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Les médiateurs entre marteau et enclume

01/12/2005

Les médiateurs sont les garants de la déontologie dans les médias qui les emploient. Leur rôle est essentiel mais leur marge de manoeuvre reste limitée, entre les critiques du public et des rédactions peu enclines aux remises en question.

Arrêtez de parler des cités et des banlieues. Vous les incitez à mettre encore plus le feu ! » « Dédramatisez ! » « Ce n'est plus de l'information, c'est du voyeurisme » Ces messages s'accumulent depuis une dizaine de jours dans les services des médiateurs de France Télévisions. Situation identique au Monde : « Dès qu'un événement important se produit, les lecteurs nous accusent d'en faire trop », témoigne Robert Solé, médiateur du quotidien depuis 1998. Pour se faire entendre, lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs adressent leurs doléances aux médiateurs, chargés de les répercuter auprès des rédactions. La pratique semble naturelle, mais le métier de médiateur est encore jeune dans l'Hexagone. Le Monde a été le premier à créer cette fonction en 1994. France Télévisions et Radio France internationale ont suivi en 1998. À Radio France, le poste n'existe que depuis 2002. À France Télévisions, on compte trois médiateurs : celui de la rédaction de France 2, son homologue de France3 et un médiateur des programmes. Tous sont des journalistes expérimentés, souvent en fin de carrière.

Relais de l'opinion des téléspectateurs, soupape pour les rédactions ou défenseur des auditeurs - terme adopté par la radio espagnole -, quel est le véritable rôle des médiateurs ? À France Télévisions, ils sont nommés par la présidence mais sont « indépendants de toute hiérarchie », selon la charte maison. La réalité est plus ambiguë. « Dans les faits, je suis un salarié du Monde, ce qui limite quelque peu mon indépendance », avoue Robert Solé. Une seule fois, en 2003, la chronique du médiateur a été amputée de quinze lignes par la direction du journal, en pleine « affaire Péan-Cohen ». « C'est du passé. Je ne renie rien de ce que j'ai pu écrire dans mes chroniques et je suis libre dans le choix des sujets », précise le médiateur du Monde.

Des reproches à 95 %

Difficile de critiquer l'entreprise qui vous emploie ! De fait, les médiateurs se décrivent plus comme des « transmetteurs » que comme des « censeurs ». « Je tiens compte de l'avis des téléspectateurs, qui parfois ont raison, mais mon but n'est pas d'accuser la rédaction de maladresse ou de dérapage comme le faisait mon prédécesseur [Jean-Claude Allanic] », explique Christian-Marie Monnot, nouveau médiateur de France 2. Marie-Laure Augry, médiatrice de France 3, définit la médiation comme « une reconnaissance de la parole des ­téléspectateurs, qu'elle soit positive ou négative ». Et le public écrit en masse aux médias français, essentiellement par courrier électronique, plus spontané et plus accessible que la lettre postale. 400 courriels par jour en ce moment à France 2, entre 300 et 600 par semaine en moyenne pour Radio France dans les périodes calmes.

Parmi les messages, on compte 95 % de critiques et de reproches. « Ce sont toujours les mécontents qui écrivent, analyse Patrick Pépin, médiateur à Radio France. Les gens sont de plus en plus exigeants vis-à-vis des médias. Ils interpellent les journalistes sur leurs pratiques, souvent à juste titre ! » À France 3, Marie-Laure Augry se dit frappée par la « pertinence des remarques des téléspectateurs, qui ­regardent les médias avec des yeux éclairés ». Robert Solé en souligne l'importance : « Ce sont souvent les lecteurs les plus attachés au Monde qui écrivent. Pour certains, ce sera la seule lettre qu'ils nous enverront de leur vie. Il ne faut pas la négliger. »

Confrontés à ces multiples critiques, les médiateurs se sentent parfois isolés face à la nécessité de répercuter aux journalistes les griefs des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Étiquetés « garants des bonnes pratiques », ils ont du mal à se faire entendre auprès d'une profession peu encline aux remises en question. Avant son départ, Jean-Claude Allanic, médiateur à France2 jusqu'en juin dernier, a jeté un pavé dans la mare en soulignant la dérive d'un « médiateur-alibi » pour les rédactions. Patrick Pépin rapporte « quelques bonjours un peu froids certains matins » à Radio France. « Certains journalistes considèrent les lecteurs comme des râleurs et ont tendance à minimiser leurs réactions, jusqu'au jour où ces lecteurs, déçus, vont voir ailleurs », estime Robert Solé. Noël Copin, médiateur à RFI jusqu'en juin dernier, confie « avoir mesuré [son] influence » à l'annonce de son départ ! Quatre mois plus tard, l'homme n'a toujours pas de remplaçant... De fait, si tous les médiateurs décrivent leur rôle avec humilité, ils soulignent la nécessité de leur fonction : « Il faut que le public ait quelqu'un vers qui se tourner. Pouvoir expliquer les pratiques et les coulisses de notre profession est indispensable », estime Marie-Laure Augry. Si la profession tarde à se développer (lire l'encadré), tous lui prédisent un bel avenir : « Dans deux ou trois ans, la fonction de médiateur sera vraiment installée. Et la présidentielle de 2007 pourrait être un accélérateur », conclut Patrick Pépin.

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