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Entreprises

La tentation de la chaire

13/01/2005

Entreprises et écoles nouent de plus en plus de partenariats sur des programmes de recherche et d'enseignement. Des accords « gagnant-gagnant », mais attention aux dérives.

Depuis trois ans à l'Essec (École supérieure des sciences économiques et commerciales), les cours de la chaire marketing sportif font salle comble.« Les étudiants sélectionnés suivent 400 heures environ d'un cursus marketing complet, inscrit au programme de nos formations initiale et continue »,explique Thierry Lardinois, professeur titulaire de cette chaire, financée à hauteur de 300 000 euros annuels par sept entreprises dont Havas Sports, Adidas etL'Équipe,et dotée d'un bel arsenal pédagogique : dix professeurs, épaulés par des responsables marketing ou commerciaux en activité. Sans compter les recherches scientifiques communes portant sur l'optimisation des symboles dans les positionnements mix-marketing, l'étude du marché des journaux gratuits en Europe ou une méthodologie de segmentation des communautés sportives« Étudiants, professeurs et cadres tuteurs planchent durant six mois sur un sujet qui colle à nos besoins actuels »,se félicite Lucien Boyer, directeur général d'Havas Sports, qui siège au comité de pilotage de la chaire, composé des entreprises partenaires et du corps enseignant.

Le fossé entre théorie et terrain

Depuis quelques années, les chaires d'entreprises fleurissent sur les campus. En juillet 2004, Accor, Air France et la SNCF en ont ouvert une à HEC (École des hautes études commerciales) ; deux mois plus tard, le Crédit agricole leur a emboîté le pas à la RMS (Reims Management School), suivi par SFR à l'IAE (Institut d'administration des entreprises) de Toulouse et La Poste à l'Essec, en décembre dernier. Le phénomène a débarqué des États-Unis au début des années quatre-vingt-dix et, aujourd'hui, les écoles n'hésitent plus à recourir aux entreprises pour financer des programmes de haut vol, alliant recherche, enseignement et autres tutorats. Le coût d'une chaire à vie à l'Insead est de 3 millions d'euros, entre 450 000 et 900 000 euros annuels à l'ESCP-EAP pour un engagement de trois à cinq ans et 230 000 euros par an sur cinq ans à HEC. Une chaire permet de combler le fossé entre théorie et terrain.« Étudiants, écoles et entreprises, tout le monde est gagnant »,prêchent à l'unisson professeurs et patrons. Un mariage prometteur, certes, mais à condition de ne pas y perdre son âme.

Les écoles se frottent les mains.« Les entreprises nous assurent un financement à long terme qui développe nos pôles d'excellence »,applaudit Barbara de Colombe, chargée des levées de fonds à l'Insead (Institut européen d'administration des affaires). Pionnière dès 1979, son école a récolté 66 millions d'euros depuis 2000 auprès d'une quarantaine d'entreprises ou individus. La moitié est consacrée à la recherche. Un point clé, selon Bernard Ramanantsoa, le directeur d'HEC :« Notre réputation internationale se construit grâce à des publications scientifiques. »Dans l'immédiat, son école relance la chaire Publicis-Marcel Bleustein-Blanchet, inaugurée en 1998. D'ici à cinq ans, il envisage de tripler ses partenariats.

Pour Adilson Borges, professeur titulaire de la chaire Auchan à la RMS, la plus-value est aussi d'ordre pédagogique :« Saturés de théorie en classes préparatoires, les élèves sont demandeurs d'enseignements pratiques qui collent à la réalité des entreprises. C'est chose faite avec les cas réels, fournis par nos partenaires. »Un va-et-vient entre théorie et terrain propice aux débouchés professionnels des étudiants. Le partenariat avec les entreprises permet aussi aux écoles de ne pas augmenter les frais de scolarité« face à une réduction générale des budgets publics »,souligne Thomas Froehlicher, directeur de l'école de management ICN, à Nancy. Même constat à l'Essec, où les élèves déboursent 8 000 euros par an pour s'inscrire à des cours qui coûteraient en réalité le double.

Accès privilégié

Pour les entreprises, la démarche est tout aussi intéressante.« Outre les découvertes académiques, nous disposons d'un accès privilégié aux futurs diplômés. L'occasion de leur présenter la diversité de nos métiers, parfois insuffisamment valorisés »,argumente André Martinez, membre du directoire d'Accor. Pour lui, la chaire d'HEC sur le marketing des services est« une pépinière de stagiaires en vue de futurs recrutements ».À l'IAE de Toulouse, les étudiants se rendent au sein même de l'antenne régionale de SFR.« C'est le moyen de repérer les talents et de les rendre immédiatement opérationnels »,se félicite Dominique Faure. Cette directrice de la région Sud-Ouest chez l'opérateur de téléphonie mobile confie que les sollicitations ne manquent pas de la part des écoles.

En contrepartie de leur participation financière, et c'est peut-être une limite du système, les entreprises « sponsors » disposent d'un droit de regard sur le programme de leur chaire... Pourtant, les écoles se défendent de toute ingérence dans le contenu des recherches et des cours.« C'est une collaboration " gagnant-gagnant " dans laquelle nous gardons la maîtrise des décisions pédagogiques »,assure Bernard Ramanantsoa (HEC), avant de préciser que le salaire du professeur titulaire reste sous son égide. D'inspiration anglo-saxonne, le concept a de beaux jours devant lui. Les budgets annuels d'HEC ou de l'ESCP-EAP (École supérieure de commerce de Paris) plafonnent à moins de 70 millions d'euros. Outre-Atlantique, la Business School d'Harvard dispose de trois fois plus pour quasiment le même nombre d'étudiants ! La manne des entreprises fait la différence.

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