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J'ai lancé ma start-up dans la presse

17/11/2005

Malgré la crise du secteur, de nouveaux magazines se lancent en marge des grands éditeurs. Peu de moyens chez ces jeunes pousses, mais pas mal d'idées.

Crise des quotidiens, chute des budgets publicitaires, offre pléthorique de magazines... Par les temps qui courent, mieux vaut avoir les reins solides pour lancer un journal. Pourtant, de l'hebdomadaire gratuit Sport au mensuel Arts magazine, en passant par le bimensuel Terra economica et d'autres, des jeunes pousses cherchent à s'imposer auprès des lecteurs. Leurs éditeurs, dirigeants post-bulle Internet, ont fait de la débrouille leur maître mot, et sortent des sentiers battus pour créer de nouveaux modes de diffusion, d'organisation et, surtout, de management.

Ambiance décontractée dans les locaux de Sports Médias et Stratégie, éditeur du magazine Sport, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Sur la terrasse, cigarette au bec, un miniballon de rugby en main, Bruno Clément, rédacteur en chef, improvise un match avec une jeune responsable marketing. Lancé le 17 mars 2004, l'hebdomadaire gratuit joue dans la cour des grands avec quelque 600 000 exemplaires mis en place chaque semaine. « L'esprit start-up est là, la réussite aussi », lâche le PDG, Francis Jaluzot, ex-fondateur de 20 Minutes, appuyé par Bruno Breton et François Rossignol, deux anciens de Club-Internet. « C'est l'innovation permanente qui pallie le manque de moyens », prêche-t-il, avant de préciser que son magazine atteindra son point d'équilibre à la fin de l'année.

Pourtant, quand Sport n'était qu'un projet, aucun éditeur ne misait sur un gratuit qui associe sport, cinéma et people. « En avril 2003, on a fait le tour de tous les grands noms de la presse. Notre idée était trop innovante dans un milieu encore très conservateur », soupire Francis ­Jaluzot, qui s'est finalement adressé à des sociétés de capital-risque. Cinq mois plus tard, Avenir Tourisme et la Caisse des dépôts, parmi d'autres, mettent 1,4 million d'euros sur la table. D'octobre à décembre, le magazine est testé à un rythme mensuel. Les recettes persuadent de nouveaux investisseurs, Galileo en tête. Avec 4 millions d'euros, le magazine recrute alors une vingtaine de salariés, dont treize titulaires de la carte de presse. Et devient hebdomadaire. Une batterie de pigistes spécialisés complète l'affiche.

À la différence de ce qui se passe souvent dans les groupes de presse, la conférence de rédaction de Sport n'est pas la chasse gardée des rédacteurs et chefs de service technique. Le vendredi matin, tout le monde discute les sujets, trouve les angles, des secrétaires de rédaction au directeur artistique, de l'iconographe aux maquettistes. « On est juste un peu serré dans la salle », lâche avec malice Bruno Breton, directeur de la rédaction. Pas de chapelle non plus : « Si un secrétaire de rédaction a une bonne idée, il peut rédiger lui-même le papier. Mais surtout, les réflexions sur la maquette, l'illustration et le contenu sont débattues avec tous. » Autre innovation : Sport a été le pionnier en France dans l'utilisation d'InDesign, logiciel de mise en page d'Adobe, qui équiperait maintenant 65 % de la presse magazine, selon le fabricant. Chez Sport, les rédacteurs écrivent directement leurs articles via InDesign pour que leur texte colle parfaitement à la maquette. La totalité du système informatique fonctionne sur PC. « Pas un seul Mac pour la maquette, c'est unique en France et ça permet 30 % d'économies », explique Bruno Breton. Le cloisonnement est ainsi banni. D'ailleurs, les trois patrons de Sport partagent la même pièce. À côté, rédacteurs, secrétaires de rédaction et iconographes cohabitent dans un open space. Même le bureau du rédacteur en chef est sur le plateau.

Interaction permanente

L'espace est plus restreint encore chez Arts magazine, mensuel d'art anti-élitiste lancé en juin dernier par Christine Kerdellant et Éric Meyer, anciens du Figaro magazine et d'Entreprise. Ceux-ci partagent un bureau d'à peine 20 m2, en rez-de-jardin d'un immeuble parisien. Leurs 18 salariés, dont 11 titulaires de la carte de presse, s'entassent dans les trois autres pièces, prêtées par Michel Conin, leur investisseur majoritaire. « Cette interaction permanente ne facilite pas la concentration mais permet de court-circuiter les longs chemins hiérarchiques », se félicite Christine Kerdellant. « Cela accélère les prises de décision », renchérit Éric Meyer, qui prévoit d'atteindre l'équilibre fin 2006.

Leur principal atout ? Une circulation de la copie réglée comme une horloge. Avant chaque article, les rédacteurs définissent le sujet avec eux. Puis ils discutent avec le maquettiste, enchaînent avec l'iconographe, avant de partir avec la prémaquette de leur papier en tête. De retour à la rédaction, ils collaborent à l'éditing avec les secrétaires et les illustrateurs. « Les papiers sont mieux calibrés. De quoi après, réduire le travail de coupe ou de réécriture », se félicite Éric Meyer. Un gain de temps, donc d'argent. Par souci d'économie, les journalistes évitent d'utiliser des téléphones portables, limitent leurs notes de frais, réservent eux-mêmes leurs billets d'avion, voire négocient en direct avec les photographes indépendants. « Tout le monde met la main à la pâte. Une secrétaire de rédaction corrige mes argumentaires pour les annonceurs. Les rédacteurs vérifient qu'Arts magazine est bien placé dans les kiosques », explique Agnès Faure, directrice commerciale et publicité, qui a quitté le quotidien économique Les Échos en mars dernier pour se lancer dans l'aventure.

Responsabiliser et mobiliser sont aussi les maîtres mots des fondateurs de Terra economica. Créé sur le Web en janvier 2004 avec un budget de... 1 500 euros, ce magazine de vulgarisation économique se compose alors d'une trentaine de journalistes bénévoles. « Manager des volontaires nécessite une bonne dose de diplomatie, un projet vecteur de sens et pas mal de transparence », commente Walter Bouvais, directeur de la publication et cofondateur avec Grégory Fabre, Mathieu Ollivier et David Solon. Pendant un an, chacun supervise le projet via Internet, sans publicité, sans locaux et sans argent... Mais l'entreprise ferme en mars 2005 par manque de financement. Durant sept mois, les fondateurs réunissent 400 000 euros auprès de leurs proches. Depuis octobre, fini le bénévolat. Le magazine est relancé sur papier et en ligne (www.terra-economica.info) en rythme bimensuel. « La rédaction compte cinq permanents et une dizaine de pigistes réguliers avec toujours la même ambiance conviviale », souligne Walter Bouvais.

Les salariés de ces start-up ne seraient-ils pas sous-payés ? « Non, répond Claire Raynaud, chef de service à Sport, après cinq ans passés au Parisien. Le salaire correspond au marché. Et c'est beaucoup plus motivant qu'un grand quotidien où personne ne se connaît. » « Le journal est un peu votre bébé quand vous y participez de A à Z », ajoute Adrien Guilleminot, journaliste chez Arts magazine. Les pigistes ne semblent pas en reste (lire chiffres clés). En revanche, Jean-Bernard Maurel, ancien chef de photographie chez Magnum et Seven, a perdu une part de salaire en passant chez Arts magazine. « Mais l'ambiance est plus sympa, plus familiale », tempère-t-il. C'est plutôt chez les patrons que la prise de risque est maximum : salaire divisé par deux, charge de travail de plus de quatorze heure par jour, coups de fil le week-end... Entre sacrifices et belles rencontres, la passion n'a pas de prix.

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