
09/12/2004 - Officiels ou officieux, les réseaux sont rois dans la publicité, la communication et les médias. Une étude révèle la liste des cercles et autres clubs les plus influents pour les communicants.
Assis à une table de l'hôtel Mercure d'Angoulême, Hervé Brossard, président de DDB, Bruno Kemoun, codirigeant de KR Media, et Jean-Pierre Audour, de JPA Conseil, dégustent des escargots - des cagouilles, comme on dit en Charente - confits. Le 27 novembre dernier, ces grands communicants n'ont pas hésité à faire le voyage pour le dixième anniversaire des Gastronomades, l'association qui réunit régulièrement une trentaine de publicitaires et journalistes, disciples d'Épicure.« Concurrents dans la vie, on range nos couteaux le temps d'une bonne bouffe. De quoi aussi nouer des amitiés et se rendre des petits services »,explique sans tabou Louis Gillet, président de Manchette Sport et fondateur de ce réseau, qui n'a pas manqué cette escapade charentaise le temps d'un week-end.
D'autres cénacles tiennent le haut du pavé aux yeux des communicants, selon le sondage réalisé par Alain Marty, auteur du guideClubs et Réseaux d'influence,en partenariat avec le cabinet Top Management. Les patrons de Publicis, d'Havas, de Canal+ et de France Télévisions, tous francs-maçons ? Difficile à prouver, d'autant que nombre d'entre eux, dont Maurice Lévy, l'ont souvent formellement démenti. En tout cas, pour les dirigeants d'agences, les directeurs marketing ou de la communication interrogés, la franc-maçonnerie reste le réseau le plus « influent » dans l'Hexagone, suivi par l'Inspection des finances, puis Le Siècle et les associations d'anciens des grandes écoles. Intellos, sportifs, amateurs de bons vins... les points communs ne manquent pas. Le principe ?« Faire bénéficier leurs membres des avantages offerts par les fonctions ou les contacts d'un autre membre »,résume Alain Marty.
La pub entre frères et anciens
Petit milieu oblige, la cooptation est reine dans la publicité et les médias. Quoi de mieux qu'un club pour enrichir son carnet d'adresses, rencontrer ses futurs patrons, fréquenter d'éventuels clients. Ou rebondir après un accident de carrière.« J'ai déjà gagné ou perdu des compétitions à cause de l'effet réseau »,lâche un dirigeant d'agence sous couvert d'anonymat.
Il n'est pas le seul à requérir l'anonymat. La discrétion semble de mise dans les sphères du pouvoir. Surtout quand on évoque l'appartenance à la franc-maçonnerie.« J'ai souvent senti un grattouillis en serrant les mains de mes confrères »,s'amuse Gérard Cicurel, vice-président de TBWA France. Et la journaliste d'investigation Ghislaine Ottenheimer d'ajouter :« Depuis le temps de l'ORTF, c'est un sacré accélérateur de carrière dans les médias. Mais aussi dans les agences de pub, le sponsoring sportif et l'événementiel. »Lever le voile sur la si discrète fraternité lui a coûté cher. Nommés comme « frères » dans son livre, Maurice Lévy et Alain Afflelou l'ont attaquée en justice pour atteinte au respect de la vie privée. Rares sont ceux, comme Patrick Le Lay, patron de TF1, à avouer appartenir à la Grande Loge nationale de France. En face, le Grand Orient serait davantage implanté à France Télévisions et Euro RSCG. Mais leurs dirigeants respectifs, Marc Tessier et Stéphane Fouks, ont toujours nié porter le fameux tablier.
Loin des cercles occultes mais tout aussi influent : le réseau des inspecteurs des finances. De Loïc Armand, directeur des relations extérieures de L'Oréal, à Michel Pébereau, président de BNP Paribas, ce corps d'élite de la nation joue un rôle décisif chez les annonceurs dans l'attribution des budgets. Une entraide inconditionnelle dont aurait profité Jean-Marie Messier, accusé de manipulation de cours.
Si la réputation des inspecteurs des finances est sortie intacte de cette affaire, le Club 40, cercle de dirigeants créé par l'ex-patron de Vivendi Universal, a, lui, perdu de sa superbe. Aujourd'hui, les patrons du CAC 40 lui préfèrent le traditionnel cénacle, Le Siècle, actif depuis 1944. Denis Jeambar (L'Express), Serge July (Libération) ou Patrick Poivre d'Arvor (TF1) en sont membres. Chaque mois, à l'Automobile Club, place de la Concorde, à Paris, ils papotent en toute discrétion avec les grands patrons.« On ne parle jamais affaires à table »,explique Étienne Lacour, secrétaire général du Siècle et directeur de la rédaction de la Société générale de presse, avant de préciser :« Après le repas, chacun est libre de ses discussions. »
« En quatre ans, notre " think-tank " [cercle de réflexion] monté par Claude Bébéar a acquis une vraie influence politico-médiatique. Mais, chez nous, pas question pour autant de " réseauter " ! Évidemment, nos membres, patrons ou cadres dirigeants, s'échangent des cartes de visite mais personne n'est là par intérêt individuel. Tous utilisent leurs propres réseaux pour faire avancer nos propositions. La cause avant tout, sinon pas d'adhésion ! »
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