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Jean-Pierre Elkabbach journaliste et manager

04/05/2006 - par Muriel Signouret

L'infatigable Jean-Pierre Elkabbach, bientôt soixante-neuf ans, fête son premier anniversaire à la tête d'Europe 1 en veillant à plaire autant à ses salariés qu'à Arnaud Lagardère.

Parlons-nous », c'est le slogan qu'a choisi Jean-Pierre Elkabbach il y a un an, fraîchement nommé président d'Europe 1 par Arnaud Lagardère, propriétaire de la station. Pourtant, le nouveau patron de la radio, encore installé dans un bureau provisoire, au deuxième étage d'un immeuble cossu de la rue François 1er, dans le VIIIe arrondissement de Paris, n'aime pas trop parler de lui. Il préfère écouter. Et questionner. C'est son métier. Un métier que « JPE », qu'il agace ou qu'il séduise, continue d'exercer avec la même passion depuis des lustres en interviewant les grands de ce monde tous les matins sur l'antenne d'Europe 1. Alors, quand les rôles sont inversés et qu'il doit se prêter au jeu de l'interviewé, il s'entoure de sa garde rapprochée - la responsable du service de presse, Laurence Dupré, et celui du marketing, Marc Gonnet - et prépare consciencieusement les réponses aux questions qu'on est susceptible de lui poser. En grand communicant, il ne laisse rien au hasard.

Ouvert et habile

« Ce slogan correspond à un moment de l'entreprise où on ne se parlait plus du tout », explique-t-il. Il est vrai que le « style Elkabbach » tranche avec celui de son prédécesseur, Jérôme Bellay, davantage connu pour son exercice autocratique du pouvoir que pour sa volonté d'instaurer le dialogue. Dès son arrivée à la présidence de cette maison, qu'il connaît si bien pour l'avoir intégrée en 1982 et y avoir été directeur adjoint de 1988 à 1993, Jean-Pierre Elkabbach a fait table rase des méthodes controversées de son bouillant prédécesseur, en rétablissant notamment les services et les conférences de rédaction. « Il a la volonté de déléguer et de responsabiliser ses collaborateurs », affirme Marc Tronchot, resté directeur de la rédaction.

Même s'il n'assiste qu'occasionnellement aux conférences de rédaction - « Je suis avant tout chef d'une entreprise et non pas d'une rédaction » -, le journaliste-manager prend soin de ne pas donner l'image d'un patron enfermé dans une tour d'ivoire. Mine bronzée, sourire affable, mise élégante, il fait le tour de la rédaction à chaque fois qu'il le peut, après son interview et avant les multiples tête-à-tête avec les responsables de services qui rythment ses journées. « J'écoute, je consulte avant de décider », insiste celui pour qui un bon manager doit connaître le terrain et savoir dialoguer.

« Avec Bellay, la rédaction en chef décidait de tout, les journalistes n'étaient que des petits soldats », se souvient ­Olivier Samain, délégué syndical SNJ, ­opportunément promu chef du service Économie-société par le nouveau président d'Europe 1. Obsédé par l'adhésion collective à son projet, Jean-Pierre Elkabbach a également rallié les troupes en procédant à des promotions et à des augmentations de salaires (lire page 39). Besoin de reconnaissance ? Calculs opportunistes ? « On ne gagne pas en achetant la sympathie du personnel », rétorque-t-il alors sur le ton cinglant qu'il adopte quand le cours de la conversation menace de lui échapper.

À preuve, « l'affaire Sarkozy », qui a secoué la rédaction en février dernier, quand le ministre de l'Intérieur a ­déclaré que le patron d'Europe 1 l'avait consulté pour recruter un nouveau journaliste politique. De quoi laisser passer l'idée d'une inféodation de la radio à l'UMP à un an à peine de l'élection présidentielle. Une orientation insoutenable pour la rédaction, et surtout pour cette jeune génération qui n'accepte plus la collusion entre journalistes et hommes poli­tiques. Tandis que cette histoire défraie la chronique, la Société des rédacteurs (SDR) se fend d'un ­communiqué interne appelant à la vigi­lance et à « l'impartialité de l'antenne ». « Cette fois-ci, Elkabbach, qui a le sens de la formule, n'a pas réussi à convaincre avec les mots. En revanche, il nous a rassurés par ses actes », commente aujourd'hui Alain Acco, le président de la SDR. Plus que jamais soucieux de préserver l'état de grâce dont il bénéficie, « JPE » a su habilement retourner à son profit cet « incident fâcheux », selon sa propre expression, en nommant une journaliste politique irréprochable venue de Reuters, Hélène Fontanaud.

« Qui me connaît sait que je ne m'en laisse compter par personne. J'en ai trop vu », se défend Jean-Pierre Elkabbach, faisant sans doute référence à son départ fracassant de la présidence de France Télévisions en 1996, quand il a été accusé d'avoir consenti de juteux contrats à certains animateurs-producteurs, affaire pour laquelle il a d'ailleurs été blanchi. Maintes fois « trahi » par ceux qu'il croyait être des amis, il ­affirme aujourd'hui détester les « politiques de réseau », les mondanités et autres « festivités de complaisance » - il faut le croire sur parole tant il a fréquenté les sérails du pouvoir .

Il est vrai que « JPE » dispose d'un ­argument qui tue : comment ­trouverait-il le temps d'y goûter ? Entre la présidence d'Europe 1, celle de la chaîne parlementaire Public Sénat, son interview matinale, son Grand rendez-vous dominical (diffusé sur Europe 1 et TV5) ou encore son émission littéraire Bibliothèque Médicis, il parvient tout juste à suivre ses séances de gymnastique ! À presque soixante-neuf ans, l'homme, adepte du régime végétarien, a une réputation de gros bosseur et une hygiène de vie irréprochable qui lui permet d'afficher une silhouette et un dynamisme de quadragénaire. Son secret : « Je peux m'endormir n'importe où », sourit-il, avant d'ajouter : « Je pense plus à la mort qu'à la retraite. » Pour lui, on l'aura compris, le travail, c'est la santé.

Toujours être le premier informé

« C'est un boulimique, confirme Marc Tronchot, entré à Europe 1 il y a vingt-quatre ans. Avec lui, il n'y a ni vacances ni soirées qui tiennent. Il faut constamment le tenir informé, en laissant des messages sur son portable, un objet sans lequel il ne pourrait vivre aujourd'hui ! » Plus que son besoin de tout contrôler, c'est son inquiétude de ne pas être dans le coup qui le ronge. Que ce soit en sa qualité de manager ou de journaliste, il veut être le premier informé. « Et c'est le défaut d'information qui peut déclencher chez lui de grosses colères », confie Marc Tronchot. Des coups de gueule de plus en plus rares, de l'avis de l'intéressé : « Je suis beaucoup plus calme et détendu que par le passé car je sais désormais faire la part des choses. » Cette passion du scoop et cette envie de gagner, qui ne lui ont jamais fait défaut au cours de ses quarante-cinq années de carrière, suscitent l'admiration d'une partie de son équipe.

« C'est l'un des monstres sacrés de la profession. L'entendre parler peut donner le vertige car il a côtoyé ceux qui figurent aujourd'hui dans les livres d'histoire », poursuit le directeur de la rédaction d'Europe 1. Reste que Jean-Pierre ­Elkabbach n'endosse pas le costume du mentor. Il coupe régulièrement court à ses anecdotes pour ne pas donner l'impression d'être un vieux brisquard de l'info. « Il se positionne ­davantage comme un chef de bande, avec l'idée qu'il faut faire un coup », observe Olivier Samain.

Mais le nouvel élan qu'il a insufflé dans les couloirs d'Europe 1 ne satisfait pas tout le monde. Car cet « animal aux multiples antennes médiatiques », selon l'expression de Marc Tronchot, s'attend à ce que sa troupe suive son rythme... sans rechigner. Pour Valérie Jeulin, la secrétaire du comité d'entreprise, « la charge de travail est beaucoup plus importante qu'avant. Il n'a pas les moyens de ses ambitions à cause des objectifs financiers qu'on lui impose ». Les efforts redoublés ont en tout cas payé puisque selon la dernière enquête d'audience de Médiamétrie, la troisième station de France en part d'audience est la seule, avec RMC, à avoir légèrement progressé. « JPE » ­assume le fardeau car il a les ­défauts de ses qualités : il veut plaire autant à la ­rédaction et au public... qu'à son ­patron Arnaud Lagardère.

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