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Dircoms : pourquoi les femmes sont mieux payées

04/03/2004

L'an dernier, les salaires des grandes directrices de la communication ont dépassé ceux de leurs homologues masculins. Enquête sur un métier qui a beaucoup évolué au féminin.

La nouvelle a de quoi surprendre : en 2003, les femmes « dircoms » ont été mieux payées que les hommes. C'est ce que révèle l'enquête réalisée auprès de 66 membres de l'association Entreprises&Médias, qui réunit une centaine de directeurs de la communication. En 2001, les femmes étaient encore les moins bien loties à ces postes de direction. Aujourd'hui, leur salaire annuel médian (150 000 euros) dépasse celui de leurs confrères de l'autre sexe (143 000 euros). Que penser d'une telle exception dans des entreprises imprégnées de culture masculine ?« Difficile de tirer une conclusion générale de notre étude compte tenu du faible échantillon »,tempère avec prudence Isabelle Ockrent, présidente de l'association et directrice de la communication d'Altadis. D'autant que les femmes interrogées occuperaient des postes dans des grands groupes, affectés moins que d'autres par les récentes restructurations. Selon l'étude, ces femmes sont en fait à la fois mieux et moins bien payées : leur rémunération annuelle maximale (330 000 euros) supplante en effet de 30 % celle des hommes (221 000 euros), mais elles gagnent un minimum de 76 000 euros, contre 83 000 pour les directeurs de communication.

Les postes d'état-major restent la chasse gardée des hommes. Mais les « grandes communicantes » montent en puissance dans l'entreprise et contribuent à atténuer les clivages entre les deux sexes. Alors que, dans la plupart des directions, l'écart de salaire se situe entre 25 % et 30 % en faveur des hommes, les femmes « dircoms » tirent mieux leur épingle du jeu :« Leur différentiel de rémunération est plus réduit, à environ 15 %. Parfois il n'existe même pas »,observe Marie-Annick Flambard-Guy, dirigeante de RT&A, cabinet de chasseurs de tête.

Il faut dire que la communication est, bien sûr, marquée du signe du deuxième sexe.« Nous sommes nombreuses à nous être impliquées dans ce nouveau métier au début des années quatre-vingt »,remarque Chantal Nedjib, directrice de la communication du CCF, embauchée en 1984 pour créer un service ad hoc au sein de la banque. Une fonction support dans l'ombre des PDG. Vingt ans plus tard, les femmes occupent la majorité (60 % environ) des postes d'encadrement dans la publicité et les relations presse et sont aussi nombreuses que les hommes à tenir les rênes des services communication. Une situation atypique

Femmes-orchestres

D'après la dernière enquête emploi de l'Insee, les femmes représentent moins d'un tiers (31 %) des 1,8 million de managers des entreprises privées. Et à peine 10 % des effectifs d'états-majors.« Les employeurs me précisent souvent qu'ils cherchent plutôt un homme pour diriger un département financier ou marketing. C'est devenu très rare dans le cas d'un poste de " dircom ", où la capacité d'écoute et d'organisation des femmes, leur franc-parler doublé d'un sens de la diplomatie, sont des atouts prisés par les PDG »,observe Brigitte Chirié.

Selon le baromètre 2003 de l'association Information Presse&Communication, 76 % des spécialistes des relations presse ont un niveau de formation supérieur ou égal à bac +3. L'arrivée d'Internet et les grandes introductions en Bourse des années quatre-vingt-dix ont étendu les prérogatives des « dircoms ». D'organisatrices de cocktails, elles sont devenues des « femmes-orchestres », capables d'élaborer des plans de communication financière et institutionnelle, de monter des projets de mécénat et de gérer des activités de lobbying. Le tout en manageant des équipes de plus en plus étoffées.

Sans compter que les crises d'AZF ou d'Enron ont dramatisé les enjeux de la communication.« Plus stratégique, notre rôle nous a permis de faire nos preuves aux yeux des dirigeants »,se réjouit Valérie Perruchot, directrice de la communication interne de Saint Gobain. Une remarque confirmée par une étude menée par Information Presse&Communication, qui révèle que plus de 70 % des dirigeants considèrent cette fonction comme vitale. En outre, 83 % des services de communication sont rattachés à la direction générale et dans 44 % des cas, leur responsable est membre du comité de direction. De quoi expliquer, peut-être, la hausse de 28 000 euros de la rémunération moyenne des femmes membres d'Entreprises&Médias entre 2001 et 2003, malgré la réduction des budgets et des effectifs.

Le parcours du combattant de l'accès aux responsabilités

Cette reconnaissance brise-t-elle le fameux plafond de verre qui sépare les ambitions respectives des deux genres ?« Oui »,répond Catherine Ladousse, directrice de la communication PME-PMI chez IBM Europe, qui estime que la trajectoire exemplaire des pionnières a ouvert une brèche aux nouvelles générations féminines.« Sans compter que dans la communication, mais aussi dans d'autres services, elles s'organisent de plus en plus pour défendre l'égalité des salaires et des évolutions de carrière »,observe celle qui est aussi fondatrice d'InterElles, un cercle d'influence auprès des directions générales (voir ci-dessus). Conséquence : outre la fonction de directrice des ressources humaines, qui se décline plutôt aisément au féminin, les directions marketing, juridique ou financière s'ouvrent de plus en plus aux femmes.

Jacqueline Laufer, sociologue et professeur au groupe HEC, relativise pourtant ces avancées.« Si le champ des possibles semble s'élargir pour les femmes, leur accès à un poste de responsabilité reste un parcours du combattant »,observe-t-elle. Même dans le secteur public, les dircoms femmes doivent mettre les bouchées doubles :« Il s'agit toujours de prouver ses compétences et son intelligence face aux hommes »,constate Véronique Saint Olive, déléguée à la communication, en poste depuis dix ans à l'Institut national de la propriété industrielle. Sans jamais se mettre à temps partiel, cette communicante de haut vol a rapidement dû apprendre à concilier sa vie de femme, ses trois enfants, son conjoint et sa vie professionnelle. Un exercice d'équilibriste qui n'est pas forcément récompensé. Les « dircoms » restent encore nombreuses à déclarer, sous couvert d'anonymat :« Si j'étais un homme, mon évolution de carrière aurait été plus rapide, mon salaire plus élevé. »Les procédures de promotion fondées sur des schémas qui n'intègrent pas les congés maternité et autres obligations familiales ont la vie dure.

Enfin, aussi importante soit-elle pour l'entreprise, la direction de la communication n'est pas la voie royale pour accéder au poste de PDG. Les patrons sont surtout issus de directions financières ou de production, bastions masculins.« L'accès au pouvoir suprême demeure discriminant, car on n'atteint pas le sommet des organigrammes avec ses seules compétences mais grâce à un réseau »,observe Éliane Moyet-Laffon, dirigeante du cabinet de recrutement HRM et créatrice du club HRM Women, qui réunit une centaine de cadres féminins résolus à combattre les stéréotypes. Mais ces femmes militantes ont encore du pain sur la planche : selon une étude de l'Observatoire de la parité pour le gouvernement, elles ne sont encore que 7 % à la tête des 7 000 premières entreprises françaises...

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