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La télé-réalité, c'est un métier

09/02/2006 - par Anne-Lise Carlo

Des émissions de plus en plus scénarisées, des candidats de moins en moins naturels : la télé-réalité est devenue une affaire de professionnels. Une véritable entreprise de management destinée à rassasier le public.

La multiplication des émissions de télé-réalité depuis 2001 a donné naissance à une industrie, tant du côté des sociétés de production que des candidats participant à ces émissions. Car « faire » Star Academy ou L'Île de la tentation (TF1) est presque devenu un job comme un autre, et les émissions de télé-réalité ont copié les recettes du monde de l'entreprise. De tels programmes possèdent aujourd'hui leur coach, chargé de manager les participants à l'émission comme il en irait de n'importe quels salariés. « Du temps de Loft Story, les psychologues étaient à la mode. Puis ce sont les coachs, moins connotés, qui sont devenus la coqueluche des sociétés de production », explique Pierre Blanc-­Sanhoun, coach d'entreprise.

Canaliser les rebelles

Cette mode du « télé-coaching » a été lancée par la chaîne britannique Chanel Four. « C'est avant tout une caution pour les producteurs, qui se reposent sur eux quand il y a un problème avec les candidats. Mais je ne connais aucun coach sérieux qui y participe, poursuit Pierre Blanc-Sanhoun. En fait, le coach sert surtout à rendre les candidats plus ­dociles. » En effet, qu'il y ait un scénario préalablement écrit ou non, les émissions de télé-réalité n'aiment que les dérapages... très contrôlés.

En 2004, une soirée d'anniversaire un peu trop arrosée à la Star Ac s'était soldée par l'exclusion immédiate de l'élève incriminée. Moins grave mais tout aussi révélateur, Émilien, ancien élève du Pensionnat de Sarlat (M6), raconte cette scène imprévue du tournage : « Un soir, à table, la prof de français nous a jeté une cuillère de fromage blanc et ça a dégénéré en bataille de nourriture. Les caméras ont même dû sortir ! Notre surveillant était si en colère qu'il a demandé à voir Candice, la productrice, et a dit que "ça allait encore [lui] retomber sur la gueule". Il voulait impérativement "dormir à l'hôtel ce soir-là" ! Je ne les ai jamais vus s'exciter à ce point ! » Un dérapage hors caméra, bien sûr.

Pour canaliser les candidats rebelles, les producteurs règnent en maîtres sur le déroulement du programme. Ou plutôt les productrices, que ce soit Candice Souillac (Endemol), Angela Lorente (Glem) ou Alexia Laroche-Joubert (Endemol). Cette dernière ­apparaît d'ailleurs comme la grande manageuse en chef des émissions qu'elle produit, avec sa pépite préférée, Star Academy. « Elle contrôle le moindre rebondissement de l'émission », explique-t-on à TF1. Ces trois productrices ont en commun d'être peu disertes sur leurs secrets de fabrication... Elles assurent d'ailleurs à l'unisson que les candidats ne sont pas coachés.

Peu importe, en fait. Le public joue le jeu de la fausse réalité qui a fait le succès de Mon incroyable fiancé, cet été sur TF1 (7 millions de téléspectateurs en moyenne) ou du Pensionnat de Chavagnes, sur M6 en 2004 (5,2 millions de téléspectateurs en moyenne). Des programmes où la place laissée à l'improvisation est de plus en plus ­réduite. « J'étais coaché du matin au soir par " Papy ", qui a notamment découvert Djamel Debbouze. Durant le tournage, j'étais piloté par la production, qui avait tout scénarisé. La seule part d'imprévisible était les réactions d'Adeline, ma fausse fiancée », témoigne Laurent Ournac, acteur principal de Mon ­incroyable fiancé.

De la télé-réalité des ­débuts, celle de Loft Story (en 2001 sur M6), il ne reste plus grand-chose. Regarder des gens qui se contentent de vivre entre quatre murs n'intéresse plus le public. Celui-ci attend du piquant, des rebondissements, du sexe aussi. Quitte à ce qu'il découvre à l'écran tout sauf la vie réelle des participants. « L'enjeu actuel est de conserver le naturel des candidats », explique Virginie Calmels, ­directrice générale d'Endemol France. Ces derniers, rodés depuis cinq ans aux principes de la télé-­réalité, ont ­appris à jouer avec les caméras. « Sur le Loft2, les candidats étaient déjà beaucoup moins spontanés. Bizarrement, c'est avec les ­célébrités de La Ferme qu'on a retrouvé de la fraîcheur. Habituées aux caméras, les vedettes les ont aussi plus vite oubliées », poursuit Virginie Calmels.

Apprendre à rester « vrai »

Les anonymes ont certes davantage intérêt à se faire remarquer pour ­accéder à leur rêve : la médiatisation. Magalie, la gagnante de la Star Ac 5, en est l'illustration. Fan de l'émission depuis ses débuts, ce « bébé Star Ac », comme on l'appelle à TF1, a tellement intégré les codes du programme qu'elle est arrivée sans difficulté au sommet. À la surprise de tous, y compris d'Alexia Laroche-Joubert. « La victoire de Magalie, certains l'ont vue comme la prise de la Bastille " endemolienne " par le public », décrit Geneviève Petit, auteur du livre La Face cachée de la Star Academy.

L'enjeu des sociétés de production est donc de forcer les candidats à rester « vrais » ! C'est là encore qu'interviennent les coachs. West Gomez, coach à la Star Ac depuis 2002, confirme : « Mon rôle consiste à préparer psychologiquement et physiquement les élèves aux épreuves de l'émission. Je ne les épargne pas. S'ils se tiennent mal quand ils chantent ou s'ils sont mauvais, je le leur dis. Il faut en permanence leur rappeler d'où ils viennent, car la pression leur fait perdre pied. »

Une professionnalisation croissante des candidats qui a donné l'idée à certains d'entre eux de requalifier leur participation en contrat de travail (lire l'encadré). « Ces émissions, c'est de l'exploitation totale, estime Anthony, ancien participant à L'Île de la tentation2, qui a intenté une action en justice. Nuit et jour, on nous faisait répéter les mêmes phrases jusqu'à ce qu'ils aient ce qu'ils veulent à l'image ! » Une revendication qui pourrait donner des idées aux autres candidats de la télé-réalité. Quand le succès promis n'est pas au rendez-vous, le prix payé pour être enfermé paraît bien élevé...

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