
06/10/2005 - Pour accompagner les salariés des entreprises publiques confrontés au désengagement progressif de l'État, les agences-conseils en communication interne concoctent des stratégies de haute voltige.
EDF bradée au privé ? Les services publics menacés ? Ces questions étaient sur toutes les lèvres, le 4 octobre, lors de la grève nationale sur l'emploi, la précarité et le pouvoir d'achat. Privatisation des autoroutes, entrée en Bourse de GDF et bientôt d'EDF et d'Areva, ouverture à la concurrence de l'ANPE, de la SNCF, de La Poste (lire ci-contre)... Les sociétés publiques chamboulent leur organisation pour anticiper leur confrontation à la loi du marché. Mais au vu des réactions des salariés, ce genre d'opération pourrait bien tourner au vinaigre. à l'exemple de la Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM), dont la privatisation provoque la colère des marins, qui prennent d'assaut un navire de la société.
Pour préparer le terrain et vaincre les résistances au changement, les entreprises publiques font appel au savoir-faire des agences corporate. Ces dernières mettent au point des stratégies à base de projet d'entreprise, d'actionnariat salarié et d'implication de l'encadrement intermédiaire.
« Une privatisation ou une perte de monopole brouille les repères des salariés. À nous d'aider l'entreprise à calmer les esprits en redonnant du sens », commente Jean-Michel Hieaux, vice-président exécutif d'Euro RSCG C&O, agence en charge de l'accompagnement du changement à France Télécom et à l'ANPE. Sa méthode ? « Pas de grand-messe ou d'affiches impersonnelles, mais une communication transparente qui justifie le changement. Le tout en mettant en valeur les bénéfices de la transformation pour l'entreprise, mais aussi pour les individus concernés. »
La tâche est pharaonique dans des sociétés à culture forte, où les salariés sont très attachés à la notion de service universel. « Les fonctionnaires sont un peu les gardiens du temple. Ils ont peur de perdre leur statut et le sens qu'ils donnaient à leur travail », observe l'anthropologue Marc Lebailly, cofondateur du cabinet-conseil ACG. Sans compter que la perte d'un monopole transforme l'usager en client. Une nouvelle culture pas facile à acquérir. « Il s'agit d'abord de recomposer le corps social autour d'un nouveau projet d'entreprise, incarné par le dirigeant. Puis de jouer la carte de la sincérité et de la pédagogie sur le dispositif prévu pour atteindre ce but », prêche Laurent Habib, directeur général d'Euro RSCG C&O, qui applique cette méthode depuis mars 2005 chez France Télécom.
Le message est clair : l'économie mondialisée contraint les structures publiques à davantage de concurrence et d'autonomie, ce qui impose des réorganisations. Le 31 août dernier, l'État est passé sous le seuil de 33,3 % du capital de l'ex-monopole des télécommunications, perdant au passage sa minorité de blocage. Porté par son PDG Didier Lombard, le projet d'entreprise pour 2005-2008 prépare le terrain en interne. Baptisé Next, ce plan annuel vise à rendre les salariés acteurs de la transformation. Une ambition collective qui leur explique pas à pas la démarche de la direction. De quoi faire comprendre à chacun la nécessité de se mobiliser pour s'adapter au marché, quitte à parfois changer de métier.
Intéressement et options sur titres
Collectif, le projet de France Télécom valorise aussi les bénéfices du changement pour chaque salarié, après avoir créé des parcours individuels au sein de l'entreprise. Lancée à la mi-septembre, la nouvelle formule du journal interne fait la part belle aux portraits des professionnels incarnant les réussites de la nouvelle orientation client. « Une stratégie de mise en valeur des pionniers du changement, qui place chacun dans une dynamique positive », commente Laurent Habib.
Dans cette logique, l'actionnariat salarié joue un rôle clé. Après les primes aux résultats et autres modes d'intéressement personnel, France Télécom a franchi une dernière étape symbolique vers le privé en annonçant, le 6 septembre dernier, la mise en place d'un plan d'options sur titres.
Même stratégie chez EDF, dont la cotation en Bourse est imminente. La nouvelle concurrence sur les marchés de l'électricité pousse le groupe à mener sa mutation tambour battant. Le 13 juillet 2005, un accord entre la direction et les syndicats a créé un nouveau fonds commun de placement. En outre, 15 % des titres proposés au public devraient être réservés aux agents d'EDF.
Électricité de France. Prévue par la loi du 9 août 2004, la privatisation partielle d'EDF devrait avoir lieu cet automne. L'État conserve plus de 70 % des titres. L'ouverture totale du marché de l'électricité aux particuliers est prévue le 1er juillet 2007.
Gaz de France. GDF a été introduite en Bourse le 8 juillet dernier. 15 % du montant total de l'opération étaient réservés aux collaborateurs de l'entreprise publique, dont l'État détient plus de 70 % du capital.
SNCF. L'ouverture à la concurrence des trafics nationaux est prévue en janvier 2007, après la fin du monopole des lignes internationales de fret depuis le 15 mars 2003.
France Télécom. Le 31 août dernier, l'État a réduit de 34,9 % à 33,1 % sa participation dans le capital de France Télécom, perdant ainsi sa minorité de blocage. Un désengagement progressif qui a débuté en octobre 1997.
ANPE. La loi de cohésion sociale du 18 janvier 2005 a mis fin au monopole qui réservait depuis 1967 à l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) le placement des chômeurs.
La Poste. C'est en 2010 que toutes les activités de La Poste devraient être ouvertes à la concurrence. 60 % du chiffre d'affaires du groupe sont déjà réalisés dans des secteurs concurrentiels. Dès janvier 2006, La Poste prévoit de lancer un établissement de crédit.
Sociétés d'autoroutes. En août dernier, le gouvernement a annoncé la prochaine privatisation des sociétés concessionnaires d'autoroutes (ASF, APRR, Sanef) pour 11 milliards d'euros environ. Pas moins de 18investisseurs, français et étrangers, seraient intéressés.
SNCM. Les syndicats de la Société nationale Corse-Méditerranée (SNCM) s'opposent fermement à la vente, même partielle, de leur entreprise à la société Connex, filiale de Veolia Environnement, et au fonds d'investissement Butler Capital Partners. Ce dernier évalue le nombre de licenciements à 350 ou 400 sur 2 400 employés.
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