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Les rédactions en route vers une formule bimédia

09/11/2006 - par Lionel Lévy et Muriel Signouret

Pour se relancer, les éditeurs misent sur une plus grande complémentarité entre leur support et Internet. Reste à convaincre les journalistes, amenés à revoir leur façon de travailler.

Les éditeurs du monde entier ne jurent plus que par lui. Après le Wall Street Journal, le Financial Times ou encore le Daily Telegraph, qui ont fusionné leurs rédactions Web et papier (lire ci-contre), c'est au tour des médias français de jouer la carte du bimédia. Le quotidien économique La Tribune marche sur les pas de Libération en proposant, le 20 novembre, une nouvelle formule bimédia. L'idée n'est pas tant de fondre les équipes Internet et papier que d'établir une complémentarité entre les deux supports. La direction du quotidien, qui se refuse pour l'heure à dévoiler les grandes lignes de ce renouveau, devra encourager les synergies entre les deux rédactions. Celle du Web comptera bientôt neuf personnes, contre six aujourd'hui, et sera renforcée, à tour de rôle, par des rédacteurs de chaque service de l'édition papier.

Les régies adaptent leurs offres

À L'Express, le nouveau directeur de la rédaction, Christophe Barbier, ne cache pas non plus son intention de renforcer le Web. « Parce qu'il s'agit d'un outil éditorial majeur et qu'il représente un espoir économique pour l'avenir de la presse », souligne-t-il. Mais la réorganisation se veut plus souple. Si ce n'est que la conférence de rédaction a désormais lieu tous les matins à heure fixe, et non plus trois fois par semaine, et qu'elle est ouverte par le rédacteur en chef de lexpress.fr, qui demande aux journalistes de l'hebdomadaire de contribuer au Web dans leur domaine d'expertise. « Ils peuvent alimenter le site par un papier de deux feuillets, par trente secondes devant la caméra ou, tout simplement, en communiquant le numéro de téléphone d'un expert », explique Christophe Barbier.

Les médias audiovisuels ne sont pas en reste : la chaîne d'information LCI, qui a intégré en mars dernier l'équipe Web du groupe TF1, invite également les journalistes Internet à participer aux conférences de rédaction. « On les a installés au coeur de la rédaction, ce qui est une symbolique forte pour démontrer qu'aujourd'hui, Internet n'est plus un business périphérique, mais le second poumon de la chaîne », insiste Jean-François Mulliez, directeur général adjoint de LCI.

Ces changements ont également des conséquences pour les régies publicitaires. « Le courant va en ce sens, indique Pierre Conte, président de Publiprint, la régie publicitaire du Figaro et de ses suppléments. Même si, comme le marché est encore sectorisé par média, la fusion des régies Web et papier n'est pas à l'ordre du jour. » En attendant un rapprochement, la régie proposera, dès 2007 pour le secteur de la communication financière, un seul tarif bimédia, avec parution simultanée sur les deux supports. Idem pour Zefir Web, la régie Internet des groupes Publiprint-Figaro et Express-Expansion, qui déclinera l'an prochain les opérations spéciales du support papier sur la Toile. « Nous formons depuis six mois nos commerciaux du journal à savoir vendre du Web », souligne Pierre Conte.

Des métiers en pleine évolution

Signe d'une évolution profonde, les métiers nés de la bulle Internet, et disparus avec son explosion, réapparaissent. On assiste ainsi au retour des commerciaux exclusivement spécialisés dans le montage de partenariats sur Internet et à celui des référenceurs, lesquels ont pour mission de doper l'audience des sites Internet pour être mieux référencés sur les moteurs de recherche. Publiprint en a récemment recruté deux.

Quant au métier de journaliste, il devra également s'adapter au bimédia, quitte à transformer profondément la façon de travailler. Le mot d'ordre est la polyvalence. « Le multimédia, c'est du son, de l'image et de l'écrit », résume Fabrice Jouhaud, directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ). Autant dire, trois métiers différents et beaucoup de compétences nouvelles à acquérir. Les écoles de journalisme ont pris acte de la nouvelle donne au point d'avoir quasiment enterré la spécialisation presse écrite. « Dorénavant, nous orientons tous les étudiants souhaitant devenir rédacteurs-reporters - un tiers de ceux de la promotion actuelle - vers notre filière multimédia, relancée cette année », indique Fabrice Jouhaud.

Pour le Web des journaux, un tropisme presse écrite n'est d'ailleurs pas forcément un atout. Témoin, Laurent Guimier, ancien rédacteur en chef du 7/9 d'Europe 1, qui vient d'être recruté pour diriger la rédaction du site lefigarofr. Les formations continues axées multimédia ont elles aussi le vent en poupe puisque « une dizaine de rédactions de la presse quotidienne viennent d'y inscrire des salariés », selon Valérie Payet, responsable du département presse écrite du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ).

Toujours plus de contenu

Encore faut-il convaincre les journalistes de passer au multimédia. « Ils ont tous conscience qu'il s'agit d'une nécessité pour l'avenir de la presse, souligne Fabrice Jouhaud. Mais, en même temps, nombre d'entre eux vivent ce passage du papier vers le Web comme une sorte de dégradation professionnelle. » Aussi, la majorité des rédactions privilégient l'incitation plus que la contrainte.

Pour « donner envie » à sa rédaction de travailler pour lexpress.fr, Christophe Barbier, directeur de la rédaction, n'hésite pas à montrer l'exemple en faisant, notamment, un éditorial vidéo quotidien ou un blog sur la présidentielle. D'autres, comme Jean-François Mulliez, de LCI, présentent le Web comme une nouvelle fenêtre d'expression susceptible de pallier la frustration des reporters. « L'information en continu sur notre site peut permettre au journaliste qui est allé sur le terrain de passer un reportage plus long que celui d'une minute trente qui aura été diffusé à l'antenne », explique-t-il.

Reste que travailler sur deux supports implique aussi une charge de travail supplémentaire. « En définitive, nous devrons produire plus de contenu à moyens constants », résume un journaliste de La Tribune. Et Danielle Darras, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ), de prévenir : « Les journalistes n'ont pas quatre bras. Pour que le passage au multimédia ait une chance de sauver la presse, il faut se focaliser sur la qualité des contenus. » Un avertissement pour ceux qui ne verraient dans le passage au bimédia qu'un moyen de réduire la masse salariale.

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