
20/01/2005 - Avec la réforme de l'assurance maladie, les entreprises revoient la couverture sociale de leurs salariés pour faire face à la hausse de leurs dépenses de santé. Un chantier de communication interne.
L'année 2005 sera celle de la mise en musique des réformes de l'assurance maladie, votées l'été dernier. Déremboursements des médicaments, 1 euro à la charge du patient... Le gouvernement a choisi la manière forte pour résorber le déficit public dès 2007. Et la balle est dans le camp des entreprises, qui couvrent les frais de santé de plus de neuf salariés sur dix, selon le Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP). Soixante pour cent des cotisations reviennent généralement aux entreprises, le reste aux salariés. Mais la note s'avère salée avec le transfert des dépenses de santé de la collectivité vers le privé. Depuis le 1er janvier, les sociétés font face à une hausse brutale de leurs cotisations auprès des mutuelles et autres institutions de prévoyance.« Qui va pallier le désengagement de la Sécurité sociale : le salarié ou l'entreprise ? »,lance Patrick Fily, directeur des ressources humaines de Louis Vuitton en France, qui prévoit une consultation des représentants du personnel dans les prochains mois. Quelles que soient les décisions prises, responsabiliser les salariés devient une priorité face à la hausse continue des dépenses de santé. Un nouveau chantier de communication interne avec, à la clé, le risque de détériorer l'image sociale de l'entreprise.
Chez PSA Peugeot Citroën, direction et syndicats planchent depuis un an et demi sur les modalités d'une couverture des soins plafonnée.« Il va s'agir de faire comprendre aux salariés que la santé n'est plus un dû mais un avantage proposé par leur employeur »,préconise Denis Campagna, directeur du développement du groupe de protections sociales Mornay, qui compte quelque 150 000 entreprises clientes. Mais jugé trop technique, le message est souvent délaissé par les communicants en interne, qui se contentent de transmettre aux salariés les fascicules remis par leur mutuelle.« Les dirigeants attachent peu d'importance aux inquiétudes de leurs salariés sur leur avenir matériel et celui de leur famille. Pourtant, les questions de prévoyance ou de retraites, qui n'intéressaient pas grand monde autrefois, préoccupent aujourd'hui jusqu'aux trentenaires »,commente Pierre Labasse, ancien directeur de la communication interne de Danone et président d'honneur de l'Association française de la communication interne (Afci).
Kit de communication santé
Conscient des enjeux, le leader des institutions de prévoyance, AG2R, vient de mettre à la disposition des DRH un kit complet de communication santé.« Notices explicatives et guide d'informations sur l'intranet de l'entreprise pour expliquer les dangers d'une consommation non maîtrisée des produits de santé »,souligne Jean-François Ropelewski, directeur marketing. Plus offensif, Deloitte France prend le problème à bras le corps :« L'audit réalisé début 2004 dans notre entreprise a conclu à un dérapage sur les dépenses d'optique ou de soins dentaires. Notre première démarche s'est appuyée sur la responsabilisation des représentants du personnel »,précise Fabrice Roncin, DRH adjoint. Pour réduire le déficit, le cabinet a revu depuis le 1er janvier sa couverture santé : un tronc commun plafonné et un second niveau facultatif aux garanties renforcées, mais qui reste à la charge du salarié.« De facto, les cotisations individuelles ont augmenté,poursuit-il.Pour gérer l'impact psychologique sur nos collaborateurs, notre plan de communication se veut large et transparent. »Adressé à l'ensemble du personnel, un courriel incite chacun à la modération des frais médicaux. Le tout illustré par des tableaux qui listent les surcoûts, à la fois pour l'entreprise et pour le salarié. Bientôt, suivront des articles dans le journal interne et une brochure jointe aux fiches de paie.
Mais un message écrit sur un sujet aussi technique ne risque-t-il pas de rebuter les salariés ?« Mieux vaut une information verbale »,assure le consultant Jérôme Mündler, qui s'est lancé dans ce créneau depuis un an. Suite à une centaine d'entretiens à la demande individuelle de cadres chez Accenture, Dior ou Bouygues, il négocie ses services auprès de leur employeur. Une pédagogie personnalisée qui a fait ses preuves chez France 5, par exemple.« Pour contrer un déficit de 46 % en 2001, nous avons décidé une hausse progressive des cotisations individuelles. Après une campagne d'affichage en interne courant 2002 et 2003, tout mon service a été mobilisé pour responsabiliser nos deux cent quarante salariés, en allant les voir bureau par bureau. Sans oublier l'aide des représentants du personnel, qui ont relayé notre message »,raconte Corinne Guis, DRH de la chaîne de télévision, qui prévoit une piqûre de rappel en avril prochain. Bilan : des comptes santé rééquilibrés depuis un an.
13 milliards d'euros. Déficit de la Sécurité sociale en 2004. Le plan Douste-Blazy vise à le ramener à 8 milliards en 2005 et renouer avec l'équilibre en 2007.
2,1 milliards. Coût de la réforme de l'assurance maladie supporté par les salariés, avec notamment l'alourdissement de la CSG sur les salaires, selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
92 %. Part des Français qui disposent d'une complémentaire santé d'entreprise, selon l'étude publiée en août 2004 par le Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP).
De 3,5 % à 10 %. Hausse des cotisations payées en 2005 par les entreprises aux complémentaires santé, mutuelles et institutions de prévoyance, selon les organismes spécialisés.
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