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La difficile percée du DIF

26/01/2006 - par Frédéric Saliba

Un an après son entrée en vigueur, la réforme de la formation professionnelle reçoit un accueil mitigé dans les secteurs du marketing, de la communication et des médias. La tendance pourrait s'inverser cette année.

La loi du 4 mai 2004 devait révolutionner la formation professionnelle. Pourtant, un an après son entrée en vigueur le 1er janvier 2005, la réforme peine à s'affirmer dans les bureaux. L'attentisme règne du côté des directions. Selon un sondage CSA, moins d'un quart des entreprises avaient signé, en septembre dernier, un accord interne pour convenir des modalités de l'application du nouveau droit individuel à la formation (DIF).

Le pourcentage est encore plus faible dans les groupes de presse et les petites agences de publicité, dont « les patrons maîtrisent encore mal les rouages d'une réforme qui chamboule complètement la gestion des compétences », constate Amélie Cayzac, chargée des affaires sociales à l'Association des agences-conseils en communication (AACC). Pourtant, face aux enjeux financiers et de motivation des troupes, les entreprises devront, tôt ou tard, changer leur fusil d'épaule.

Élargissement de l'offre

Innovation phare de la réforme, le DIF garantit aux salariés vingt heures de formation annuelles, durant six ans cumulables. Des traditionnelles remises à niveau en marketing ou en communication, la palette des stages s'étend désormais au développement de compétences au sens large. Apprendre à parler en public ou à gérer un planning, développer sa créativité ou se perfectionner en langues étrangères, l'initiative revient au salarié qui devient acteur à part entière de son employabilité. En accord avec sa hiérarchie, bien sûr. En outre, la formation n'est plus l'apanage des seuls cadres de trente à quarante ans. Toutes les fonctions et tous les âges sont concernés, de l'assistant au directeur, les salariés de plus de quarante-cinq ans comme ceux, plus jeunes, ayant au moins vingt ans d'ancienneté, pour lesquels la loi prévoit une « période de professionnalisation ».

De leur côté, les organismes de formation élargissent leur offre. Les leaders, comme la Cegos ou Demos, ont ajouté à leur catalogue une quinzaine de stages marketing et communication dès 2005, et autant en 2006. Depuis un an, leurs concurrents, d'Édition formation d'entreprise (EFE) à l'Institut supérieur du marketing (ISM), en passant par Stratégies et le Centre de formation professionnelle des journalistes (CFPJ), adoptent la même démarche offensive. Les associations spécialisées et autres grandes écoles proposent davantage de formations techniques ou métiers. La plupart des organismes concoctent aussi des formations transversales, comme le marketing pour non-marketeurs, la communication des ressources humaines ou l'animation d'un blog d'entreprise.

« Invités à négocier directement avec leur hiérarchie, les salariés peuvent désormais acquérir des compétences complémentaires, sans lien direct avec leur fonction », explique Georges Nikakis, responsable du département marketing chez Demos. Ainsi, chacun n'a plus qu'à faire son marché parmi des formations à la carte. « Les stages sont plus longs ou plus courts pour répondre aux attentes spécifiques de l'entreprise et du salarié, selon une logique d'individualisation des parcours », explique Nathalie Van Laethem, responsable des formations marketing à la Cegos.

Information annuelle du salarié obligatoire

Pourtant, cette offre pléthorique ne trouve pas preneur. L'année dernière, à la Cegos, les achats de formation ont baissé de 15 %, malgré un nouveau catalogue consacré au DIF. « Les entreprises ne se sont pas encore outillées pour piloter la réforme. Elles craignent des dérives budgétaires et donc attendent pour communiquer en interne », constate Cyril Pattegay, directeur pédagogique chez Novitec, filiale formation d'Adecco.

La situation est pire dans les sociétés de moins de dix employés : seul un patron de TPE (très petite entreprise) sur cinq souhaite informer ses salariés sur leur DIF, selon l'Observatoire de la petite entreprise de la Fédération des centres de gestion agréés. Constitué de nombreuses petites structures, le secteur publicitaire n'est pas épargné.

Mais cette politique de l'autruche est périlleuse pour les sociétés. La loi les oblige en effet à informer chaque salarié au moins une fois par an sur le total de ses droits capitalisés au titre du DIF. Pas de sanction spécifique pour les sociétés récalcitrantes, certes, mais le risque d'être poursuivies devant les prud'hommes par des salariés, informés par les syndicats, la presse ou le bouche-à-oreille. Aux tensions sociales potentielles s'ajoute une menace financière par contrecoup : « Si, dans six ans, nos 4900 collaborateurs demandent tous leur DIF en même temps, notre budget formation va exploser », note Christian Duplessy, responsable de la formation chez Steria France.

Aussi certaines entreprises, telles Steria, TBWA, Danone ou encore Microsoft, prennent-elles les devants. « L'enjeu est d'inciter les salariés à choisir des programmes qui tiennent compte à la fois de leur projet et de ceux de l'entreprise », explique Cyril Pattegay, chez Novitec. Et Julien Guiraud, responsable trade-marketing chez MSN France (Microsoft), de se féliciter de ces programmes cousus main : « Ainsi, nos formations correspondent exactement à nos problématiques. » Dès cette année, ses collaborateurs se verront proposer une gamme de stages consacrés à leur stratégie médias.

Un bilan en demi-teinte

Chez Danone, les cours magistraux cèdent la place à « des prestations " pratico-pratiques ", comme des mises en situation et des études de cas », explique Catherine Cichy, directrice formation France du groupe. Ce dernier compte aussi développer l'e-learning et le tutorat pour doper l'efficacité de ses formations. « C'est du gagnant-gagnant. Côté salarié, davantage de formations à la carte. Côté entreprise, un catalogue spécifique ajuste leurs demandes à notre stratégie à moyen ou long terme », ajoute-t-elle. Malgré ces efforts, le bilan est mitigé. De juin à décembre 2005, moins de 5 % des salariés de Danone France ont demandé un DIF.

La situation est la même chez TBWA France, qui propose pourtant le DIF à ses salariés depuis onze mois. « Ils n'ont pas encore le réflexe. Les évolutions culturelles prennent du temps », constate Isabelle Jacquot, directrice des ressources humaines du groupe, qui prévoit de former ses managers à relayer l'application de la réforme au sein des équipes en 2006.

SFR Service client a mieux réussi son pari. Presque un quart (22 %) de ses 3 500 salariés a sollicité un DIF en 2005, soit 859 demandes, dont neuf seulement ont été refusées. Le secret de ce succès ? « Deux campagnes de communication coup-de-poing, en mars et en octobre derniers », se félicite Hervé-Matthieu Ricour, son PDG. Courriels, affichage, réunions d'information... Le tout repris au sein des équipes par les 350 managers intermédiaires, formés en amont. Pour Hervé-Mathieu Ricour, « la formation dope les gains de productivité, mais, surtout, valorise l'image de l'entreprise auprès des troupes ».

Ces pionniers de la « marque employeur-formateur » font figure d'exceptions. La situation est susceptible d'évoluer si l'embellie du marché de l'emploi se confirme. Entre deux recruteurs, les candidats pourraient bien choisir celui qui les formera le mieux...

>Le Guide des organismes de formation continue, Martine Doriac, Éditions du management.

>Réforme de la formation professionnelle et Évaluer la formation après la réforme, Marc Dennery, Éditions ESF.

>Toute la fonction marketing, Nathalie Van Laethem, Éditions Dunod.

>Avenant à la Convention collective de la publicité sur la réforme de la formation professionnelle : http://www.aacc.fr/juridique/convention16.htm

>Organismes spécialisés et écoles : www.adetem.org, www.cegos.fr, www.cfpj.com, www.cnof-formation.com, www.demos.fr, www.efe.fr, www.em-lyon.com, www.essec.fr, www.hec.fr, www.ism.fr, www.isa.fr, www.media-institute.com, www.novitec.fr, www.strategies.fr, www.ujjef.com

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