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Fausses entreprises pour vrais chômeurs

07/09/2006 - par Lionel Lévy

Les entreprises d'entraînement pédagogique sont peu connues en France. Elles reproduisent à l'identique l'organisation des entreprises, sauf qu'elles emploient de vrais chômeurs qu'elles cherchent à rendre opérationnels en leur faisant mimer les gestes du travail.

Branle-bas de combat chez ­Artefact. Les trente salariés de cette entreprise d'industrie graphique sont sur le pied de guerre. Une société allemande vient de commander dix mille plaquettes de présentation à fournir dans quinze jours. Travailler dans l'urgence, c'est le lot commun de nombre d'entreprises. Sauf qu'ici, rien n'est vraiment réel... hormis les trente-neuf heures par ­semaine à effectuer par employé et le travail à réaliser. Explication : les deux sociétés concernées sont fictives, pas de stock, rien à vendre ou à acheter : ce sont des entreprises d'entraînement pédagogique (EEP).

« Le concept est simple, explique Pierre Troton, le directeur du réseau des cent trente entreprises pédagogiques de l'Hexagone. Les EEP sont de véritables entreprises dans leur architecture, avec des apprenants placés dans les conditions réelles de travail d'un salarié. Grâce à cette pédagogie inductive, ils acquièrent des savoir-être et savoir-faire en entreprise qui leur permettent de développer leur employabilité. » En clair, une sorte d'auto-école de la conduite salariale où l'on s'entraîne à mimer les gestes du travail. Sur les « bancs » de ces EEP, on trouve en grande majorité des demandeurs d'emploi, mais aussi des salariés en formation continue, des détenus en quête de réinsertion, voire des jeunes de lycées techniques qui souhaitent se familiariser avec un métier. Marion Merzoug, vingt ans, s'essaie ainsi au métier de concepteur-réalisateur graphique chez Artefact, en balayant toute la communication papier (réalisation de cartes de visite, création d'affiches, de plaquettes, mise en page de magazine, etc.). « On s'y croit vraiment, lance-t-elle. On a les mêmes contraintes qu'en entreprise, le droit à l'erreur en plus. » Dans ces entreprises fantômes, toutes les fonctions des vraies entreprises sont reconstituées (secrétariat, ressources humaines, commercial, communication, etc.), tandis que les documents « officiels » (chéquiers, factures, etc.) sont des fac-similés fournis par le réseau des entreprises d'entraînement. « Tout est comme dans la vraie vie, souligne Jean-François Pépin, directeur de la formation chez Artefact. Avant d'intégrer l'EEP, les postulants doivent même envoyer des lettres de motivation et passer un entretien d'embauche fictif. » Principe de réalité encore : si ces EEP fonctionnent entre elles, toutes sont parrainées par de vraies entreprises du même secteur d'activité, qui piochent allégrement dans ce vivier de candidats immédiatement opérationnels.

Une prise en charge par des dispositifs publics

« Nous sommes certes de fausses entreprises, mais nous obtenons de vrais résultats », s'enthousiasme Jean-François Pépin, qui affiche pour les apprenants d'Artefact un taux d'emploi à la sortie de la formation de 70 % en prépresse et 100 % en offset. Dernière information d'importance, ces formations sont généralement prises intégralement en charge par des dispositifs publics (région, département, ANPE, Union européenne, etc.).

Ces expériences originales et efficaces n'empêchent pas l'État de se désengager en matière de formation. « Concrètement, cela signifie pour nous la fermeture de vingt EEP depuis trois ans », regrette Jean-François Pépin. Une autre forme de confrontation avec le principe de réalité.

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