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Allons enfants de l'entreprise !

13/04/2006 - par Lionel Lévy

Certaines sociétés incitent leurs salariés à s'investir dans des actions « citoyennes ». Objectifs : humaniser leur image et développer le sentiment d'appartenance du personnel.

Engagez-vous. » Non, ce n'est pas le dernier slogan de l'Armée de terre, mais bien le message d'entreprises incitant leurs salariés à s'impliquer dans des missions dites citoyennes. Partir quinze jours au Mali pour aider des enfants à apprendre à lire, initier des femmes de Madagascar à la bureautique, replanter des arbres dans la forêt amazonienne... C'est le principe du congé solidaire, formule proposée par l'association Planète Urgence depuis 1999, où, pendant deux ou trois semaines, des salariés se transforment, durant leurs vacances, en acteurs de la solidarité... grâce au financement de leur société. Aujourd'hui, 170 entreprises sont partenaires de ces congés solidaires. Et depuis la loi du 1er août 2003, introduisant notamment le mécénat de compétences, les salariés peuvent aussi s'investir dans ce type d'actions durant leur temps de travail, tout en étant, là également, payés par l'entreprise.

Mais que ce soit durant les congés ou sur le temps de travail, on ne peut pas vraiment parler de lame de fond. « Juste une poussée embryonnaire, juge Hervé Dubois, codirecteur général de Planète Urgence. Neuf fois sur dix, les entreprises rechignent à participer au financement des séjours de leurs salariés. Et quand elles le font, il s'agit de microbudgets. » Au point que l'association a fini par ouvrir ses congés solidaires, hors entreprise, à toute personne physique. Si les avantages fiscaux, la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) et la multiplication des agences de notation sociale incitent les entreprises à s'engager dans des démarches solidaires, les salariés sont rarement sollicités. « Contrairement aux sociétés anglo-saxonnes, nos entreprises préfèrent donner un chèque qu'engager leurs salariés dans ces démarches », résume Isabelle Douard, responsable du pôle Mécénat et engagement citoyen à l'association IMS-Entreprendre pour la cité.

Un atout de cohésion interne

Néanmoins, la situation est peut-être en passe d'évoluer. Du moins en termes de communication. Des entreprises commencent en effet à clamer haut et fort leur volonté de faire participer leurs salariés à des actions « citoyennes » par le biais du mécénat de compétences. Ainsi, depuis 2000, Ford France propose à ses salariés, via son association Trait d'union, de participer à des actions solidaires sur leur temps de travail à raison de deux jours par an. Cinq cents salariés de l'entreprise (soixante-dix en 2005) ont déjà collaboré à 625 missions dans les domaines de l'insertion professionnelle, l'éducation ou encore la protection de l'environnement. Elle n'a jamais communiqué qu'en interne sur le sujet. Peut-être la peur d'un effet boomerang au cas où les engagements annoncés ne seraient pas tenus...

À l'inverse de Ford, SFR a fait de ce type d'opérations un enjeu de communication externe. L'opérateur vient de lancer le statut du collaborateur citoyen, un dispositif permettant à cinquante salariés de s'absenter de leur travail durant six, neuf ou onze jour par an (à compléter dans ces deux derniers cas par trois et quatre jours de RTT) pour s'engager dans une association dans les domaines retenus par SFR (insertion des personnes handicapées, protection de l'enfance), le tout en continuant à percevoir leur salaire. Les huit mille salariés de l'entreprise devraient donc jouer des coudes pour en profiter. D'autant que ce nouveau statut pourra être attribué pendant trois ans à une même personne. Un jury, constitué de trois membres de la direction, de trois représentants syndicaux et d'une personnalité du monde associatif, se réunira en juillet pour sélectionner les meilleurs dossiers. La direction de SFR attend une centaine de candidatures, mais il pourrait y en avoir beaucoup plus, les étudiants et les temps partiels étant éligibles au dispositif. « Tous les candidats recalés auront droit à des explications détaillées de nos choix, assure Benjamin Blavier, directeur Responsabilité et innovation sociale chez SFR. Nous ferons tout pour éviter les frustrations. »

Car au-delà de l'opération d'image, l'entreprise souhaite que le mécénat de compétences soit un atout majeur de cohésion en son sein. « Développer le sentiment d'appartenance à l'entreprise autour de valeurs non économiques porteuses de sens, fédérer les équipes en les décloisonnant, combiner aspirations personnelles et projet professionnel, le mécénat de compétences répond à bien des attentes et peut être un outil RH puissant, estime Anne-Isabelle Perrin, coordinatrice de Trait d'union (Ford). Sans oublier l'impact positif de ce type de projet solidaire sur l'attractivité de l'entreprise. « Les jeunes, notamment, préfèrent intégrer une entreprise citoyenne », note Benjamin Blavier (SFR), qui compte bien utiliser son initiative dans ses relations avec les grandes écoles pour attirer et fidéliser les meilleurs talents.

Priorité à l'externe ? Quoi qu'il en soit, les dispositifs de communication interne ne sont pas toujours très développés afin d'éviter une trop forte demande. Mais, le plus souvent, l'essor du mécénat de compétences ne vise pas tant à inciter les salariés au bénévolat qu'à valoriser les métiers de l'entreprise. IBM France a le mérite de ne pas faire dans la démagogie. « Dans nos actions citoyennes, il n'est pas question de sortir de notre coeur de métier, mais bien de partager notre savoir faire professionnel », explique Céline Marie-Audras, responsable du mécénat chez IBM France. L'entreprise met à disposition des associations son catalogue services et consulting, et envoie une dizaine de salariés pendant dix à trente jours par an pour gérer une architecture portail ou réseau, ou encore pour former à la gestion de projets.

Acquisition de compétences

Le mécénat de compétences est également un vecteur de professionnalisation des salariés permettant à l'entreprise de leur faire acquérir à moindre coût des compétences nouvelles, sans passer par la case formation. « Ils assument dans l'association des responsabilités auxquelles ils n'auraient pas forcément accès habituellement et développent des qualités d'adaptation, de courage et d'empathie très prisées dans l'entreprise », explique Isabelle Douard, d'IMS. Parallèlement, comme les bonnes volontés ne font pas toujours les bons volontaires, IBM et SFR ont inscrits dans leur catalogue de formation des modules citoyens sur « comment devenir bénévole » ou encore « la gestion de compte d'une association ».

Si ces initiatives sont à saluer, il ne faudrait pas que l'arbre cache la forêt. « Développer ce genre d'activités périphériques est évidemment une bonne chose, mais ce n'est qu'une cerise sur le gâteau, analyse Jean-Marc Legall, directeur des études du cabinet Entreprise et personnel. Cela ne compensera jamais un management déficient ou une mauvaise organisation des tâches. » Les syndicats CGT, CFTC et CGC de SFR qui ont signé l'accord sur le statut du collaborateur citoyen en sont bien conscients. « Il n'est pas question d'acheter la paix sociale avec ce type de mesures, conclut Frédéric Mahut (CGT). Si elles vont dans le bon sens, nous resterons très vigilants, notamment dans les centres d'appels, sur les conditions de travail des salariés. »

 www.imsentreprendre.com

 www.planete-urgence.com

 www.novethic.fr

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