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formation

L'horizon obscurci des apprentis journalistes

19/05/2005

Dans un secteur qui connaît des crises cycliques, la formation initiale reste un sésame pour les meilleurs postes. Mais avec la multiplication des écoles labélisées, les choses se compliquent.

Àquelle porte frapper pour suivre la meilleure formation ou pour recruter là où se fabriquent les faiseurs d'opinion de demain ? Quelle est la meilleure école de journalisme en France ? Impossible à l'heure actuelle de répondre avec certitude. Les données chiffrées sont inexistantes. Pas de classement, pas de concours national. Pourtant, à cette même question posée il y a dix ou vingt ans, la réponse aurait fusé : Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris, École supérieure de journalisme (ESJ) à Lille. Longtemps, la voie royale pour accéder au saint des saints du journalisme -Le Monde,Le Figaro, Europe1, RTL... - se limitait à ces deux écoles. Comme le résume un ancien, le choix était relativement simple : c'était Paris ou Lille.« Ce n'est plus le cas aujourd'hui »,reconnaît avec une grande franchise Fabrice Jouhaud, directeur du CFJ. Cette situation a perduré sans grand changement pendant près de cinquante ans : de 1947, date de la création du CFJ, à 1999, lorsque l'école dépose le bilan. Ses jeunes diplômés se trouvent confrontés à ce séisme alors que la réputation du CFJ est à son sommet. Les autres formations, qui bénéficiaient déjà d'un certain prestige, comme le Centre universitaire d'enseignement du journalisme (Cuej) à Strasbourg, l'Institut pratique du journalisme (IPJ) à Paris, le Celsa à Paris, profitent naturellement du doute qui s'installe sur l'avenir de la « maison » CFJ. La situation se complique un peu plus avec la relance, en 2000, du processus de reconnaissance professionnelle de nouvelles écoles : École de journalisme de Toulouse en 2000, Institut de la communication et des médias à Grenoble et IUT de Lannion en 2003, Institut français de presse à Paris en 2004.

Des emplois attribués sur concours

La reconnaissance fait figure de sésame pour les écoles de journalisme et leurs étudiants. Il y a celles qui sont « reconnues » par la profession (très exactement par la Commission nationale paritaire de l'emploi des journalistes, le CNPEJ) et les autres. La situation est d'autant plus tendue que ces labélisations à répétition interviennent dans un contexte de l'emploi particulièrement morose. Érosion des ventes des journaux, crise publicitaire, contrecoup des 35 heures, explosion de la bulle Internet ont conduit depuis 2001 à une raréfaction des créations de postes et à une multiplication des emplois précaires, piges ou contrats à durée déterminée (CDD). Pour les écoles « installées », cet afflux de nouveaux entrants est un coup dur : le montant de la taxe professionnelle et le volume de stages en entreprise (inchangés) sont à partager non plus en huit, mais en douze... Pour les entreprises de presse, plus les formations sont nombreuses, plus il est difficile de détecter les meilleurs éléments, les futurs présentateurs vedettes, rédacteurs en chef, grands reporters, etc. C'est pourquoi les plus sollicitées d'entre elles ont choisi de distribuer leurs contrats à durée indéterminée par voie de concours : l'AFP (qui a récemment cessé de recruter pour des raisons budgétaires), Reuters, RTL, L'Équipe, Prisma Presse, etc.« C'est une étape supplémentaire,se désole Grégoire Lemarchand, président de l'association des anciens élèves du CFJ.Après des études parfois longues, des concours d'entrée aux écoles de journalisme, il faut encore passer des concours pour obtenir un poste... »Si la profession de journaliste a toujours connu la précarité professionnelle initiale (stages, piges, CDD), celle-ci s'est accentuée.« La précarité s'est allongée de 24 à 30 mois en moyenne »,détaille Alain Chanel, directeur du Cuej à Strasbourg.« L'" effet sas " est devenu structurel »,constate Denis Ruellan, directeur du département journalisme à l'IUT de Lannion. La raison ? Didier Scheramy, responsable de la formation journalisme à l'IUT de Tours, y voit la généralisation de la crise à tous les supports d'information.« Les médias ont toujours connu un phénomène d'oscillation de l'emploi,rappelle-t-il.Ce qui est nouveau, c'est que tous les médias sont touchés : ni la presse, ni la télévision, ni la radio ne recrutent. »Résultat,« il n'y a plus de trajectoire linéaire et directe ». Envolée, la quasi certitude d'obtenir un poste fixe après avoir multiplié les CDD pendant un ou deux ans dans l'audiovisuel ou les piges dans la presse. Si les responsables des formations comprennent les raisons de ces tensions à l'intégration des jeunes diplômés, ils regrettent l'abandon d'une certaine éthique, d'une forme de compagnonnage, d'une« relation privilégiée », ils dénoncent parfois le« cynisme »des entreprises de presse...« Les sociétés de médias sont en train de mettre en place une méthode de management de dérégulation,constate Denis Ruellan, de l'IUT de Lannion.Or l'allongement de ce "sas" permet aux entreprises de rendre les jeunes diplômés plus malléables, de raboter leurs ambitions. »Pas de problème, diront certains, seuls les meilleurs sortiront du lot... Une logique que Denis Ruellan réfute, tout comme Gaël Le Dantec, responsable de la filière journalisme de l'IUT de Bordeaux.« Ce discours n'est pas sain. On sait que les médiocres aussi savent durer... »,estime le premier.« Qui sont les meilleurs ?,s'interroge le second.Ceux qui ont les moyens de supporter cette précarité ? »

Annuaires mirages

Pourtant, il y a du travail pour une majorité de jeunes journalistes, assurent la plupart des formateurs.« Le placement des étudiants dans la presse hebdomadaire régionale est assuré à 100 %, souvent même avant leur sortie. Ceux issus de la " filière agricole " aussi »,indique Loïc Hervouet, le directeur de l'ESJ de Lille à propos de ses filières spécialisées. Idem à Toulouse ou à Bordeaux, où l'on rappelle les embauches régulières effectuées par les quotidiens régionaux.« Les écoles continuent à " fabriquer " des étudiants qui ne voient a priori comme débouchés que les grands médias d'information générale »,regrette Christine Leteinturier, professeur à l'Institut français de presse.« Le vrai danger pour les étudiants bardés de diplômes, c'est que la lecture de l'annuaire des anciens - où les célébrités du métier et les rédacteurs en chef sont nombreux - crée une espèce de mirage »,confirme Grégoire Lemarchand. Un décalage entre mythe et réalité qui fait tirer le signal d'alarme à François Boissarie, délégué général du Syndicat national des journalistes (SNJ) :« Attention, on est en train de former des promotions de chômeurs ! »Seule certitude dans ce tableau pas très rose :« La pyramide des âges des journalistes est telle qu'il y aura un renouvellement,assure Alain Chanel, du Cuej.Mais à quel rythme et sous quelles conditions, personne ne peut le dire... »

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