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J'aime pas ma boîte !

interne

28/10/2004 - Le 21 octobre, la fête de l'Entreprise a tenté de mobiliser les salariés contre un désengagement croissant. La communication interne avance aussi des solutions.

Pour la deuxième année, le 21 octobre, la fête de l'Entreprise, orchestrée par Sophie de Menthon, est venue rappeler à quel point le Français aime sa « boîte »... Peu importe que cette année 2004 soit celle du succès deBonjour Paresse(1), un livre dans lequel une salariée d'EDF vante le« désengagement actif »vis-à-vis d'une entreprise qui« ne nous veut aucun bien et ne respecte pas les valeurs qu'elle prône ».Peu importe surtout que la plupart des études récentes sur la relation des cadres à leur travail témoignent plutôt d'un désengagement croissant vis-à-vis de l'entreprise et d'une démotivation inquiétante. Peut-être que la fête de l'Entreprise, dont le slogan est « J'aime ma boîte », est justement une réponse à ce malaise ambiant. Il s'agit, reconnaît Jean-Claude Decaux, fondateur de JCDecaux, qui soutient l'opération, de« réhabiliter le monde de l'entreprise, en particulier auprès des jeunes ».

Il est vrai qu'il y a de quoi faire. Une enquête Towers Perrin, réalisée en août 2004 auprès de 15 000 salariés européens, montre que seulement 15 % des gens sont fortement motivés et prêts à fournir des efforts supplémentaires. En revanche, 65 % s'estiment modérément engagés, une majorité de ces « à-quoi-bonistes » songeant même à quitter leur emploi, tandis qu'un cinquième s'avoue complètement désintéressé par son travail. En cause, selon Rodolphe Delacroix, consultant chez Towers Perrin ,« un manque de cohérence et de communication »de la part d'un management qui n'a pas su maintenir un niveau d'engagement satisfaisant des salariés.

Le haut de la hiérarchie aussi

En fait, affine Nathalie Atlan-Landaburu, directrice-conseil du baromètre ORC 2004 (J. Walter Thompson), ce sont surtout les jeunes et les femmes qui expriment le plus de difficultés à adhérer à l'entreprise.« Ce sont eux les plus détachés, car ils sont aussi les plus éloignés du pouvoir et de la stratégie »,rappelle-t-elle. Selon elle, les jeunes ne s'investissent pas parce qu'ils ne s'imaginent pas faire carrière dans leur entreprise, qui peut être rachetée à n'importe quel moment et pour laquelle ils sont dans une démarche d'expérimentation. Les femmes, elles, sont attachées à leur équilibre de vie. Quant aux plus expérimentés, ils savent qu'il est difficile de retrouver du travail après quarante ans :« Ils font donc souvent croire qu'ils adhèrent au discours de l'entreprise »,estime Nathalie Atlan-Landaburu.

Le problème, et c'est là la vraie nouveauté, c'est que ce manque d'enthousiasme a tendance à remonter de plus en plus vers le sommet de la hiérarchie.« La logique du court terme, la rentabilité immédiate,explique Annick Allégret, directrice de l'unité Management et Leadership de la Cegos,rend les gens de plus en plus sceptiques vis-à-vis d'un discours d'entreprise qui ne se reflète pas dans la pratique. Ce scepticisme a touché d'abord les salariés, les managers, puis le management intermédiaire et aujourd'hui les cadres supérieurs. »

Que faire, donc, pour contrer ce désamour croissant constaté vis-à-vis de l'entreprise ? Annick Allégret conseille de commencer par... dire la vérité. On redécouvre ainsi les vertus du patron de PME qui n'hésite pas à faire état de la pression du marché et de ses difficultés.« Mieux vaut le discours de l'honnêteté qu'une vision d'entreprise qui ne repose sur rien et qui sera démentie par les faits »,analyse-t-elle. Pour motiver les salariés et fédérer les équipes, rien de tel que de jouer franc jeu en période d'incertitude. Sans faire l'impasse sur la stratégie. Au-delà des outils de communication interne, elle préconise les« moments de partage »et les« retours sur expérience ». « Souvent, l'information est descendante,note-t-elle,mais ce n'est pas ça qui permet de fédérer les salariés. »

Valoriser la fonction

Nicolas Bordas, président de TBWA France, va dans le même sens. Son entreprise, retenue en septembre dernier parmi les cent « où il fait bon vivre » parLe Journal du management,arrive en tête dans le secteur de la communication et des médias.« On ne motive pas les gens avec des tableaux Excel,souligne-t-il.Il faut produire des campagnes de référence, récolter des prix, apporter de la clarté et de la lisibilité et donner aux gens le sentiment que leurs idées sont prises en compte. »Surtout, l'ex-BDDP s'est historiquement voulue une machine à former de bons publicitaires :« Nous avons investi au niveau mondial en formation technique dans nos concepts de disruption et de connexion,dit-il,quitte à ce que l'on nous quitte pour se faire augmenter de 30 %. »


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BNP Paribas Assurance face à un malaise interne

En communication interne, BNP Paribas Assurance a tiré les leçons d'un malaise de ses équipes dont a rendu compte son baromètre social d'octobre 2003.« Les salariés étaient satisfaits de leur travail,explique Laurence Pessez, directrice de la communication.Mais ils souffraient d'un déficit d'information sur la stratégie de l'entreprise, d'une difficulté à donner du sens à leur travail au quotidien et d'une trop grande distance des cadres avec les dirigeants. »La dircom a réagi en organisant deux petits déjeuners par mois entre la direction générale et une dizaine de collaborateurs ayant deux à cinq ans d'ancienneté, la fourchette critique, selon elle.« Pas mal de dysfonctionnements ont remonté »,constate-t-elle. De même, elle s'est attachée à faire ressortir le travail de chacun dans une organisation globale à travers les « cafés du patio », où les différents services de BNP Paribas Assurance présentent ce qu'ils font. Le bénéfice clients apparaît, par exemple, derrière une certification Iso. La dimension festive n'est pas absente pour les 1 500 salariés français dont près de la moitié a été invitée, le 21 juin, à peindre sur des toiles les valeurs de l'entreprise née d'une fusion « de la carpe et du lapin ». Mais c'est surtout la soirée de fin de projet qui se révèle la plus instructive. Intranet, compte à rebours... l'adaptation des comptables aux nouvelles normes internationales IFRS a été un parcours semé de balises. À la clé : une soirée de fin de projet.« Cela coûte moins cher qu'une prime,observe Laurence Pessez,et l'effet est sans commune mesure : la prime s'oublie, pas le souvenir de ce qu'on a vécu ensemble. »

A. de R.

La fête de l'Entreprise en chiffres

74 %des salariés affirment « J'aime ma boîte » contre 71 % en 2003.

68 %des femmes affirment « J'aime ma boîte » contre 80 % des hommes.

83 %ont un ou des collègues qui sont devenus des « amis ».

76 %pensent que l'entreprise est assez ou très « conviviale ».

18 %estiment « se défoncer » pour leur boîte contre 78 % qui se déclarent « consciencieux » dans leur travail.

N° 3.Rang de la France en termes d'appréciation de l'entreprise parmi les grands pays européens derrière l'Espagne (82 %) et l'Italie (75 %).

Source : Enquête Ethic/CSOEC, octobre 2004, auprès de 2 429 salariés européens.

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