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Ces patrons au coeur de la crise des banlieues

24/11/2005

Des agences de communication et de marketing sont situées en zones franches urbaines pour bénéficier d'avantages fiscaux. Malgré l'embrasement des cités, leurs patrons souhaitent y rester.

Véhicules carbonisés, entrepôts incendiés... Les entreprises implantées dans les zones franches urbaines (ZFU) sont en première ligne. Créées en 1996 par le gouvernement Juppé pour désenclaver les banlieues, les quatre-vingt-quatre ZFU - que le Premier ministre actuel souhaite porter à cent - accueillent près de 3 800 entreprises, qui emploient plus de 90 000 salariés. Parmi elles, une poignée de sociétés de la communication et des médias a été attirée par les avantages fiscaux offerts par ce dispositif. À Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le studio de production TV Alma, filiale de TF1 qui abritait une partie des décors de la série Maître du zodiaque, en a payé le prix. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, le bâtiment a été incendié. Après toutes ces nuits d'émeutes et malgré un retour au calme, l'inquiétude demeure vive. Entre avantages financiers et insécurité, les patrons de ces entreprises de la communication et des médias font le bilan.

« La peur est là, mais pas question de tomber dans la psychose », lâche ­Frédéric Laschon, gérant d'Omnigraph, une agence de marquage publicitaire basée depuis 2001 près de la cité du Val-Fourré (Yvelines). Ce qui a appâté ce jeune patron, c'est d'abord l'exonération fiscale de cinq ans. « Sans cet avantage, je n'aurais jamais pu monter ma boîte », souligne-t-il. Mieux, les sociétés ne paient aucune charge patronale si elles consacrent un recrutement sur trois aux habitants de la zone dite sensible. Réservée aux PME de moins de cinquante salariés, aux commerçants et aux professions libérales, la formule semble attrayante. D'autant que, de McDonald's à AOL, et de Mitsubishi à Auchan, des dizaines de grandes entreprises ont été séduites par le prix des loyers, les surfaces disponibles et, surtout, le bassin de main-d'oeuvre. Des annonceurs potentiels pour une société comme Omnigraph, qui réalise 80 % de son chiffre d'affaires sur place.

Après les violences urbaines, le jeu en vaut-il encore la chandelle ? « Oui, à condition de s'adapter à un quartier défavorisé », explique Frédéric Laschon, avant de préciser qu'il a installé depuis deux ans dans ses locaux des volets métalliques et une alarme.

Peu de salariés qualifiés

La vigilance est aussi le maître mot des deux cents membres de l'association Vaulx-en-Velin Entreprises (VVE), près de Lyon, qui viennent d'embaucher un rondier supplémentaire pour renforcer la sécurité. « Ici pas d'émeute. Mais, avec ce qu'on voit à la télévision, il faut rassurer le personnel et protéger notre matériel », explique Armelle Lévy, présidente, qui dirige Web-M, une société spécialisée dans la création de sites Internet ayant treize salariés. Arrivée dans cette zone franche en 1999, la présidente de VVE fait figure d'exception dans le secteur de la communication, où les entreprises s'implantent plutôt en centre-ville. Ses clients ne viennent jamais la voir près de la cité... Son principal problème ? « Pas la violence, mais la difficulté à recruter », répond-elle. Un paradoxe, quand on sait que le taux de chômage dans les ZFU représente le double, voire le triple de la moyenne nationale. « Il n'y a pas beaucoup de salariés qualifiés dans les quartiers chauds, remarque-t-elle. Dès qu'un jeune webmaster s'en sort, il quitte la zone. Et les salariés extérieurs ont peur de venir y travailler. » Depuis 1999, Armelle Lévy n'a pu embaucher que deux secrétaires issues de la cité. Réparties selon les secteurs d'activité dans toute la ville, les agences ANPE ne lui sont pas d'une grande aide. Pour pallier ce manque de main-d'oeuvre, les deux cents chefs d'entreprise de son association ont créé une commission emploi qui organise des rencontres avec les demandeurs et tisse des liens avec les écoles professionnelles ou les associations locales. Cette année, vingt jeunes stagiaires de Vaulx-en-Velin ont ainsi été accueillis dans leur dispositif de parrainage.

Basé à Marseille depuis août 2001, le service clientèle d'AOL a aussi changé son mode de recrutement. « La majorité des candidats n'a ni diplôme ni expérience. Notre méthode de sélection s'appuie donc sur les aptitudes personnelles, à partir de mises en situation sur le terrain », explique Christophe Famechon, directeur général du service clientèle, qui a embauché cinq cent cinquante personnes en CDI, dont 20 % venus des quartiers nord de la ville. Une fois les jeunes embauchés, il reste à les motiver. « Les jeunes des cités nécessitent un management pragmatique, avec des perspectives concrètes d'évolution de carrière et des entretiens d'évaluation tous les six mois. Sinon, ils ne s'impliquent pas », note-t-il, avant de préciser que les émeutes ne remettent pas en cause la présence du groupe à Marseille. Même détermination au Val-Fourré pour Frédéric Laschon, le dirigeant d'Omnigraph : « Beaucoup de jeunes des cités n'ont jamais travaillé. Leur comportement est parfois décalé, sans respect des horaires ou de la hiérarchie. Il faut les encadrer en permanence, avant de les laisser prendre de l'autonomie avec des références claires. »

En face, ces jeunes ne font pas confiance à l'entreprise. Et pour cause : l'Urssaf (Union pour le recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales) a renforcé ses contrôles après le tollé provoqué par les abus de certains entrepreneurs qui se servent des ZFU comme d'une simple « boîte aux lettres ». En 2000, six cent quatre-vingt-sept entreprises ont fait l'objet d'un redressement. Selon l'administration, les dérives seraient aujourd'hui marginales. Mais les discriminations ont la vie dure. Certaines sociétés ne recrutent pas dans les cités, préférant perdre une partie des exonérations plutôt que d'adapter leur management. Si les zones franches urbaines ont créé des emplois dans les banlieues, elles ne suffisent pas à guérir une fracture sociale de plus en plus explosive.

Blacks,Beursetentreprise,parJamilaYsati,Éditionsd'Organisation,2005,18euros.

 RapportdeClaudeBébéaràJean-PierreRaffarin:DesentreprisesauxcouleursdelaFrance,novembre 2004.

 L'Insee:www.insee.fr/fr/nom_def_met/definitions/html/zone-franche-urbaine.htm

 LeministèredelaVille:www.ville.gouv.fr/pdf/editions/observatoire-rapport-2004.pdf

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