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L'habit fait (trop) le moine

13/07/2006 - par Lionel Lévy

Comment réussir quand on est moche, petit ou gros ? Pas facile de faire carrière dans la communication, surtout si l'on ne porte pas la tenue adéquate.

«Profil atypique». Pour Carole Billiard, attachée de presse depuis dix ans dans un musée parisien, le couperet est tombé à l'arrivée de son nouveau directeur général. « Malgré mes bons états de service, on m'a subitement fait comprendre que je ne correspondais plus à la fonction, explique-t-elle. J'étais dès lors interdite de sortie, même pour les conférences de presse. J'ai fini par quitter mon poste. » Avec 1,70 mètre pour 120 kg, elle n'avait visiblement pas un physique pour représenter une entreprise. Durant plus d'un an, elle a démarché toutes les agences de communication de la place. Sans succès. « Que des refus pour des raisons bidon, s'énerve-t-elle. Toutes les attachées de presse sont sur le même format. Si vous n'y correspondez pas, vous n'avez aucune chance. » Écoeurée, elle a décidé d'abandonner la communication pour devenir syndic d'immeubles. Alors, faut-il avoir le physique de l'emploi pour réussir dans les métiers de la publicité et de la communication ?

Le culte de l'apparence

« Ce n'est un secret pour personne, dans ces métiers, l'apparence est une clé d'entrée prépondérante, explique Laurent Quintreau, secrétaire général du Bétor-Pub CFDT. Si on n'a pas le physique, il faut au moins avoir le look. » Mais, pour faire reconnaître la chose aux professionnels de la publicité et de la communication, il faudrait presque les torturer.

« L'apparence, on s'en fiche complètement, assure Éric de Poulpiquet, directeur-conseil audiovisuel d'Hopscotch. Nous ne donnons aucune directive à nos salariés à ce sujet, l'important est qu'ils se sentent bien dans leur peau. » Toujours tiré à quatre épingles, Benoît Héry, vice-président de l'agence Grrrey est moins catégorique. « Je préfère avoir des collaborateurs que l'on écoute, plutôt que des collaborateurs que l'on regarde, mais il faut bien reconnaître qu'à l'instar du syndrome de la blonde dans les RP, le monde des agences de publicité a eu tendance a tout miser sur le look durant plusieurs années », affirme-t-il. En serait-on revenu ? Pas si sûr. « En agence de publicité, tout est très codifié, explique Laurent Quintreau. Il y a deux populations identifiables au premier coup d'oeil : les commerciaux, toujours " smart ", et les créatifs, qui cultivent un look " décontracté ", en réalité très travaillé. Les frais de représentation (vêtements, coiffeur, etc.) constituent, à n'en pas douter, avec le loyer, le plus gros budget des collaborateurs des agences. » Idem en communication. « C'est vrai que nous faisons attention à notre look, mais ce n'est pas une question de milieu professionnel, plutôt une question d'âge, soutient la toujours impeccable Miranda Salt, directrice de la communication de BETC Euro RSCG. Nos collaborateurs sont jeunes, donc naturellement attirés par la mode. » Exemple : Jean-Baptiste Cabrera, stagiaire dans cette agence, consacre 600 euros par mois « aux sapes ». « J'adore les fringues, lance-t-il. Ça tombe bien, être branché, c'est le mot d'ordre dans la publicité et la communication. » Tout est dit... ou presque. Avoir un physique avenant est aussi fondamental. « C'est 20 % de la rentabilité d'un commercial », estime Benoît Héry.

Ce culte de l'apparence ne se cantonne pas au secteur de la publicité et de la communication. De plus en plus d'entreprises font appel à des cabinets de consultants externes pour habiller leurs troupes. Au point qu'un véritable business s'est développé, proposant aux cadres des entreprises du secteur tertiaire de travailler leur look. Formations à la communication non verbale, ateliers de relooking, stages de valorisation par l'image, tout est bon pour soigner son apparence.

Chacun cherche son look

« Les pantalons trop courts, les tee-shirt ou marcel sous la chemise, sans oublier les chaussettes de tennis mises avec un costard, ça ne manque pas chez les cadres dirigeants », sourit François Thibaut, PDG de FT Conseil, une agence de conseil en image qui compte parmi ses clients des cadres de Bouygues Telecom, d'Unilever, de TF1 ou encore des AGF. « Les entreprises se rendent compte qu'en valorisant ainsi leurs salariés, elles en tirent des bénéfices. » Valoriser les salariés en les relookant ? N'est-ce pas au contraire vexant de se retrouver dans ce type de formation ? « C'est clair qu'il faut faire preuve d'un sacré doigté pour ne froisser personne », indique François Thibaut, qui facture ses bons offices 1 000 euros la journée pour un groupe de dix à quinze personnes. « Mais nombre de salariés viennent à mes stages de leur propre chef car ils s'y sont inscrits dans le cadre du DIF [droit individuel à la formation]. » Astucieux...

Positionné sur le même créneau, Michel Chansiaux, consultant en communication, est l'un des concepteurs d'un atelier intitulé Chacun cherche son look. « De nombreux dirigeants déplorent les tenues parfois fantaisistes de leurs collaborateurs, explique-t-il. Plutôt que de les réprimander sur un terrain qui touche à l'intimité de chacun, nous leur proposons de les associer à ce que peut renvoyer leur apparence. »

Jusqu'où ira cette course folle à l'image ? « Pour certains, jusqu'au bistouri », répond Laurent Quintreau (Bétor-Pub CFDT). Est-ce bien raisonnable ? « Tout le monde sait que la beauté est belle : voilà à quoi tient sa laideur », disait déjà, il y a plusieurs millénaires, le philosophe chinois Lao-tseu. Une formule qu'il conviendrait de méditer.

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