
25/09/1998
Le métier fait rêver. Mais ne sera pas designer automobile qui veut. Encore moins chez Renault, qui compte pourtant l'une des cellules spécialisées les plus conséquentes qui soient.«Chez Renault, depuis la sortie de la R19, le design est totalement intégré,explique Patrick Fournée, responsable de la communication du design Renault.Avec 60 designers et 90 maquettistes sur un effectif total de 260 personnes, la direction du design industriel Renault, confiée à Patrick Le Quément, designer de formation, est à ce jour le plus important centre français de création de produits industriels.»Totalement refondue en 1988 avec l'arrivée de Patrick Le Quément, réorganisée à l'occasion de son déménagement au Technocentre de Guyancourt en mars 1997, la direction du design industriel regroupe tous les spécialistes du domaine, quel que soit le type de véhicules sur lequel ils travaillent (voitures, camions, cars, bus, tracteurs, etc.). Le département, qui intervient très en amont, c'est-à-dire depuis l'élaboration du cahier des charges et jusqu'à l'industrialisation des produits, est organisé en fonction des gammes de véhicules. À cela s'ajoute un service design prospective et concept-cars et design couleurs et matières, la seule enclave féminine d'un métier réservé à 90% aux hommes.
Une gestion pointue des carrières
Malgré la taille du département, les recrutements de designers en automobile sont extrêmement sélectifs. D'abord parce que le constructeur considère le design comme un outil stratégique. Il dépend, d'ailleurs, directement de la direction générale du groupe. Ensuite parce que«le recrutement est par nature international, quatorze nationalités sont représentées,prévient Annie Le Doueff, conseiller en ressources humaines auprès de Patrick Le Quément.La politique de recrutement vise tout d'abord à rechercher de jeunes designers diplômés d'une des neufs écoles internationales faisant référence. Tous ont une spécialité en design automobile. Sur la douzaine de designers embauchés chaque année, la moitié sont des juniors, qui font leurs premières armes comme stagiaires. Les autres, les seniors, sont recrutés soit sur candidature spontanée - une centaine de lettres d'aspirants designers arrivent chez Renault tous les mois -, soit par cooptation, soit via des petits annonces passées dans les deux journaux spécialisés que sont le japonaisCar Styling etl'italienAuto&Design.»Tous ces recrutements sont réalisés sur dossier et selon des critères clairement édictés par Patrick Le Quément:«Avoir de l'essence dans les veines, c'est-à-dire être passionné par l'automobile, posséder la maîtrise des moyens d'expression visuelle, avoir du talent et le sens du travail en équipe.»Les salaires, même pour les débutants, restent confidentiels. Plus encore que leur recrutement, c'est la gestion des carrières qui pose les difficultés les plus sérieuses.«Il faut être créatif pour proposer un vrai parcours professionnel à un designer à l'intérieur d'une même entité», remarque Annie Le Doueff. Un groupe de travail a été mis en place chez Renault pour définir exactement les qualités qui feront progresser un designer. Une échelle, qui va du débutant à l'expert en passant par l'opérationnel puis le confirmé, a été établie en fonction de l'expérience du candidat et de ses aptitudes à prendre des responsabilités pour devenir finalement chef de gamme. Enfin, un comité de carrière étudie quatre fois par an les parcours individuels. Une manière efficace de freiner un turn-over, amplifié par la très bonne réputation que s'est taillée la direction du design industriel de Renault chez ses concurrents...Réagissez à cet article
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