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GPE, ou galère de la première em bauche

06/04/2006 - par Lionel Lévy et Delphine Le Goff

La crise du CPE en témoigne, un bon diplôme est de moins en moins synonyme d'emploi. Surtout dans la communication, où les jeunes diplômés sont obligés de passer par la case du stage de longue durée.

Casquette vissée sur la tête, baskets aux pieds, jeans usés jusqu'à la corde, Ben a parcouru les quarante kilomètres qui séparent sa banlieue, Cergy-Pontoise, de la capitale, pour être en première ligne de la grande manifestation contre le contrat première embauche (CPE) du 28 mars dernier. Pourtant, Ben n'est pas ce que l'on pourrait appeler un paria du système. Il étudie actuellement dans l'une des plus prestigieuses écoles de commerce françaises : l'Essec. « Certes, nous ne sommes pas concernés au premier chef par le CPE, mais nous tenions à exprimer notre solidarité », explique-t-il au milieu de la dizaine d'étudiants de son école mobilisés pour l'occasion. Une initiative qui n'a pas toujours plu aux autres élèves de l'établissement, dont l'insertion professionnelle ne pose guère de problème : 87 % de la promotion 2003-2004 ont trouvé un emploi dans les quatre mois suivant leur diplôme, avec un CDI pour 90 % d'entre eux.

Et pourtant, une réalité s'est imposée dans le marketing et la communication : l'école, aussi prestigieuse soit-elle, n'est plus une assurance tous risques. Et un bon diplôme ne préserve pas toujours de la galère du premier emploi. Que ce soit au Celsa, au DESS communication et multimédia de Paris-II ou encore à l'École française des attachés de presse (Efap), le constat est le même : une fois le diplôme en poche, l'accès à l'emploi est de plus en plus ardu et le CDI de moins en moins proposé. À l'Efap, l'âge d'or des préembauches avant l'obtention du diplôme est révolu. « La moitié de nos étudiants trouve un emploi dans les six mois suivant la sortie de l'école, mais le plus souvent en CDD, constate Bruno Huisman, directeur de l'Efap. Sur les 50 % qui restent, une proportion grandissante poursuit ses études ou part à l'étranger. Et les autres, bien que diplômés, se voient proposer des stages. »

Particularité des « apprentis communicants » : le stage est quasiment un passage obligé pour les jeunes ­diplômés. « C'est devenu un réflexe pour les employeurs de prendre des diplômés en stage de très longue durée », explique France Latscha, directrice des études du Celsa. Pour beaucoup, les stages prolongés font partie d'une stratégie de carrière. « Certains de nos étudiants ne conçoivent pas de travailler ailleurs que dans une grande agence parisienne de ­publicité, qui vit de budgets aléatoires, quitte à faire des stages qui durent, constate Hervé Pommier, directeur de Sup de créa Roubaix. C'est un pari risqué, mais ceux qui sont parisiens et dont les parents sont aisés peuvent tenir le choc. »

S'endetter pour pouvoir travailler

Mieux vaut un stage que rien du tout : telle est le constat des jeunes diplômés de la communication. Et nombre d'étudiants sont obligés de se réinscrire fictivement en fac après la remise de leur diplôme pour ­obtenir une convention de stage. Coût de l'inscription : environ 800 euros. Autant dire une saignée pour les moins ­argentés, contraints parfois à s'endetter. « Trop d'entreprises tirent sur la corde, considère Francis Balle, ­directeur du très sélectif DESS communication et multimédia de Paris-II. Les abus sont de plus en plus nombreux. » Car les stages ne débouchent pas toujours, très loin de là, sur un emploi durable. Sur le site Internet de l'association Génération précaire ­(­www.generation-precaire.org), les ­témoignages de bac +4 ou +5 écoeurés pullulent.

Après une maîtrise en communication marketing, Daniel en est à son... 35e mois de stage. Étudiant fictif depuis deux ans, il a dû s'endetter jusqu'en juillet 2009. Même rengaine pour Nadia, diplômée d'un mastère d'école de commerce en marketing et communication (bac + 5) obtenu il y a deux ans, qui cumule depuis les stages « payés quatre fois moins que les autres ­employés alors qu'on fait le même boulot ». La suite est à l'avenant. « Esclaves », « chair à patrons », les stagiaires n'ont pas de mots assez durs pour qualifier le « bizutage social » dont ils s'estiment victimes.

Un malaise que Laurent Quintreau, concepteur-rédacteur chez Publicis et secrétaire général du Betor-Pub CFDT, traduit en ces termes : « L'emploi dans la communication, c'est aussi difficile d'en ­repérer l'entrée que facile d'en trouver la sortie. » Précisant que « chez Publicis comme dans les autres agences, 99,9 % des créatifs entrent dans l'entreprise par des stages et la grande majorité n'est pas embauchée à la fin de ceux-ci. »

Pas de rémunération minimale garantie

Le CPE est-il une alternative crédible au stage ? « CPE ou pas, les étudiants sont préparés à des débuts difficiles, déplore Hervé Pommier, directeur de Sup de créa Roubaix. Et pour l'employeur, prendre un stagiaire est beaucoup plus intéressant financièrement que signer un contrat de travail dûment rémunéré. » Alors, comment mettre fin aux dérives ? Certaines formations, comme le DESS de Paris-II, n'hésitent pas à faire figurer sur une liste noire les entreprises qui ne rémunèrent pas les stagiaires. De son côté, l'association des agences-conseils en communication a mis en place une charte prévoyant ­notamment une gratification « obligatoire et systématique de 30 % du Smic, avec l'attribution par le tuteur du stagiaire d'une prime suivant la performance du stagiaire et la durée du stage ».

L'association Génération précaire va plus loin. Reçu par le Premier ministre fin février 2006, le mouvement proposait d'inscrire les stages dans le code du travail de manière à mieux les encadrer, en limitant leur durée à six mois avec une rémunération minimale fixée à 50 % du Smic. Fin de non-recevoir du gouvernement, qui pose le principe d'une rémunération des stages mais sans fixer de minimum garanti, souhaitant imputer la durée du stage sur la période d'essai du CPE. Face à cet état des lieux morose, certains étudiants prennent les devants : 10 % des diplômés de l'Efap préfèrent monter leur propre entreprise...

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