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Associations particulières

19/01/2006 - par Delphine Le Goff

Depuis l'adoption du Pacs, les associations gays et lesbiennes se sont multipliées dans les entreprises. Frileuses au départ, les directions du personnel encouragent de plus en plus ce genre d'initiatives.

Lorsque l'on avoue son homosexualité, on le fait en trois étapes : tout d'abord, on en parle à ses amis, ensuite à sa famille, et, en tout dernier, à ses collègues de travail. » Philippe Chauliaguet est président de Comin-G, association homosexuelle du ministère des Finances, et porte-parole d'Homoboulot, structure qui fédère les associations gays et lesbiennes en entreprise. Selon lui, l'acceptation des homosexuels dans la société suit fidèlement ce processus du « coming out ». Car, si les mentalités évoluent, affirmer son homosexualité en entreprise est, encore aujourd'hui, très loin d'aller de soi. « Lorsque j'ai voulu créer Comin-G, la direction du personnel a mis un an et demi à me recevoir, raconte Philippe Chauliaguet, dont l'association compte aujourd'hui une centaine de membres. Le directeur du personnel avait un peu peur de ce que l'on réclamait, comme s'il craignait que l'on veuille faire une Gay Pride au ministère... »

égalité des droits

Interrogés dans le cadre d'une étude informelle par le cabinet Global People Matters pour l'association de cadres homosexuels L'Autre Cercle, les DRH plaçaient les orientations sexuelles au dernier rang des discriminations à combattre en entreprise. Les salariés ont donc dû s'organiser seuls, et l'apparition d'associations gays et lesbiennes en entreprise est relativement récente. Les premières ont vu le jour en 2000, soit très peu de temps après l'adoption du Pacte civil de solidarité (Pacs). Selon Christophe Falcoz, directeur du cabinet de conseil RCF Management et auteur d'une enquête sur l'homophobie dans le monde du travail, c'est bien le Pacs qui a précipité les « coming out » en entreprise : « Dans des entreprises, de nombreux droits sont liés à la vie privée. Le fait d'être en couple permet même, comme à la SNCF ou à Air France, d'avoir accès à des avantages, par exemple le fait de bénéficier de la gratuité des transports pour les conjoints et les concubins. D'où la création de ces associations, qui ont d'abord et avant tout posé la question de l'égalité entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. » La plus ancienne, Gare !, association de la SNCF née en 2000, revendique aujourd'hui trois cent dix-sept adhérents. Son principal cheval de bataille : la lutte contre l'homophobie. « Beaucoup de personnes n'osent toujours pas déclarer leur conjoint aux bureaux administratifs », déplore Jérôme Bougerolles, son président. Même omerta chez PSA. « Certains préfèrent ne pas bénéficier de la semaine de vacances offerte lorsqu'ils se pacsent », note Frédéric Blin, président d'Embrayage, association née en juin dernier et qui rassemble une cinquantaine d'adhérents. Si, selon Jérôme Bougerolles, « il est probablement plus facile de parler de son homosexualité lorsqu'on est agent commercial à la SNCF que lorsqu'on est mécano », l'homophobie touche toutes les catégories professionnelles, avec des déclinaisons plus ou moins subtiles. « Malgré ce que l'on pourrait croire, il n'existe pas de secteurs plus homophobes que les autres, souligne Christophe Falcoz, de RCF Management. On peut très bien travailler dans la sidérurgie avec un patron de chaîne ouvert, mais subir les plaisanteries déplacées d'un chef de plateau à la télévision. »

Parmi les préconisations des associations homosexuelles en entreprise, l'inclusion de modules sur l'homophobie dans le cadre de formations. « Nous avons planché sur un programme à destination des membres de la police ferroviaire », explique Jérôme Bougerolles, dont l'association traite « un à trois cas d'homophobie par an ». « Il tourne surtout autour du langage, via des jeux de rôles qui montrent que certaines expressions triviales peuvent être extrêmement blessantes. Flag, l'association des policiers gays, a déjà adopté ce module », détaille-t-il.

Des politiques volontaristes

Si l'énorme majorité de ces initiatives provient des salariés, les entreprises comprennent de mieux en mieux l'intérêt de soutenir les associations gays et lesbiennes. Comme Air France, qui le fait fortement pour l'association Person'Ailes (335 adhérents), et n'hésite pas à la médiatiser. Pas forcément et uniquement par grandeur d'âme. « Air France se donne ainsi une bonne image vis-à-vis des populations homosexuelles, qui seront donc plus enclines à voyager sur ses lignes... », analyse Christophe ­Falcoz. Un cran plus loin, certaines entreprises, en général anglo-saxonnes, adoptent une politique extrêmement volontariste. IBM a ainsi créé le réseau Eagle, ou Employees Alliance for Gay and Lesbian Empowerment. Il se présente comme un club avec une forte visibilité : Eagle participe activement à la Gay Pride, et dispose d'un stand au salon Rainbow Attitude.

Mais attention au communautarisme, prévient Christophe Falcoz : « Le risque de ce type d'initiative, c'est d'être totalement contre-productif. Tous les homos n'ont pas envie d'aller défiler à la Gay Pride ! De manière générale, la création des associations et clubs gays en entreprise marque une étape dans l'évolution des mentalités. Mais, à terme, leur raison d'être, c'est de disparaître... »

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