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formation

Vous avez le droit de devenir plus compétent

10/03/2005

Depuis le 1er janvier, tout salarié peut négocier avec son manager un droit individuel de formation (DIF). L'entretien pourrait bien tourner au vinaigre.

Branle-bas de combat dans les services des ressources humaines des agences de publicité, de TBWA à Euro RSCG, de Publicis à Young&Rubicam. Depuis le 1er janvier, leurs salariés peuvent demander un droit individuel de formation. Le fameux DIF, créé par la loi du 4 mai 2004, prévoit vingt heures par salarié et par an, cumulables sur six ans. Le tout négocié avec le responsable hiérarchique lors d'un entretien au minimum bisannuel. Empreint de nombreuses zones d'ombre, ce nouveau tête-à-tête risque de se transformer en bras de fer.« Nous passons d'une gestion globale des formations à une gestion individuelle sans vraiment savoir comment aborder ce changement »,s'inquiète Isabelle Jacquot, directrice des ressources humaines de TBWA. Depuis octobre, elle participe à un groupe de travail organisé par l'Association des agences-conseils en communication (AACC) autour d'une dizaine de DRH et responsables des formations en agences.« L'objectif est de définir ensemble un plan de communication pour armer les salariés et surtout les managers à mener ce face-à-face qui déterminera le succès ou l'échec du dispositif »,explique Amélie Cayzac, chargée des affaires sociales et de la formation à l'AACC.

S'accorder sur le contenu

Première obligation de l'employeur : informer les salariés une fois par an sur le total des droits capitalisés au titre du DIF. Une astreinte stipulée dans l'accord de branche de la publicité, signé le 29 novembre 2004. Une priorité aussi quand on sait que le DIF relève de la seule initiative du salarié, avec l'approbation écrite de sa hiérarchie.« C'est un changement radical pour les employeurs, habitués à proposer une formation à leurs employés. La balle passe maintenant dans le camp du salarié »,note Amélie Cayzac. À charge pour le manager d'en négocier le contenu et le moment. Si la loi penche pour un DIF hors du temps de travail, l'accord de branche laisse au salarié et à sa hiérarchie le soin de trancher la question. Le manager dispose d'un mois pour répondre à la demande d'un collaborateur.« C'est très court pour nous, vu la paperasse à faire remonter »,pointe Isabelle Jacquot chez TBWA qui, après avoir informé le comité d'entreprise et la direction, planche sur la sensibilisation de l'ensemble des cadres. D'autant que ces derniers doivent savoir qu'ils ont la possibilité de refuser à deux reprises de répondre à la demande d'un employé. Le DIF se transforme alors en congé individuel de formation (CIF), pris en charge par l'Afdas, organisme paritaire collecteur des fonds de formation.« L'entreprise n'a pas forcément intérêt à transformer le DIF en CIF, car elle devra de toute façon payer l'action de formation et la rémunération du formé »,commente Pascal Lefebvre, secrétaire fédéral CGT Pub.

Selon lui, le bras de fer entre direction et salarié devrait plutôt avoir lieu à propos du contenu des formations.« Si le plan de formation inclut les dispositifs d'adaptation au poste de travail ou au maintien dans l'emploi, le DIF ouvre au développement de compétences au sens large. La seule contrainte pour le salarié est de choisir un sujet lié à sa filière professionnelle. Ainsi, un comptable dans une agence peut vouloir acquérir des connaissances en marketing »,assure Pascal Lefebvre, qui craint que les managers soient tentés d'influencer le choix des salariés.« Par exemple, la direction de Pages jaunes a suggéré le transfert vers le DIF des cours de langues du plan de formation. Les syndicats s'y sont opposés »,explique-t-il.

Le bon moment

Pour éviter ces dérives, la CGT prévoit de distribuer dès mars prochain une plaquette explicative aux salariés. Sont prévues aussi des formations pour apprendre aux représentants du personnel comment prêcher la bonne parole dans les bureaux. Mieux, la CFE-CGC a publié à 20 000 exemplaires une bande dessinée pour ses militants.« De quoi leur permettre de comprendre la loi et leur donner un support de vulgarisation à destination des salariés »,précise Bernard Valette, secrétaire national du syndicat des cadres. Mais la plupart des agences ne disposent d'aucune représentation syndicale.« Charge à moi de diffuser des informations claires à mes cinquante salariés »,explique Jean-Pierre Chebassier. Le patron de l'agence Ailleurs exactement a fait appel à un avocat pour lever le voile sur un dispositif complexe. Ses inquiétudes portent aussi sur l'étalement des départs en formation.« Notre activité se gère au rythme des nouveaux budgets. Que faire si les salariés prennent tous leur DIF en même temps ? »,s'interroge-t-il. Sa principale difficulté :« Lier des demandes individuelles à la politique globale de formation de l'agence. »Et surtout faire le tri parmi la pléthore d'offres.« Avec le DIF, le manager devient un véritable consultant, capable d'orienter le salarié et de négocier le moment opportun pour l'activation de son droit. Sans parler des formulaires légaux à remplir »,souligne Nathalie Esnault, consultante à la Cegos. D'après elle, les entreprises devraient informer les salariés au compte-gouttes pour se ménager le temps nécessaire à la préparation des managers.« Identifier les enjeux et les conditions de formation, cela ne s'improvise pas »,commente Cyril Pattegay, directeur pédagogique de Novitec, filiale formation du groupe Adecco, qui forme les cadres à ce changement managérial. D'autant que si la hiérarchie peut retoquer le projet d'un salarié, son refus doit être justifié.« Sinon, ce dernier pourrait attaquer son employeur devant les prud'hommes »,avertit Amélie Cayzac, de l'AACC, qui anticipe une série de contentieux d'ici à trois ou quatre ans.

En savoir +

>Le Manager développeur de compétences,par Nathalie Esnault, ESF, 21 E.

>Manager la formation après la réforme, par Alain-Frédéric Fernandez et Franck Savann, ESF, 23 E.

>Formation professionnelle : le guide de la réforme, de Christophe Parmentier et Philippe Rossignol, Éditions d'organisation, 22 E.

>Le DIF, Alain-Frédéric Fernandez, Dunod, 22 E.

>http://dif.demos.fr

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