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L'obésité, une question de poids

08/06/2006 - par Lionel Lévy

De plus en plus d'entreprises tentent de faire maigrir leurs salariés. Un exercice de communication interne difficile qui consiste surtout... à éviter de parler kilos.

Désireux d'exhiber un corps svelte sur les plages cet été ? Votre entreprise est là pour vous aider. Cross, randonnée ou sports collectifs, elle ne sait plus quoi inventer pour vous maintenir en forme. Le travail, c'est la santé : tel est en effet l'adage du moment pour les employeurs, de plus en plus nombreux à se préoccuper du bien-être de leurs salariés. Après le bannissement de l'alcool, des psychotropes et du tabac, la chasse aux kilos est ouverte. Le 2 juin, Axa France a ainsi lancé à destination de son personnel administratif (11 000personnes) et commercial (4 000personnes) le programme Mieux vivre. Un site intranet spécifique, relayé par une campagne d'affichage en interne, apporte des conseils nutritionnels aux salariés. À partir de septembre, ceux-ci pourront même bénéficier gratuitement d'un accompagnement personnalisé par le biais d'entretiens avec des diététiciens et médecins du travail.

« En tant qu'employeur responsable, il était important de mener une action d'envergure auprès de nos salariés, explique Anne Fourneau, responsable du développement durable chez Axa France, en charge du programme. L'alimentation joue en effet un rôle important sur la santé. » Soit ! Même pudeur chez Nestlé France, où le programme ­Bien-être, à destination des 12 000 collaborateurs du groupe, est en place depuis ­février 2005. « Nous avons l'ambition de devenir l'entreprise de référence en matière de nutrition, de santé et de bien-être, indique Martine Chauffier, responsable de la communication interne. Dans cette ­optique, nos salariés doivent avoir une forte culture nutritionnelle, de manière à devenir nos ambassadeurs. » Et difficile d'être l'ambassadeur d'une entreprise d'agroalimentaire inscrite dans une telle démarche tout en étant en surpoids !

Éviter toute culpabilisation

Afficher son souci de la santé de ses salariés, d'accord, mais pas question pour autant de parler kilos. Même si dans ces deux initiatives apparaît en filigrane un ennemi commun dont on préfère taire le nom : l'obèse. Un nouveau « gros » mot dans le monde de la communication interne. Pas simple en effet de communiquer auprès des salariés sur un sujet aussi intime et ­anxiogène que le poids sans en froisser certains. Ce que reconnaît volontiers Anne Fourneau, d'Axa France : « Pour que le message passe auprès des salariés, il ne faut pas être culpabilisant et éviter de parler d'obésité, mais insister au contraire sur le plaisir de manger et les bienfaits des activités physiques. »

Une subtilité que PSA Peugeot-­Citroën, précurseur en matière de programme alimentaire, a parfaitement comprise. Dès 2002, le programme Santal, à destination des 12 000 salariés présents sur le site de Rennes, annonçait clairement la couleur : faire maigrir les troupes (des objectifs de prise en charge des salariés par la diététicienne étaient même affichés : 200 en 2004). Le constructeur automobile a depuis déployé un nouveau programme, Santal +, destiné à ses 35 000salariés d'Île-de-France, en communiquant uniquement sur la promotion de l'hygiène alimentaire et de l'effort physique. Pendant deux ans, ceux-ci bénéficieront de campagnes de sensibilisation (affiches, dépliants, ­articles dans les journaux internes, etc.) autour d'une douzaine de thèmes liés à la santé et pourront choisir chaque jour un menu Santal + dans les restaurants de l'entreprise. Pour ceux qui le souhaitent, moyennant une cotisation de 10 euros, un accompagnement personnalisé sur deux ans par e-coaching est proposé sur un site Internet élaboré à cet effet.

Santé ou apparence ?

Que penser de ces initiatives qui misent sur une meilleure productivité de salariés sveltes et dynamiques ? Les résultats sont mitigés : environ 900salariés de PSA Rennes ont bénéficié d'un bilan nutritionnel, près d'un millier chez Nestlé France se sont inscrits au programme maison, soit moins de 10 % des effectifs dans les deux cas. Et les notes, elles, sont plutôt salées. Le coût du programme Bien-être de Nestlé ? 80 000 euros. Chez Axa France, un budget de 40 000 euros a été dégagé pour la seule phase de sensibilisation. Quant au programme ­Santal de PSA à Rennes, il s'élève à plus de 345 000 euros, dont 127 000 euros de subventions (90 000 euros de Mutouest et 37 000 euros de l'État au titre du Programme national nutrition santé).

Si les pouvoirs publics encouragent ces initiatives, certains s'interrogent sur leur opportunité. « Les entreprises n'ont aucune légitimité pour entrer dans la sphère privée de leurs salariés, estime Béatrix de Lambertye, porte-parole de l'association Allegro fortissimo. De plus, elles confondent problème de santé et apparence physique. Un gros n'est pas plus malade ni plus paresseux qu'un autre. Bien au contraire : quand vous êtes capable de porter au quotidien cinquante kilos en trop, vous êtes capable de soulever des montagnes ! » Une analyse que partage la ­sociologue Hélène Garner-Moyer. Selon elle, « il y a un problème de représentation. Pour l'entreprise, des salariés minces sont moins absents et plus productifs tout en véhiculant en externe une image positive et dynamique de la société. Ces initiatives relèvent sans doute plus de l'opportunisme que du seul souci de santé publique. » Tous les promoteurs de ces programmes d'hygiène alimentaire insistent cependant sur le caractère « non coercitif » d'initiatives fondées sur « le partenariat et le volontariat ».

www.allegrofortissimo.com

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