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Pourquoi si peu de handicapés ?

02/03/2006 - par Lionel Lévy

Plus d'un an après l'adoption de la loi sur le handicap, le panorama de l'insertion professionnelle des personnes handicapées n'est pas brillant, y compris dans la communication et les médias.

Chômeur de longue durée, Max, ingénieur informatique, a enfin trouvé un travail chez Techniworld, une société n'employant que des handicapés. Seule ombre au tableau : Max a triché, se faisant passer pour un invalide afin de décrocher le poste... Fiction ou réalité ? Fiction, bien sûr : cette histoire n'est que le point de départ du scénario de Comme sur des roulettes, un téléfilm qui sera programmé dans les deux mois à venir en prime time sur France 3. Entre la fiction et la réalité, il y a un gouffre. Si les chaînes de télévision diffusent, à l'instar de la chaîne publique, des programmes valorisant le handicap, elles restent bien timides en matière d'insertion. Avec seulement 4,05 % de personnes handicapées dans ses équipes, en majorité dans des postes administratifs, France3 est de loin le meilleur élève du PAF. Dans les agences de communication, même au sein d'enseignes spécialisées dans les grandes causes, cette population est en proportion infime ou nulle. Le cas de Publicis Consultants est emblématique. En charge de l'actuelle campagne gouvernementale en faveur des personnes handicapées, l'agence n'en emploie aucune.

De plus en plus diplômés

« Faites ce que je dis et pas ce que je fais, pourrait être le slogan de beaucoup d'entreprises », déplore Emmanuel Constans, président de l'Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées. Alors que les décrets d'application de la loi du 11 février 2005 sur le handicap viennent d'être pour partie publiés, trouver un emploi reste un chemin de croix pour un handicapé, la majorité des entreprises préférant payer une amende plutôt que remplir l'obligation légale de 6 % de handicapés dans leurs rangs. Comment expliquer une telle situation ? « Dans la communication, l'apparence est fondamentale, reconnaît Valérie Legat, directrice générale de l'agence de publicité Business Lab, qui compte deux chefs de projets handicapés parmi ses cinquante salariés. Certaines agences considèrent que la présence de personnes handicapées fait tache. » Voilà qui a le mérite d'être clair !

Plus généralement, les entreprises évoquent une pénurie de compétences. « Nous ne recevons jamais de CV de personnes handicapées, explique Marc Fischer, directeur général de l'agence de communication FC2. Et quand on en cherche, on n'en trouve pas. » À la décharge des recruteurs, 80 % des handicapés ont un niveau de formation égal ou inférieur au CAP-BEP. Il n'empêche, plus de 8 000 handicapés ont suivi une formation supérieure et plusieurs organisations ont pour mission d'aider les entreprises à les recruter. Dernière en date : hanploi.com, lancé en novembre 2005 pour mettre en relation les jeunes diplômés handicapés et les entreprises. Le site rassemble 1 200 CV de candidats et 250 comptes recruteurs. « Les DRH ont bien accueilli notre initiative, mais très peu se sont approprié les recrutements », constate Karin ­Raguin, chef de projet chez ­hanploi.com. Depuis la création du site, seules cinq embauches ont été signalées.

Salariés réfractaires considérant que la présence d'un handicapé leur occasionnera un surcroît de travail, DRH craintifs à l'idée d'avoir à réorganiser le travail des équipes : les blocages sont surtout dans les têtes. Les mentalités pourraient évoluer avec la loi sur le handicap du 11 février 2005. Élargies à la fonction publique, les pénalités pour non-emploi de handicapés sont aggravées et même triplées pour les entreprises en deçà du seuil de 6 % qui n'auront engagé aucune action en la matière d'ici à trois ans. « Cela représente un salaire annuel », précise Pierre Blanc, directeur général adjoint de l'Agefiph, l'organisme collecteur des fonds pour l'insertion des handicapés.

Dans les télécoms et les médias, les choses commencent d'ailleurs à évoluer. SFR projette de compter 7 % de salariés handicapés parmi ses effectifs. Chez France Télévisions, une cellule « différences » a été créée et le personnel encadrant formé au handicap. De son côté, TF1 a mis en place une commission « emplois/handicap » et mené différentes campagnes de sensibilisation à destination de ses salariés.

En outre, la loi oblige désormais les entreprises à négocier chaque année avec les partenaires sociaux pour rendre compte des actions engagées. De quoi faire bouger également les syndicats, jusqu'ici peu concernés. « Nous nous concentrions surtout sur les conditions de salaires et de travail, mais peu sur l'insertion des personnes handicapées », reconnaît volontiers Françoise Chazeau, secrétaire général de FO pour l'audiovisuel. Seuls 168accords d'entreprises existent en effet en la matière. L'entreprise Legrand a choisi cette voie dès 1992 avec des résultats probants : le nombre de salariés handicapés dépasse les 7 %, avec des pointes à plus de 11 % sur son site de Normandie. « Un salarié handicapé n'est pas un salarié handicapant, martèle Jean-Pierre July, responsable prévention groupe au sein de la DRH de l'entreprise. Il a fallu fortement communiquer en interne et former le personnel pour que cela rentre dans les esprits. »

Difficile de monter en grade

Chez Business Lab, la direction a fait le choix inverse. « Sensibiliser les collaborateurs au handicap peut être ­contre-­productif, les affolant plus qu'autre chose, estime Valérie Legat. En ne communiquant pas, on leur fait comprendre que les handicapés sont embauchés exclusivement pour leurs compétences. » Car les a priori sont tenaces et, par effet miroir, nombre de handicapés préfèrent taire leur handicap. Selon Karin Raguin, ­de hanploi.­com, « 30 % des jeunes diplômés handicapés n'ont pas engagé de démarches auprès de la Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel ». Une fois en poste, le chiffre pourrait être encore plus important. « Les handicapés n'évoluent pas aussi rapidement dans leur carrière que les valides. Si leur handicap n'est pas visible, ils préfèrent donc le cacher », explique Arnaud de Broca, de la Fnath, l'association des accidentés de la vie. Le chemin pour faire évoluer le regard sur le handicap promet d'être encore long.

www.hanploi.com

www.agefiph.asso.fr

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