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Peut-on critiquer son patron ?

25/05/2006 - par Amaury de Rochegonde

Le limogeage du numéro deux de France Télévisions Publicité relance le débat sur les limites du droit de critique dans l'entreprise, reconnu par le Code du travail.

Un salarié peut-il, sans risques, critiquer son supérieur hiérarchique ? Visiblement non. Guillaume Astruc, directeur général adjoint de France Télévisions Publicité, a été licencié le 17 mai après avoir formulé de « graves remarques sur la stratégie et le fonctionnement de France Télévisions Publicité » auprès du président du groupe public, Patrick de Carolis. Dans son collimateur, Philippe Santini, directeur général de la régie, et ses méthodes de management musclées.

Le 7 décembre 2005, un article du Canard enchaîné avait évoqué un séminaire de groupe, tenu le 26 octobre, où s'était déroulée une fausse prise d'otages par des pseudo-terroristes destinée à tester le sang-froid du personnel. Elle avait provoqué l'émoi des cadres ­concernés. Déjà, en juillet 2004, une grève de deux heures avait été déclenchée par les salariés de la régie pour protester contre une réorganisation ­interne à l'occasion de la création d'une « direction de l'optimisation ». Perçu comme étant proche des grévistes, Guillaume Astruc, jusqu'alors directeur commercial et marketing, s'était vu promu directeur général ­adjoint en charge des affaires commerciales. « Promotion garde-à-vous », comme disent les militaires.

Le point de non-retour

Pour l'heure, une enquête interne, diligentée par René Maisonneuve, le directeur des ressources humaines de France Télévisions, a, semble-t-il, blanchi Philippe Santini des accusations portées contre lui. Aucune des parties n'a souhaité faire de commentaires.

Cette histoire est emblématique des limites du droit de critique dans l'entreprise selon Anne-Laure Réveilhac, avocate spécialiste en droit social et coauteur, avec Sylvie Bommel, de La Révolte des virés, sorti le 18 mai chez Bourin Éditeur. « Tout le débat porte sur les modalités, explique-t-elle. Le point de non-retour est atteint quand il y a mise en accusation d'un supérieur hiérarchique ou si l'on tombe dans la calomnie. » Exemple : l'accusation de harcèlement moral. « Par la magie des mots, poursuit-elle, beaucoup de gens emploient ce terme en oubliant que les faits doivent être qualifiés, et qu'il faut matérialiser des preuves. Ainsi, la moitié des plaintes ne sont pas jugées recevables. » Autrement dit, difficile d'aller voir son patron pour dénoncer le harcèlement d'un supérieur hiérarchique sans un dossier étayé contre lui.

Les conflits entre un patron et son numéro deux semblent en tout cas se multiplier ces temps-ci. Jean-Paul Louveau, directeur général du Monde SA, s'apprêterait à quitter son poste pour divergence de vues stratégiques avec son patron, Jean-Marie Colombani. Quant à Jean-Charles Mathey, ex-président du directoire de NRJ, il a été viré de son poste pour faute grave, après avoir loué à son employeur une société lui appartenant (il a été débouté de ses demandes d'indemnités en appel, le 3 mai). « Après de longues années dans l'entreprise, conclut Anne-Laure Réveilhac, on peut se croire tout permis. On veut s'approprier les biens ou l'on veut être calife. » Et la divergence de vues tourne bien plus souvent au rapport de forces qu'à la conciliation !

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