au même âge... tout en gardant un pied dans la presse. Le concept en est simple : chaque semaine, un quotidien régional est à l'honneur et un menu adapté à la circonstance.Nice matindonne ainsi l'occasion de déguster les spécialités niçoises. Et Philippe Lemoîne exerce sa plume sur la carte, en cherchant des jeux de mots alléchants pour illustrer ses recettes.

Se lancer dans des projets qui n'ont rien à voir avec la presse n'est cependant pas forcément simple. L'étiquette du journalisme colle longtemps à la peau. Philippe Vasseur a ainsi eu quelques difficultés lors de ses premiers pas en politique : à ses débuts,Le Figarole relançait régulièrement pour écrire des articles, ses équipes avaient besoin de lui. Mais son choix était fait, même s'il était considéré, dans son nouveau milieu, comme un débutant et ne sortait pas de l'ENA. Cependant, il a su trouver sa place, et son passé lui a apporté quelques armes en temps de crise, notamment celle de la vache folle, quand il était ministre. Interviewé pour l'occasion, il a su appréhender les journalistes et les juger très vite. Connaissant le système, il a toujours prôné la transparence puisqu'il savait qu'un « bon » reporter arriverait toujours à dénicher l'information. Dans ce cas, autant essayer de garder un minimum de contacts pour tenter de maîtriser les gros titres.

Le sens de l'observation et la curiosité

De son côté, Bernard Rapp constate aussi la difficulté à changer de milieu, les personnes étant très souvent assimilées à leur fonction. Le regard français est naturellement conservateur. Être reconnu dans un nouveau poste est certes dur, mais l'avantage, c'est que l'on peut alors mieux appréhender les anciens collègues. Si l'approche des médias n'est plus un secret pour eux (Noël Mamère, qui maîtrisait l'outil de la télévision, est beaucoup plus concis dans ses réponses que ses condisciples), la relation avec les anciens de la profession est parfois laborieuse. Noël Mamère s'avoue ainsi déçu de ne plus être perçu comme l'un des leurs. La familiarité n'est pas de mise dans le milieu. Néanmoins, force est de constater qu'une bonne majorité de reconvertis ont réussi leur deuxième vie. Les atouts d'un ancien journaliste sont le sens de l'observation et la curiosité. Ils restent humbles dans leurs nouvelles fonctions, n'hésitent pas à poser des questions et prônent les qualités journalistiques utiles dans toutes les situation : sens du détail, talent d'écriture et curiosité. Ce n'est pas un hasard s'ils fourmillent de projets : Philippe Vasseur est à présent président du Crédit mutuel du Nord. Noël Mamère songe à revenir dans le métier par le biais du documentaire, et les autres préfèrent retrouver le plaisir de l'écriture à travers des livres. Quant à Philippe Lemoîne, il a publiéSouriez, vous êtes divorcé,aux éditions Robert Laffont.

Seule difficulté, ils semblent avoir du mal à parler d'eux, car ils ont tous eu l'habitude de faire parler les autres. Quand on l'interroge, Bernard Rapp commence ainsi par préciser :« Je n'aime pas parler de moi. »On ne se refait pas.

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