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Front commun pour les écoles

12/01/2006 - par Amaury de Rochegonde

Le Centre de formation des journalistes, l'École supérieure de journalisme de Lille et l'Institut pratique du journalisme ont annoncé la création d'un concours écrit unique. Objectif : diversifier leur recrutement.

On s'en souvient, les violences urbaines ont été l'occasion de s'interroger sur la faible diversité du recrutement dans les médias. Jacques Chirac l'a réaffirmé à l'occasion de ses voeux, le 4 janvier : la lutte contre les discriminations doit être un nouveau cheval de bataille des grandes écoles (les classes préparatoires devront accueillir, d'ici à trois ans, un tiers d'élèves issus de milieux défavorisés). Mais comment métisser socialement les professionnels de la presse si leur milieu d'extraction pèse sur l'entrée dans les études ? « Sur sept cents candidats au concours, il n'y en a pas un sur vingt issu de l'immigration », reconnaissait en novembre dernier Éric Maitrot, directeur des études de l'École supérieure de journalisme de Lille.

Comme cette réalité sociologique ne disparaîtra pas du jour au lendemain, trois écoles ont décidé de faire un pas important en direction de la diversité en organisant, mi-juin, un concours écrit commun. Il s'agit du Centre de formation des journalistes (CFJ), de l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ) et de l'Institut pratique du journalisme (IPJ). Pour ce faire, sept centres d'examen sont créés dans toute la France (Paris et Lille donc, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nancy et Rennes). Les écoles y voient, certes, un moyen astucieux de simplifier leur fonctionnement, puisqu'une seule correction suffit désormais pour le millier de personnes totalisant les 1 800 candidatures aux trois concours. « Mais cela va surtout permettre aux candidats d'économiser du temps et de l'argent, note Fabrice Jouhaud, directeur du CFJ. L'abaissement des frais de concours va dans le sens d'une plus grande ouverture sociale. »

Sélection par l'argent

Chaque année, plus de la moitié des candidats passent deux concours et un tiers tentent leur chance aux trois écoles. Pour les multicandidats, cela entraîne une multiplication des frais d'inscription (180 euros par concours), de transport, de repas et d'hébergement. D'où une sélection par l'argent... Désormais, un tronc commun composé de la synthèse de documents, du questionnaire d'actualité, des épreuves de français et d'anglais constituera la base des trois concours. Des épreuves spécifiques d'admissibilité - comme le commentaire de film à l'ESJ - seront néanmoins préservées, pour garantir les valeurs propres à chaque concours. Mais sur un maximum de trois jours consécutifs, les candidats auront la possibilité de passer les épreuves écrites dans un centre de concours unique proche de leur domicile. « Pour une tournée sur les trois concours d'un habitant du Sud-Ouest, cela peut représenter une économie de 1 000 euros », estime Éric Maitrot. Sans compter l'hôtel et le train, un tarif dégressif est prévu qui devrait alléger de 30 % l'inscription à deux concours, et de 50 % la présence aux trois. L'épreuve orale reste néanmoins propre à chaque institution.

À l'origine de ce dispositif, l'association pour la Promotion des métiers de la presse (Pemep). Organisme collecteur de la taxe d'apprentissage, disposant d'une manne de 20 millions d'euros, il a l'obligation de démontrer qu'il rend des services d'intérêt général. « Nous avons pris l'initiative de réunir les écoles avec lesquelles nous travaillons en tant que collecteur, raconte Marc Ladefroux, directeur du Pemep. Sachant que le système est ouvert à celles qui ont le même niveau de recrutement. » En clair, pas question de fermer les portes du concours unique aux neuf autres établissements reconnus par la profession, à condition d'offrir les mêmes garanties (bac + 2). Ce qui exclut les Instituts universitaires de technologies (IUT) ou le mastère en journalisme de l'Institut français de presse (bac +4). Toutefois, une institution universitaire comme le Celsa a pour l'instant décliné la proposition, sous l'influence, semble-t-il, de sa tutelle publique. Quant au mastère de Sciences Po, il n'est pas concerné car la profession ne l'a pas encore reconnu. Les directeurs d'école se défendent, quoi qu'il en soit, de toute idée de regroupement visant à contrer l'Institut d'études politiques de Paris. « Nous n'avons pas la volonté de créer un corps d'élite ni d'élaguer sur les côtés, affirme Éric Maitrot. Nous voulons simplement susciter de nouvelles candidatures en décentralisant. Des fils et des filles de couches sociales plus modestes vont peut-être se dire que le journalisme est aussi pour eux. »

Renforcer l'égalité des chances

Cela sera-t-il suffisant ? Le directeur de l'ESJ ne se fait pas d'illusions alors que la moitié des étudiants des écoles de journalisme viennent de Sciences Po et que les deux tiers ont des parents issus de l'enseignement ou de professions libérales. Il tient néanmoins à inscrire son action dans un climat de renforcement de l'égalité des chances. « Je ne vois pas comment cela ne bénéficierait pas aux enfants issus de l'immigration, par exemple. » Pour l'instant, l'ESJ rembourse à une vingtaine d'étudiants les frais de concours, sous condition de ressources. Le CFJ, lui, propose un système de bourse à 800 euros (à comparer avec 3 000 euros pour un an de scolarité). « Mais pour éviter d'avoir des étudiants trop calibrés, rappelle Fabrice Jouhaud, il faut réfléchir au contenu du concours. On a déjà commencé à mettre des sujets sur la télé-réalité et le championnat de France de football. Nous, on s'en fiche d'avoir des journalistes qui nous ressemblent ! Même si les employeurs, qui sont les premiers à vouloir des étudiants créatifs, veulent aussi des gens forts en droit, en politique et en économie... »

Pour Marc Ladefroux, le concours commun aura la vertu de la « loi des grands nombres » : en élargissant le recrutement, les personnes issues de l'immigration notamment auront plus de chances. Mais guère plus. Pour septembre 2006, le Pemep a donc le projet de créer une filière d'apprentissage sur les métiers de la presse (diffusion, publicité, ressources humaines). « Cela permettrait d'avoir des jeunes qui seraient payés pour étudier. » Pour l'heure, la tendance des écoles de journalisme est souvent de multiplier les stages non ou peu rémunérés. Où les milieux modestes peuvent difficilement tenir...

 www.esj-lille.fr

 www.cfj.com

 www.ipjparis.org

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