Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

législation

Des fumeurs sous haute surveillance

23/09/2004

Sous la pression de l'inspection du travail, les entreprises tentent de persuader leurs salariés d'écraser leur cigarette à la porte des bureaux. Plus facile à dire qu'à faire.

Les noms d'oiseau ont volé bas, au printemps dernier, dans un bureau de Radio France Internationale (RFI).« En plein open space, un chargé de réalisation, ancien fumeur, n'a pas supporté d'être enfumé par son voisin. Le tabac a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase »,raconte Marc Thiebault, délégué CFDT à RFI. L'affaire n'en est pas restée là. Le plaignant a alerté l'association Droit des non-fumeurs (DNF). Treize ans après la loi Evin qui interdit de fumer dans les espaces publics, les réfractaires à la cigarette font entendre leur voix : en 2003, 1 220plaintes ont été déposées auprès de la DNF pour non-respect de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, les trois quarts émanant de salariés. Le législateur vient d'enfoncer le clou avec la loi de santé publique, votée le 9 août dernier, qui inscrit les dispositions de la loi Evin dans le Code du travail. Sous la menace des inspecteurs, les entreprises tentent de durcir leur politique contre le tabagisme.

Les directions ont longtemps fermé les yeux en laissant les salariés fixer eux-mêmes les règles du jeu. Peut-être de peur de soulever des problèmes sociaux ? Conséquences : des couloirs enfumés en guise d'« espaces fumeurs », tout aussi nocifs pour la santé que les bureaux. Mais, si leur hiérarchie fait la sourde oreille, les non-fumeurs peuvent désormais en appeler à l'inspection du travail. Pour éviter les conflits, des entreprises comme RFI, le Zénith ou Atos Origin ont commandé un audit antitabac à la DNF. Du diagnostic aux recommandations de l'association, l'opération dure en moyenne trois jours et demi, étalés sur six mois. Les trente premières sociétés volontaires sont auditées gratuitement. Pour l'heure, à peine quinze ont répondu à l'appel.

Mais les entreprises rechignent souvent à se conformer à la loi.« Cela coûte cher de consacrer un espace suffisant aux fumeurs et surtout un système de ventilation qui ne recycle pas l'air conditionné »,soupire Maria-Alexandra Cardenas, chef de projets à la DNF. Autre zone d'ombre : les privilèges hiérarchiques. Si la loi interdit la cigarette dans les espaces partagés, elle l'autorise dans les bureaux personnels et fermés, souvent l'apanage des chefs. Une sorte d'interdiction à deux vitesses qui exige l'abstinence des salariés de base contre une consommation tolérée pour les cadres.

Axa a réglé le problème en optant pour la manière forte. La cigarette est bannie de son site de La Défense. Dassault va même plus loin, avec la prise en charge d'une partie des dépenses de sevrage. Quant à RMC, la direction a misé, en mars dernier, sur des formations volontaires, un mois avant de rendre ses locaux totalement non-fumeurs :« Des cours d'autosuggestion pour apprendre à lutter contre le manque de nicotine »,raconte Alexandre Nobécourt, commercial à la régie publicitaire de RMC. Si ce fumeur se réjouit d'un environnement de travail plus sain, il n'a pas pour autant rompu avec la cigarette. En face, la direction se frotte les mains devant les économies d'espace réalisées sur les « zones fumeurs ».

Une tâche herculéenne

La méthode n'en reste pas moins contestée.« Si la loi n'oblige pas les entreprises à réserver des locaux aux fumeurs, contraindre les irréductibles à sortir sous la pluie risque d'en faire des parias »,avertit Maria-Alexandra Cardenas, de l'association DNF, qui prêche davantage le consensus :« Un espace fumeur respectable, une communication permanente et surtout l'implication claire et personnelle de la direction, qui apparaît souvent laxiste. »Mais, dans les médias ou la publicité, la tâche semble herculéenne (lire ci-contre). Comment empêcher un salarié de fumer quand il ne compte pas ses heures supplémentaires ? Comment demander à un journaliste de descendre trois étages cinq minutes avant de passer à l'antenne ? Pourtant, les grands stressés devront, tôt ou tard, se passer de leur dose de nicotine.

Envoyer par mail un article

Des fumeurs sous haute surveillance

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.