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Le football, nouvel opium du salarié ?

06/07/2006 - par Lionel Lévy

La Coupe du monde, tout le monde en parle. C'est l'occasion, pour les entreprises, de fédérer leurs salariés autour de l'événement.

On est les champions, on est les champions, on est, on est, on est les champions ! » La France cha football en 2006, qui l'eût cru ? Les salariés français de Danone, ­assurément. En attendant un éventuel sacre des Bleus en Allemagne, les footballeuses de Blédina France et leurs collègues masculins d'Évian-les-Bains les ont devancés en remportant la 6e édition de la Danone World Cup. Cette opération, qui se déroule tous les deux ans, a mobilisé quelque 9 000participants pour les qualifications nationales, soit environ 10 % des effectifs mondiaux du groupe Danone. Les 17 et 18 juin derniers, à Lisbonne, au Portugal, 1 200 joueurs issus de 34 pays se sont disputé le trophée. Dans les tribunes, pendant que les Anglais et les Allemands s'époumonaient au rythme des tambours turcs, les Brésiliennes apprenaient aux Tchèques quelques pas de samba pour la fiesta du soir. Chaud ! « Plus que la fête du football, cela a été la fête tout court, s'enthousiasme Laurent Chartois, capitaine de l'équipe de France masculine, responsable production sur le site d'Evian. Une expérience fantastique qui nous a permis de fraterniser avec nos collègues du monde entier. »

À événement exceptionnel, dispositif idoine

Le ballon rond comme nouveau ciment dans l'entreprise ? La direction de Danone n'en doute pas. « Un événement de ce type a une multitude d'effets positifs sur nos salariés, estime Pierre Deheunynck, directeur du développement des hommes et des organisations chez Danone. Il permet de donner un sens concret aux valeurs de l'entreprise et donc de mieux faire adhérer nos salariés à celles-ci, de valoriser la population des opérateurs qui travaillent en usine (70 % des participants), de faire se rencontrer des services qui n'en n'ont pas l'habitude, etc. Côté business, nous pouvons ensuite en demander beaucoup plus à nos troupes. » Laurent Chartois y voit un autre avantage : le foot effacerait les barrières hiérarchiques. « Sur le terrain, seuls les bons joueurs ont voix au chapitre, assure-t-il. D'ailleurs, pour la finale, bien qu'étant leur chef, j'ai été sorti de l'équipe. Notre leader était un stagiaire. »

Sans aller jusqu'à organiser un événement comparable à celui de Danone, les sponsors de la (vraie) Coupe du monde 2006 ont mis en place des dispositifs de communication interne « spécial foot ». Chez Coca-Cola France, les salariés ont pu regarder les matchs de l'équipe de France. La campagne de communication « On parle tous football » a été déployée en interne un mois avant l'événement. Les 2 500 salariés français ont été invités à se réunir dans le hall de leur site pour participer à un jeu. Objectif : le décloisonnement des services. « Chacun d'eux devait gratter une carte sur laquelle était inscrit le nom d'une personne appartenant à un autre département de l'entreprise, décrit Michel Gotlib, directeur commercial et marketing services de Coca-Cola France. S'en suivait une sorte de jeu des sept erreurs pour chaque binôme avec, à la clé, des places pour des matchs de l'équipe de France à gagner. » Une opération qui a connu un taux de participation de 75 %.

Même type d'initiative chez Adidas. Retransmission des matchs, concours interne de la meilleure tenue de supporter pour gagner deux places pour la finale, et 480 places distribuées aux collaborateurs de l'équipementier pour assister aux matchs du premier tour de l'équipe de France. « Par le jeu des désistements, tous nos collaborateurs (620 au total) qui l'ont désiré ont pu en bénéficier, assure Frédéric Vernet, DRH d'Adidas France. Cela a été une façon de les récompenser. À événement exceptionnel, dispositif exceptionnel. » Mais il n'est pas besoin d'avoir un lien avec la Coupe du monde pour soigner les collaborateurs accros au foot. Exemple chez Kompass, filiale de Pages jaunes, où un concours de pronostics a eu lieu sur l'intranet tandis que l'auditorium était réservé à la diffusion des rencontres.

En être ou pas

Bref, résume Thierry Grange, ­directeur de Grenoble École de management, « le foot est un formidable motif de réunion des équipes pour partager une expérience censée créer du lien. Les entreprises auraient tort de s'en priver. » Et nombre d'entre elles ont surfé sur les analogies, nombreuses, entre sport et business : esprit d'équipe, fierté d'appartenance, dépassement de soi, goût de la performance, etc. Jusqu'à l'actualité qui vient s'en mêler ! « Se demander s'il faut sortir les " vieux " de l'équipe de France, cela peut aussi avoir une certaine résonance dans l'entreprise », ironise Thierry Grange.

Tout le monde ne partage pas cette vision d'une entreprise transcendée par la compétition. Maurice Imbert, directeur de projet chez Inergie ­Management, est circonspect face à ces opérations de communication ­interne. « Pour nombre de salariés, regarder un match avec les collègues, c'est plus une ­figure imposée qu'autre chose, une sorte de moment de convivialité forcée. » René, cadre commercial dans l'informatique, partage cette analyse, s'inventant de faux rendez-vous à l'extérieur pour ne pas perdre une miette de la Coupe du monde, malgré la salle réservée à cet effet par son entreprise. « Je préfère regarder les matchs avec mes potes. Au moins, ils s'y connaissent ! Si c'est pour entendre les âneries des accros de dernière minute, merci bien ! Je sais que mon chef fait partie de cette catégorie... Je n'ai pas envie de m'énerver avec lui. » Le foot au bureau, pourquoi pas, à condition que tous parlent le même langage...

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