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La presse aux petits soins des médecins

30/11/2006 - par Isabelle Durieux

Le Jama, célèbre publication médicale, a été choisi par l'Assistance publique pour contribuer à la nouvelle formation continue des médecins.

Des permis à points pour les médecins ! Ce n'est pas un canular, mais le contenu d'un décret du ministère de la Santé paru le 6 juin dernier et aujourd'hui prêt à entrer dans sa phase opérationnelle. Comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les médecins français, généralistes ou spécialistes, devront retourner à l'école pour conserver le droit d'exercer. À raison de cinquante points tous les ans, ils suivront des séminaires ou s'abonneront à des revues et à des newsletters, pour peu qu'elles soient validées par l'Assistance publique.

Attendue depuis au moins dix ans, la révolution de la formation médicale continue (FMC) remplacera un système essoufflé, financé de façon erratique par l'État et par les majors de l'industrie pharmaceutique : des congrès promotionnels, des dîners de prestige ou des week-ends à Marrakech, où le médicament défendra son efficacité entre tennis et course de chameaux. Pour Alain Sarraf, président de Publicis Healthcare Communications Group, c'est le début d'une « belle communication et une façon éthique pour les labos de reprendre la parole auprès des médecins. C'est tout bénéfice d'avoir de bons films coupés par de bonnes publicités. »

400 journées par an

En l'occurrence, les bons films, ce sont les programmes de formation orchestrés par plusieurs partenaires, parmi lesquels l'incontournable Jama (Journal of the American Medical Association), qui fournira tout le contenu de la formation continue. Car qui dit formation dit information. Cette publication scientifique, qui émane de l'Association des médecins américains, publie aussi des études de référence dans son magazine thématique Archives. « Les numéros d'Archives font entièrement le tour d'un sujet : ostéoporose, cancer de la prostate, sevrage tabagique, etc. Ils constituent une base de connaissances parfaitement à jour », explique Carole Perquins, qui dirige le développement de ces supports en France. Déjà francophone sous la houlette du rhumatologue Jean Gavaudan, directeur de la rédaction du Jama français, ce journal pointu a été choisi par l'Assistance publique pour devenir le « must » de la formation continue des médecins. Il s'est rapproché de Publicis Healthcare Communication Group, pour répondre au défi du programme : quatre cents journées de formation par an, axées sur les pathologies les plus diverses, dans les principales villes de France.

L'Assistance publique est le moteur et l'argentier de cette formation (le coût d'une journée est estimé à 315 euros pour un généraliste et à 345 euros pour un spécialiste), mais elle compte sur l'appui des majors de la pharmacie pour cofinancer ce projet ambitieux et coûteux. La formation continue des médecins français se pianotera donc à plusieurs mains, sur une partition américaine. C'est donc toute une architecture de formation et de communication qui se met en place pour les partenaires du secteur, à l'heure où l'industrie pharmaceutique (une des plus rentables) marque le pas face à l'offensive des médicaments génériques et subit la bouderie de Wall Street. Les politiques de maîtrise des dépenses de santé en Europe n'arrangent rien pour les Glaxo Smith Kline, Sanofi Aventis et autres Astra Zeneca, qui voient s'infléchir leur croissance à deux chiffres alors que les nouvelles molécules, qui sont leurs fameux « blockbusters », tardent à sortir.

La visibilité des médicaments

Dans ce contexte, les laboratoires remettent en cause leurs modes de promotion. Ils réduisent notamment le nombre des visiteurs médicaux. « Ces licenciements, qui représentent des économies salariales, peuvent donner une bouffée aux journaux spécialisés du secteur, car les médicaments devront rester visibles », commente Philippe Leduc, directeur général de CMP Media, groupe qui édite Le Quotidien du médecin, Le Quotidien du pharmacien et Le Généraliste. CMP Media est également candidat au label FMC grâce à ses suppléments spécialisés, édités depuis dix ans. Et, dans les 500 milliards de dollars (385 milliards d'euros) de chiffre d'affaires mondial annuel que génère l'industrie pharmaceutique, le pourcentage investi dans la publicité presse est bon à prendre.

Quant au sponsoring de la FMC, il représente un vecteur béni pour les laboratoires, qui associeront leur produit phare à une pathologie traitée, dans un cadre éthique soigneusement défini. Les acteurs du marché sont en ébullition, sans pourtant être dupes : en stimulant le niveau de connaissance des médecins, l'Assistance publique n'a pas d'autre but que de freiner leurs prescriptions et, ainsi, limiter les dépenses de santé.

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