
Vous intervenez chez des annonceurs, tels Nestlé France, la SNCF ou Société générale. Un publicitaire est-il plus difficile à coacher qu'un directeur marketing ?
P.G. Le publicitaire est surtout plus réticent. Pourtant, ses problèmes sont les mêmes que ceux de son interlocuteur chez l'annonceur : meilleure gestion du temps, des équipes ou des difficultés relationnelles. Alors que les directeurs marketing ou communication trouvent valorisant de se faire payer un coach par leur entreprise, les publicitaires perçoivent cela comme un aveu de faiblesse. Le sujet reste tabou dans les agences, où les individus sont habitués à donner des conseils et non pas à les solliciter. Le culte de la performance individuelle n'aide pas non plus. Par exemple, un directeur clientèle m'a demandé de l'accompagner pour améliorer sa gestion du temps. Il semblait à bout de nerfs mais il n'a jamais trouvé un créneau libre pour que nous puissions placer nos séances. Impossible pour lui de prendre la distance suffisante pour engager une démarche d'introspection, au risque un jour de vraiment craquer.
En février 2004, vous avez rencontré des représentants de la commission sociale de l'Association des agences-conseils en communication (AACC). Quel a été le contenu de vos échanges ?
P.G. J'ai expliqué aux directeurs des ressources humaines de grandes agences l'intérêt du coaching. Mais ils m'ont semblé sceptiques. Sans doute la peur de voir partir un élément clé de leur équipe après l'avoir coaché.
Le secteur publicitaire serait-il un village gaulois, refusant d'adopter les techniques de management utilisées par les annonceurs ?
P.G. Ces DRH m'en ont donné l'impression. La culture publicitaire entretient un rapport magique à la création, auquel les dirigeants n'ont surtout pas envie de toucher en décortiquant les modes de fonctionnement et de réussite des uns et des autres. Pourtant, la conjoncture oblige certains dirigeants à changer leur fusil d'épaule. La publicité entre peu à peu dans une logique industrielle, où la seule créativité ne peut plus permettre de gagner des budgets. Le coaching devient alors le moyen d'optimiser les compétences, la créativité et le relationnel avec les clients et les collaborateurs.
Dernièrement, Christophe Lambert a fait la tournée des plateaux TV pour présenter son ouvrage, La Société de la peur (Éd. Plon). D'après vous, a-t-il été coaché pour cet exercice télévisuel ?
P.G. Je n'en sais rien. Mais il est vrai que l'on fait parfois appel à des journalistes pour préparer ses clients à parler aux médias. En tant que communicants, les publicitaires sont peu demandeurs de médiatraining. Toutefois, Christophe Lambert fait partie de ces jeunes patrons d'agences ouverts au coaching. Son livre pointe les peurs et les freins à l'action dans notre société. Ce travail d'introspection est à la base de la démarche d'accompagnement du changement effectuée par un coach.
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