
Même stratégie chez l'agence de publicité Enjoy, qui, depuis janvier 2002, joue la carte du mobilier dans ses nouveaux locaux de Clichy (photo3). Des bureaux cloisonnés pour les teams créatifs et les équipes de production, et une étonnante table à trous pour la vingtaine de commerciaux. La dirigeante, Élisabeth Billiemaz, siège dans l'une des alvéoles de cette « tranche de gruyère » propice à la fois aux échanges et à l'isolement.
Le directeur marketing de NextiraOne partage lui aussi le même plateau que ses collaborateurs. Une atténuation des signes hiérarchiques prônée par Pierre Créau, PDG de cette société informatique, qui a divisé par deux sa surface en déménageant à Saint-Denis en juillet dernier. Son astuce : des cloisons coulissantes et des tables à roulettes qui permettent d'agrandir ou de rétrécir les salles de réunion selon les occasions.« Ces mètres carrés économisés sont réinvestis dans des espaces collectifs »,se félicite ce patron, ravi de la « lounge attitude » créée par un salon de détente au huitième étage (photo 2). Et Frédéric Miquel, directeur général de Steelcase, spécialiste du mobilier de bureau, d'ajouter :« Ces lieux d'échanges informels favorisent la créativité, l'esprit d'équipe et l'interpénétration des services ».
Changer les mentalités
L'espace de travail fait figure de vitrine de l'entreprise. Un argument commercial cher au publicitaire Jacques Séguéla.« Nous vendons des idées. Nos clients doivent voir en un coup d'oeil notre puissance créative et stratégique »,explique le patron de la création d'Havas, qui a supervisé lui-même l'aménagement de son nouveau siège social à Suresnes en mai 2003.« Sans compter que le confort fidélise les collaborateurs »,ajoute-t-il.
Mais un déménagement est toujours générateur de stress chez les salariés. Pour Pierre Créau, de NextiraOne, et Alain Baure, d'Air France, la solution réside dans une communication adaptée. Leur méthode : impliquer en amont les représentants du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), consulter les employés sur le choix du mobilier, publier des articles dans le journal interne, organiser des visites de site.
Ces salariés restent néanmoins des privilégiés, selon Odile Duchenne, secrétaire générale de l'Union nationale des industries françaises d'ameublement :« En période de crise, la plupart des dirigeants repoussent leurs projets d'aménagement, jugés coûteux et non directement productifs ». Ce marché a baissé de 23 % depuis 2002. Sans compter les freins culturels dans de nombreux secteurs. Philippe Meurice, directeur général de DEGW, n'est à cet égard pas tendre avec l'administration publique :« Le pouvoir d'une personne s'y mesure encore à l'étage, à la taille ou au nombre de fenêtres de son bureau ! »
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