Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

SOS sociétés de journalistes !

29/06/2006 - par Amaury de Rochegonde

L'éviction du patron de Paris Match, Alain Genestar, consécutive à celle de Serge July, à Libération, remet en avant le rôle des SDJ, qui sont souvent le seul rempart contre les ingérences.

La mise à l'écart d'Alain ­Genestar a rallumé un feu mal éteint. Ce 20 juin, alors que Paris Match s'apprête à publier les photos des retrouvailles de Nicolas et de Cécilia Sarkozy, le directeur général de la rédaction de l'hebdomadaire se voit prié de quitter ses fonctions en échange d'un placard doré : la direction des rédactions du groupe Hachette Filipacchi Médias. Il refuse, et c'est dès lors la Société des journalistes (SDJ) de Paris Match qui monte au créneau pour déclarer que « la rédaction, déstabilisée par neuf mois de rumeurs constantes [...], déplore cette mise à l'écart pour des raisons politiques ». Lundi 26 juin, la rédaction de Paris Match, rejointe par plusieurs SDJ du groupe HFM, s'est dite « scandalisée par l'obligation faite à Alain Genestar de quitter son poste ». Elle a demandé aux dirigeants du groupe de lui « donner une garantie ferme et absolue de [son]indépendance. Cela afin que ce fait sans précédent ne se renouvelle plus. Les rédactions du groupe seront vigilantes sur toute intervention de l'actionnaire. »

Bien sûr, c'est la fameuse couverture montrant, à l'été 2005, Cécilia Sarkozy en compagnie de Richard Attias qui est en cause. Visiblement, Arnaud Lagardère n'a pas pardonné. Ami du président de l'UMP, présent sur l'estrade lors du congrès de mai 2005, il estime qu'il aurait dû être prévenu de cette initiative. Devant la rédaction, Gérald de Roquemaurel, PDG de HFM, a évoqué un « différend déontologique ». « Vis-à-vis de Genestar, il y a un problème de confiance, reconnaît-on dans l'entourage d'Arnaud Lagardère. La " couv " de Cécilia n'est d'ailleurs pas le seul cas puisqu'il a publié un cliché de Fabius avec la femme de Jean-Michel Baylet, le patron de La Dépêche du Midi, alors que cette dernière n'était pas divorcée [...]. Il manque de sens politique. Nous serons bientôt en période électorale et Match est très important pour le groupe. »

Que peut faire un journaliste lorsqu'il tombe ainsi en disgrâce vis-à-vis de son actionnaire ? C'est en tout cas le rôle de la Société de journalistes de le protéger contre toute ingérence ­politique. Celle de Paris Match a d'autant plus d'importance que l'hebdomadaire d'actualité n'a pas de représentation syndicale. Sa présidente, Catherine Schaab, rappelle que cette structure de représentation légitime de la rédaction servait jusqu'à présent à organiser des fêtes et, plus rarement, à défendre la ligne éditoriale ou les conditions de travail des stagiaires. Cette fois, il s'agit de muscler un dialogue qui se veut, néanmoins, toujours courtois et aimable : « Nous envisageons de faire une journée de grève après le bouclage du journal, pour ne pas empêcher la sortie du numéro, explique-t-elle le 23 juin. Nous avons un rapport direct et franc avec la direction, mais ce n'est pas conflictuel. On aime ce journal et on considère qu'il est aussi notre oeuvre. » D'ordinaire, à Paris Match, les choses se règlent en bonne intelligence. Sans rapport de force. C'est la première fois qu'un homme politique est la cause de la chute du patron du journal. Pourtant, Alain Genestar, qui avait retiré dans une interview la phrase de Yannick Noah : « Si Sarko passe, je me casse », avait fait son possible pour se rabibocher avec le leader de l'UMP...

Les Sociétés de journalistes sont également sur le front de la défense de Libération où un autre patron-journaliste, Serge July, vient d'être débarqué par son actionnaire de référence. C'est même un journaliste, Vittorio de Filippis, président de la Société civile des personnels de Libération, qui est censé le remplacer, dans le cadre probable d'une direction bicéphale. Le 22 juin, la deuxième assemblée générale du Forum des SDJ en a appelé au sens du devoir d'Édouard de Rothschild, l'actionnaire à 38,8 % de Libé, pour assurer la pérennité du journal alors que le « quotidien vit une vacance du pouvoir ». « Il y a de plus en plus de coups durs portés aux rédactions, estime François Malye, président du Forum, qui réunit 24 SDJ. On est passé de la censure d'État à la mainmise des actionnaires et des annonceurs. » Selon lui, le rôle d'une SDJ est de « mettre en garde contre toute entreprise de propagande, surtout à l'approche de l'élection présidentielle », de garantir l'indépendance des rédactions et « d'empêcher les coups de canif dans le contrat, comme les publi- reportages ou les voyages de presse ». D'où l'idée qu'il ne faut pas attendre qu'une crise se déclenche pour mettre en place des sociétés de rédacteurs : « C'est l'intérêt de l'actionnaire, estime-t-il, car la presse souffre de la défiance du lecteur. » Une SDJ est, selon lui, une garantie pour ce dernier, qui doit être généralisée à toutes les rédactions.

Une structure sans statut légal

L'histoire de L'Express et du Figaro, dont les SDJ se sont élevées contre les velléités de reprise en main par Serge Dassault en 2005, témoigne d'un fait : celles-ci ne sont jamais aussi efficaces que lorsqu'elles s'opposent. Vincent ­Hugeux, président de la SDJ de L'Express, rappelle qu'il a été jusqu'à menacer de compromettre la sortie du magazine, de dénoncer l'archaïsme de la gestion de Dassault à quelques jours du Salon du Bourget pour obtenir, en partie, gain de cause. Si Rudy Roussillon, bras droit de l'industriel, a bien été nommé président du conseil de surveillance, la rédaction a été associée au choix des personnalités indépendantes en son sein, où elle a conservé sa place. Pour lui, une SDJ est le résultat d'une savante alchimie : il faut savoir jouer des muscles, user de « la dissuasion du faible au fort »... mais sans oublier que l'on tient son autorité d'une bonne relation avec la direction. C'est en effet grâce à Denis Jeambar et Jacques Duquesne, présidents du ­directoire et du conseil de surveillance de L'Express-L'Expansion, que la SDJ a pu faire son entrée, en 1997, dans l'instance de contrôle du groupe.

C'est ce qui fait dire à Daniel Wolfrom, qui vient de quitter la présidence de la SDJ de France 2, qu'une telle structure « n'existe que par le bon vouloir de la direction, de gré à gré ». En effet, elle n'a pas de statut légal et ses membres ne sont pas, contrairement aux représentants syndicaux, des salariés protégés. D'où, dans l'audiovisuel privé, des réunions quasi clandestines organisées entre journalistes de M6, RTL et... TF1, qui n'a pas de SDJ. C'est sans doute la raison pour laquelle les syndicats ne voient pas d'un si mauvais oeil ces contre-pouvoirs naissants.... Même si, comme dit Michel Diard, secrétaire du SNJ-CGT, les syndicats de journalistes sont les seules instances habilitées par la loi à défendre les intérêts professionnels et moraux des journalistes. « Les conditions de travail influent sur la production du contenu. Nous ne sommes pas que les défenseurs de la feuille de paye. »

Envoyer par mail un article

SOS sociétés de journalistes !

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.