Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

L'art d'être manager

20/06/2003

Philosophe de formation, Christine Cayol a choisi, au sein de sa société Synthesis, d'accompagner les dirigeants d'entreprise dans leur développement professionnel en utilisant les oeuvres d'art comme matière première. Dans son dernier ouvrage (1), elle cherche à démontrer que la musique, la peinture, la littérature ou le cinéma constituent de formidables supports pour développer sa créativité et améliorer les performances des entreprises. Explications.

En quoi la culture est-elle un outil efficace pour améliorer les performances d'une entreprise ?

Christine Cayol.Les managers subissent aujourd'hui une telle pression de leurs dirigeants et de leurs actionnaires qu'ils ont du mal à prendre du recul. En les emmenant au musée, à un concert ou en les plongeant dans l'oeuvre de Marcel Proust, je les oblige à changer d'angle de vue, à prendre un peu de temps pour découvrir, écouter, s'informer, se laisser toucher et développer leur intelligence sensible.

Concrètement, en quoi la visite d'une exposition peut-elle modifier notre comportement professionnel ?

Ch.C.Elle ne change rien s'il s'agit d'une démarche sans lendemain. Chez Synthesis, nos missions s'étalent sur plusieurs mois. Dans un premier temps, nous réalisons un audit pour comprendre l'atmosphère, les tensions, les difficultés, etc. Ensuite, nous définissons les thèmes sur lesquels nous allons travailler : l'innovation, l'autorité, le pouvoir, le discernement, le rapport à l'autre, le rapport au temps, la maturité, etc. Il existe des contenus intellectuels pour éclairer chacun de ces thèmes.

C'est-à-dire ?

Ch.C.Si les membres d'une petite équipe de quatre ou cinq personnes ont du mal à travailler ensemble ou à communiquer, rencontrer un trio de jazz ou apprendre à chanter en choeur peut permettre de comprendre où sont les blocages. Après plusieurs séances de ce type, les salariés font le lien avec leur propre situation professionnelle. Plus globalement, les oeuvres d'art aident à relativiser bien des choses : quelle que soit notre situation, on entre dans un monde beaucoup plus grand, beaucoup plus riche et beaucoup plus exigeant que le nôtre. De même, comprendre comment les grands artistes ont mené leur carrière est très instructif : ils ont tous eu des revers, des périodes de haute et de basse production, avec le grand écart permanent entre la nécessité de rencontrer un marché et leur désir de totale liberté.

Quels sont les critères de choix de la forme artistique et de l'oeuvre en fonction de la problématique de vos clients ?

Ch.C.Ça, c'est mon secret et mon savoir-faire. Je suis un peu le chef cuisinier qui identifie, détecte et compose la recette. Tout ce que je peux dire, c'est que je choisis des valeurs sûres, des grandes oeuvres qui parlent au plus grand nombre. Mais il ne faut pas considérer ma démarche comme une boîte à outils, dans laquelle la peinture contribuerait à régler tel problème et la musique tel autre. Je conçois plutôt mon rôle comme un guide de haute montagne qui permet à chacun de trouver sa voie, ou comme les montreurs d'ours du xviie siècle, ces précepteurs chargés de l'éducation artistique des aristocrates qui parcouraient l'Europe pour s'initier à la musique, à la peinture, à l'astronomie, aux sciences, etc.

Vous avez créé Synthesis il y a dix ans. L'état d'esprit des entreprises a-t-il changé au cours de cette décennie ?

Ch.C.Sans aucun doute. Les directions des ressources humaines sont beaucoup plus réceptives à mon discours, car il y a des gens qui réfléchissent davantage : sur leur métier, sur la façon de faire évoluer leur personnel, etc. Mais l'intérêt pour mon approche s'explique aussi par son succès, en termes opérationnels. Car je m'engage, par mon action, à dégager un esprit d'innovation dans les équipes dont je m'occupe, en éveillant leurs envies, leurs désirs, et en leur permettant d'ouvrir des portes. D'ailleurs, ma rémunération dépend toujours d'un critère, fixé à l'avance, lié à l'évolution du chiffre d'affaires, à l'amélioration de la qualité, etc.

(1) L'Intelligence sensible, au Village mondial (Pearson Education), 188 pages, 21 euros.

Envoyer par mail un article

L'art d'être manager

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.