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L'art de manager... par l'art

16/03/2006 - par Manuel Jardinaud

Mécénat et formations dispensées par des artistes permettent à l'art d'investir le monde du travail. Le but ? Assurer un meilleur climat social et améliorer les performances des managers.

La « danseuse du président ». Pendant longtemps, cette expression, critique à peine voilée, a désigné les politiques de mécénat chères à certains PDG, souvent mises en place sans fondement stratégique ni participation des collaborateurs. Du genre passe-temps onéreux. Cette époque est révolue : aujourd'hui, le mécénat culturel, en pleine expansion depuis la loi d'août 2003 (lire l'encadré), s'est professionnalisé. Avec 8 millions d'euros de budget, l'action de mécénat culturel de Total, symbolisée par le financement de la restauration de la galerie d'Apollon au Louvre en 2004, est ainsi l'une des plus importantes de France. « Avec le mécénat, nous répondons notamment à une attente de nos collaborateurs, qui souhaitent une entreprise au service de la collectivité », indique Yves-Marie ­Dalibard, directeur de la communication du groupe pétrolier.

Fédérer autour de cette valeur ­citoyenne qu'est le soutien à l'art, telle est certainement la première force de ces initiatives. Reste ­ensuite à mieux impliquer les salariés. Et sur ce plan, il y a encore beaucoup à faire. La forme la plus simple demeure l'exposition d'oeuvres acquises par la société afin d'améliorer l'environnement de travail. Autrefois cantonnées aux bureaux des dirigeants, elles ­ornent désormais les halls des sièges sociaux, allant jusqu'à s'afficher dans des usines ou des ateliers. Mais d'autres formules existent, plus personnalisées et modernes.

Les exemples foisonnent : invitation au vernissage d'une exposition et concours photo ouvert aux salariés chez HSBC France dans le cadre de sa Fondation pour la photographie (220 000 euros de budget par an). ­Conférence sur les sciences arabes au siège de Total, coproducteur de l'exposition du même nom à l'Institut du monde arabe. Mais ces événements, qui demeurent très ponctuels, ne semblent pas dictés par une véritable politique de ressources humaines. Comme le confie d'ailleurs une responsable de la communication qui préfère garder l'anonymat : « Nous n'avons pas vraiment de programme interne en lien avec notre mécénat. »

Une nouvelle forme de mécénat, dit de compétence, pourrait peut-être pallier cette faiblesse. Détacher des collaborateurs au sein d'un musée permet d'envoyer un message fort en direction des salariés. C'est le cas pour la société de conseil en haute technologie Accenture qui, depuis 2001, a mené la refonte du site Internet du Louvre en mobilisant jusqu'à huit experts à plein temps au service du musée. « Cela témoigne de la notion de démocratisation du savoir que nous souhaitons véhiculer en interne », explique Catherine Dedieu, directrice de la communication. Incarné par des personnes physiques, le message est donc mieux appréhendé par les collaborateurs. Selon une étude interne, 90 % d'entre eux jugent positivement l'engagement citoyen d'Accenture. Une bonne chose pour le climat social. « J'ai plus de volontaires pour le Louvre que pour bien d'autres missions », ajoute Jean-David Benassouli, le responsable actuel, qui met en avant l'attractivité du lieu et le côté flamboyant du projet, toujours en cours.

Cure de créativité

Mais le mécénat artistique appliqué aux ressources humaines trouve là ses limites. Il faut alors fouiner du côté de certaines formations pour voir entrer discrètement les artistes par la petite porte de l'entreprise. « L'artiste symbolise la prise de risque et l'innovation », affirme Éric Mézan, fondateur d'Art Process. Pour l'agence de publicité Paname (Publicis), il organise depuis trois ans une journée itinérante avec les concepteurs-rédacteurs et les directeurs artistiques à Paris, Londres ou Berlin. Le but : « Connaître les principales tendances de l'art contemporain afin d'influencer leur créativité en matière de couleurs, de formes ou de matières », résume Pascale Voisin, de Paname, qui a bataillé pour mettre en place ces cessions. « Nous avons ­atteint un double objectif : améliorer le travail de création, même si cela est difficilement quantifiable, et souder quatre équipes en les plaçant dans un contexte particulier autour de sujets motivants », explique-t-il.

Laisser parler les émotions

Car le management trouve dans l'art une source d'amélioration. Conduite du changement, travail sur les valeurs de l'entreprise, réflexion sur la notion d'autorité ou d'innovation : le champ est large. Fondatrice d'Art en direct, Pascale Cayla propose aux cadres de L'Oréal, Danone ou Carrefour de ­réfléchir aux valeurs de leur entreprise en leur faisant peindre des fresques : « Dans un premier temps, ils enfilent tous la même combinaison blanche, qui casse les barrières hiérarchiques et sociales. Puis, encadré par un artiste, chaque groupe peint une oeuvre qui doit avoir du sens. » Au final, les collaborateurs ont pu s'exprimer librement, laissant parler leur émotion, souvent bridée au sein de l'entreprise. Ils en ressortent valorisés et complémentaires.

« Les mentalités ont changé par rapport à l'art. Mais nous avons beaucoup galéré au début », se souvient Caroline Athuil, du cabinet Synthesis, qui propose des formations à partir d'oeuvres artistiques. Étudier des textes de Shakespeare pour parler du pouvoir ou étudier des tableaux de Picasso pour réfléchir sur l'innovation : à chaque problématique son support. « Nous faisons appel aux sens et à l'affect pour mieux appréhender ce que l'on a quotidiennement sous les yeux, pour prendre du recul », explique Caroline Althuis. Des groupes comme France Télécom et LVMH font régulièrement appel à Synthesis. Ils affirment ainsi leur volonté, encore très timide, d'intégrer à l'entreprise l'émotion véhiculée par une oeuvre d'art. Par toutes petites touches.

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