Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

recrutement

Profils privés, vertus publiques

21/10/2004

Les collectivités territoriales ouvrent grand leurs portes aux communicants du privé. Un transfert alléchant, mais sous conditions.

La crise ne l'a pas épargné. À la sortie d'un DESS de communication interne, le CDD de Frédéric Génipa n'est pas renouvelé chez Celio. Bilan : aller simple pour... l'ANPE. Un an et plus d'une centaine de CV plus tard, il trouve son salut à la mairie de La Celle-Saint-Cloud (Yvelines).« Un coup de la vie qui m'a fait passer d'un réseau de vendeurs à une ville de 22 000 habitants »,se réjouit ce chargé de la communication communale, en poste depuis cinq ans. En revanche, c'est par choix que Mathieu Baradeau, trente-quatre ans, a opté pour le secteur public.« Je sais pourquoi je me lève le matin »,lâche cet ancien directeur-conseil chez Euro RSCG, devenu en novembre 2001 numéro deux de l'image de la ville de Nantes. Conjoncture morose ? Quête de sens ? Les raisons sont multiples, les profils des candidats aussi. Si les collectivités territoriales offrent de belles perspectives aux transfuges du privé, le virage professionnel comporte sa part de concessions.

Les spécialistes de l'image sont accueillis à bras ouverts.« La communication est un domaine mal identifié dans la fonction publique. Les élus préfèrent souvent recruter un professionnel du privé. C'est un gage de compétence »,explique Michel Clouin, au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Loin des aléas de la conjoncture, la communication territoriale est en plein développement depuis les lois de décentralisation des années quatre-vingt.« En vingt ans, les budgets ont été multipliés par cinq. La communication publique d'une région ou d'un département a acquis ses lettres de noblesse, avec trois à dix millions d'euros par an »,observe Christian Larger, dirigeant du cabinet-conseil en choix d'agence Gibory Consultant. Difficile d'évaluer l'impact des nouveaux transferts de compétences inscrits dans la loi de décentralisation votée cet été. Mais la vogue de l'intercommunalité a ouvert un boulevard aux professionnels de l'image, chargés à présent de la communication d'une agglomération urbaine.

Cette envolée est propice à une hausse des effectifs.« En Bretagne ou Poitou-Charentes, 95 % des services communication de plus de sept collaborateurs sont issus des collectivités territoriales. Ceux des conseils généraux ou des grandes villes comptent entre vingt et quarante personnes »,observe Christophe Caillaud-Joos, président du cercle des « dircoms » du Grand Ouest, une association qui fédère des professionnels du privé et du public. Même constat au conseil général de l'Essonne, où, entre 1998 et 2004, le nombre de communicants est passé de trois à quatorze !

Travail en mode projet

Outre des budgets et des effectifs comparables à ceux des grandes entreprises, les directeurs de la communication publique sont entourés d'experts : chargés des publications, journalistes, photographes, graphistes, attachés de presse, responsables de l'événementiel, du mécénat ou des enquêtes d'opinion. Le tout sur fond de travail en mode projet et de pratiques managériales importées du privé. Sans oublier le volet technologique, avec des sites Web multicibles, des campagnes d'affichage et des publications quadri.« Le secteur public a recours aux mêmes techniques que le privé. La ville du Havre s'est même fait certifier par une norme Iso ! »,observe Dominique Mégard, déléguée générale du club Cap'Com, qui réunit une centaine de directeurs de la communication territoriale. De plus, les années 2000 sont celles de la démocratie participative et de la proximité avec les citoyens.« Plus question de lancer un chantier sans consulter les riverains ou les différentes associations concernées »,relève-t-elle.

De la direction de Radio Nostalgie à Lyon à celle de la communication de La Celle-Saint-Cloud, il y a un énorme pas que Frantz Guinand, quarante-trois ans, a vite franchi en 1996. Il a d'emblée été séduit par la polyvalence et le sens civique de son nouveau poste :« C'est très gratifiant de sortir d'objectifs mercantiles pour s'attacher à des causes collectives, de la culture au social en passant par l'image du maire. Le tout en direction d'une multitude de cibles : citadins, usagers, bénéficiaires ou électeurs »,explique-t-il, avant de préciser que sa réactivité et son approche multicasquette, acquises dans le privé, ont été déterminantes dans son recrutement.

« Pas de chiffres d'affaires à réaliser, cinquante jours de congés par an et surtout la satisfaction de se sentir utile ! »Agnès Moutélami, directrice de la communication du conseil général de l'Essonne, n'hésite pas, comme ses confrères, à mettre en avant la question des conditions de travail, souvent moins stressantes que dans le privé. La médaille a pourtant son revers :« La lenteur des appels d'offres et les comptes à rendre à la fois aux différents services internes, à l'électeur, au citoyen, aux associations et surtout aux élus. »Le tout pour 4 000 euros net par mois.« Je gagnerais sans doute le double dans le privé, mais ici mon travail est en accord avec mes convictions »,justifie-t-elle.

Chaises musicales en cas de défaite électorale

Et la politique dans tout ça ? Aux dernières élections, le dircom du conseil général du Puy-de-Dôme a suivi son élu en Auvergne. Idem pour celui de la ville de Montpellier, passé avec Georges Frêche à la région Languedoc-Roussillon, rebaptisée Septimanie. Ce qui ne signifie pas qu'il faille obligatoirement se promener avec la carte d'un parti politique dans son portefeuille.« On demande de moins au moins aux dircom d'avoir un parcours et un investissement politiques »,assure Jean-François Lanneluc, quarante-cinq ans, directeur de la communication de la ville et de l'agglomération urbaine de Lyon.

En 1991, cet ancien chef d'entreprise intègre le service de Catherine Trautman à Strasbourg avant de rejoindre, il y a deux ans, Gérard Collomb, sénateur-maire de la capitale des Gaules. Le tout en répondant juste à une annonce dansTéléramapour Strasbourg, aux sollicitations d'un chasseur de têtes pour Lyon.« Si les opérationnels se contentent d'une prestation technique, je réserve environ 20 % de mon temps à du conseil stratégique. Une prestation à connotation évidemment politique », confie-t-il, avant de reconnaître qu'il lui serait difficile de travailler pour un élu d'un autre bord politique. Question de confiance... Sa remarque fait écho à une étude récente menée par la lettre professionnellePublicsqui révèle que, pour les trois quarts des communicants interrogés, le rattachement au politique prévaut. De fait, sous l'autorité directe de l'élu ou de son directeur de cabinet, la carrière d'un directeur de la communication territoriale ressemble souvent à un jeu de chaises musicales.« Suite à une défaite électorale, certains rebondissent grâce à leur réseau, d'autres restent sur le carreau »,déplore Dominique Mégard, de Cap'Com.

Qui dit communication publique dit souvent précarité. Selon l'étude dePublics, menée avec Cap'Com, moins du tiers des communicants sont des fonctionnaires (lire ci-dessous). Mi-novembre, le groupe de travail monté par le CNFPT devrait d'ailleurs remettre un rapport sur les métiers de la communication publique à la Direction générale des collectivités locales, histoire de soigner le malaise de ces professionnels.« À terme, nous souhaitons faire reconnaître les compétences des communicants dans les concours de la fonction publique, afin de davantage pérenniser leurs emplois »,milite Michel Couin, de la CNFPT. À mi-chemin entre des missions techniques et politiques, les directeurs de la communication font, au moins pour l'instant, contre mauvaise fortune bon coeur.

En savoir +

>La Communication des collectivités locales, Dominique Mégard et Bernard Deljarrie, éditions LGDJ-EJA, 9,50E.

>www.public-s.fr, www.territorial.fr

>Cap'Com organise les 1er et 2 décembre 2004 la 16e édition du Forum national de la communication publique au Palais des congrès de Dijon. Renseignements : www.cap-com.org.

Envoyer par mail un article

Profils privés, vertus publiques

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.