
20/05/2004 - Le groupe public de télévision développe une politique de recrutement tournée vers les communautés ethniques.
Marc Tessier, le président de France Télévisions, l'avait annoncé en janvier : le groupe public doit s'engager dans une politique« d'action positive »en faveur des minorités ethniques. Le credo a été répété, le 26 avril, lors du colloque Écrans pâles organisé par le Haut Conseil à l'intégration et le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Depuis 2001, les chaînes sont en effet invitées dans leurs conventions ou leur cahier des charges à promouvoir les valeurs d'intégration. Si cette démarche se retrouve à l'antenne, à travers une cellule ad hoc aux programmes de France Télévisions, un effort particulier est aussi engagé en matière de ressources humaines. Avec une idée maîtresse relayée par les associations : pour que la télévision reflète à l'écran les diverses composantes de la société, il faut qu'elle les intègre en son sein.
« Il existe des jeunes qui ont du mal à accéder à vous »,s'est insurgée la réalisatrice Yamina Benguigui à l'adresse des chaînes, le 26 avril, lors du colloque Écrans pâles. France Télévisions répond à cette critique en ouvrant un chantier destiné à intégrer des jeunes issus de milieux défavorisés.« Nous sommes dans une logique d'action positive, qui ne relève pas de la logique des quotas ou de la discrimination positive »,explique Bernard Broyer, le directeur des ressources humaines de France Télévisions. Pas question en effet d'avoir un numerus clausus à l'américaine : non seulement l'affaire Jayson Blair (le journaliste faussaire duNew York Timesprotégé au nom de l'« affirmative action ») a montré les limites du système, mais, surtout, le fichier racial est banni par la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) et l'article 14 de la Convention européenne des droits de l'homme interdit toute discrimination.
Favoriser l'accès aux concours
« On ne peut pas quantifier mais on peut mesurer »,souligne toutefois Marc Tessier. En s'appuyant sur la Cnil et l'Institut national des études démographiques, le groupe prévoit de réaliser en 2005 une « action vérité » en fonction du taux de représentation des communautés. Suivant les résultats, des correctifs seront apportés aux recrutements. Mais comment concilier action positive et égalité républicaine ?« À compétence égale, on choisira le jeune issu de l'immigration »,lâche Alain Dupeyron, responsable de la formation de France3. Le groupe se penche en fait sur l'intégration de journalistes et de techniciens à travers les contrats d'apprentissage, d'alternance ou de qualification en partenariat avec des écoles. En accord avec l'ANPE et les associations (comme IMS Entreprendre pour la Cité, de Claude Bébéar), seront ainsi envoyés vers des préparations aux concours des jeunes issus de l'immigration, auxquels sera donnée l'occasion de se présenter moyennant parfois« une mise à niveau et un relooking social »,dixit Alain Dupeyron. Qui veut« favoriser l'accès aux prérequis permettant de réussir le concours ».
Ainsi, France Télévisions, dont 28 % des 6 800 salariés sont journalistes, espère corriger un déséquilibre constaté dans l'information. Un secteur où Rachid Arhab, à France 2, fait encore figure d'exception. Une trentaine de journalistes et de techniciens issus de médias communautaires bénéficieront de stages et de formations.« L'arrivée de RFO au sein de France Télévisions sera aussi vecteur de diversité »,rappelle Bernard Broyer. Sans aller jusqu'à retenir le principe d'égalité de Jean-Claude Dassier, le directeur général de LCI :« Je les embauche... et je les vire. »
En savoir +
>www.francetélévisions.fr
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