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recrutement

L'intérim, une arme anticrise ?

11/11/2004

Face à une conjoncture morose, le travail temporaire dans la communication et le marketing se révèle un sérieux passeport vers l'emploi. À condition de savoir où l'on met les pieds.

Mathieu Dufour, trente-sept ans, est une victime de la crise. En décembre 2003, la restructuration de l'agence Lowe Zoa, filiale de Lowe Paris, propulse ce directeur-conseil à la case chômage !« Après avoir activé mon réseau, sans succès, j'ai envoyé une cinquantaine de candidatures spontanées. Pas facile de retrouver du boulot sur un marché si tendu »,raconte-t-il. Mais la vie offre plein de surprises : en lisant la presse spécialisée, Mathieu tombe sur une annonce de Caméléon Com. Mark, société d'intérim spécialisée dans les cadres de la communication et du marketing. Depuis juillet dernier, il a réalisé plusieurs missions chez Ogilvy Canaveral et en prévoit une prochaine chez Rapp Collins. Quant à Dominique Blot, c'est par choix que ce graphiste de trente-six ans s'est tourné vers le travail temporaire en 1998.« Salarié permanent dans une agence, j'en avais assez de la routine. Ma première expérience, avec la société d'intérim Addit, m'a séduit »,explique-t-il. Depuis le 8 octobre, il renforce les rangs de l'agence Tribu pour le compte de la société spécialisée Publirelais. Dans une conjoncture morose, les créatifs, les chargés de communication ou les directeurs marketing sont nombreux à se lancer dans l'intérim.

Le tiers du marché pour les services

La porte des agences de travail temporaire leur est grande ouverte.« L'intérim s'est longtemps cantonné à l'industrie et au BTP. Aujourd'hui, le tiers du marché est généré par les services. La communication et le marketing n'échappent pas au phénomène »,observe François Roux, délégué général du Syndicat des entreprises de travail temporaire (Sett). Après deux années difficiles, le marché stagne en 2004. Mais depuis septembre, les demandes décollent.« Les agences fonctionnent en flux tendu après des licenciements en série. Sans réelle visibilité, pas question pour elle de recruter en CDI. Mais au moindre « new business », elles ont besoin d'effectifs supplémentaires en urgence »,explique Jean-Louis Tessier, président de Publirelais, qui anticipe la reprise pour début 2005. Leader de cette niche de marché depuis trente ans (5 millions d'euros de chiffre d'affaires), son agence voit pousser de petits concurrents, aux côtés des grands réseaux qui ouvrent, un à un, des départements tournés vers la communication et le marketing.« Il s'agit de prendre place sur un marché qui va exploser dans les années à venir »,explique Christophe Comas, qui a lancé en septembre 2003 Caméléon Com. Mark. Ses clients sont à 60 % des agences, à l'instar de DDB ou Havas, le solde étant constitué par des annonceurs comme CanalSatellite. L'avenir du concept semble, en effet, prometteur : le choc démographique, prévu dès 2006, devrait doper les besoins de compétences des agences et des annonceurs, bientôt confrontés à une guerre pour séduire les talents, jeunes mais aussi seniors.

La recherche croissante de flexibilité sourit aux travailleurs temporaires. Mais pour combien de temps ? Le développement de l'intérim ne risque-t-il pas, à terme, de placer durablement les salariés dans la précarité ? Pour l'heure, agences spécialisées, entreprises et cadres au chômage s'en félicitent.« Les missions stratégiques ont le vent en poupe. De plus en plus d'entreprises recherchent des managers de transition pour monter ponctuellement un département de marketing opérationnel ou une nouvelle politique de communication interne »,se réjouit Sophie Le Bonté, à la tête du département spécialisé créé en septembre 2003 par Expectra, filiale du groupe Vedior France. Et Christian Larger, dirigeant de Gibory Consultant, d'ajouter :« Le nombre d'intérimaires cadres a augmenté de 35 % en cinq ans. Cela témoigne de l'intérêt des entreprises pour un instrument d'ajustement efficace face à une reprise économique en tôle ondulée. »Depuis octobre 2003, son cabinet a monté, en partenariat avec la société Minerve, Flexibility, une agence d'intérim de communicants à hautes compétences.

Cette souplesse n'a pas échappé à Bérénice Arotsios, chargée de recrutement chez Beauté Prestige International :« En septembre, un infographiste a pris ses vacances en plein " rush ". Un coup de fil à Publirelais pour décrire le poste et les critères demandés, puis une rencontre avec deux ou trois candidats... Tout s'est fait très vite. »

Passerelle de compétences

Congé de maternité, démission ou pic d'activité, les raisons ne manquent pas pour recourir aux services de l'intérim.« Un salarié opérationnel pour des missions d'une demi-journée à plus de six mois, c'est un sacré luxe sur un marché en dents de scie »,explique François Duquesnois. Selon ce chef de studio chez McCann Relationship Marketing, le surcoût d'environ 30 % est compensé par le temps économisé à sélectionner les CV... Côté intérimaire, même enthousiasme.« C'est un excellent moyen pour un jeune de se professionnaliser tout en affinant son choix de carrière »,commente Jean-Pierre Tessier, de Publirelais, avant de préciser qu'un candidat confirmé a davantage de chances de séduire ses clients. Pour ces derniers, l'intérim représente une passerelle de compétences.« En cinq ans, une trentaine de missions m'ont permis de passer de l'édition technique à des domaines plus stratégiques et commerciaux »,se félicite Catherine Chibani, trente-quatre ans, chef de projet publicitaire. Sans parler du salaire :« De 1 800 euros net par mois en CDI, mes revenus atteignent aujourd'hui presque 3 000 euros avec les primes de fin de mission. Plus de 4 500 euros avec les heures supplémentaires majorées, rarement payées quand on est permanente »,explique Catherine, qui a toujours refusé les propositions d'embauche d'entreprises.

L'intérim serait-il un passeport vers l'emploi pérenne ?« En transition de carrière, le concept permet de garder le contact avec le monde du travail et d'attendre qu'une place se libère »,souligne Valérie Bernard, responsable communication embauchée depuis un an à l'Union régionale des caisses d'assurance maladie d'Aquitaine. Mieux, 30 % des missions se transforment en CDI, selon le Sett. De sorte que les sociétés de travail temporaire rivalisent pour recruter en permanence de nouveaux candidats mais aussi pour les fidéliser. Avec des avantages quasi similaires à ceux des autres salariés, le statut social de l'intérimaire français est l'un des plus avantageux en Europe (lire ci-dessous).

Nécessaire adaptation

Mais c'est la soif de liberté qui a poussé Hugues Davo, directeur marketing de cinquante ans, à franchir le pas l'année dernière.« Un senior sur le marché a trois options : le consulting, le portage salarial ou l'intérim. La dernière formule est la moins lourde sur le plan administratif, la plus lucrative aussi. On est à la fois son propre patron et un salarié sans obligation à long terme. Que demander de plus ! »

La médaille de l'indépendance a aussi son revers.« J'ai souvent l'impression d'être une pièce rapportée. Ce n'est pas facile de manager des équipes qu'on ne connaît pas »,remarque le directeur conseil Mathieu Dufour. Ignorant les codes de chacun de ses nouveaux environnements, il doit sans cesse s'adapter à ses interlocuteurs. Sans compter la difficulté de jongler entre des missions, souvent de courte durée et surtout irrégulières. Aussi stimulant soit-il, l'intérim plonge de fait le salarié dans l'incertitude du lendemain. Il faut pouvoir l'assumer.

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