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Médias et agences font culture à part

25/01/2007 - par Lionel Lévy

En plein débat sur leur représentativité, les syndicats cherchent à apparaître plus légitimes au sein de l'entreprise. Très implantés dans la presse et l'audiovisuel public, ils sont quasiment absents dans les agences de publicité.

Depuis l'avis du Conseil économique et social préconisant, fin 2006, d'asseoir l'autorité des syndicats sur une élection montrant leur représentativité auprès de l'ensemble du personnel de l'entreprise, le syndicalisme est en ébullition. D'autant que les deux candidats favoris à l'élection présidentielle, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, se sont prononcés d'une même voix pour un syndicalisme de masse. La « présomption irréfragable de représentativité », selon l'expression consacrée, qui fait depuis 1966, de cinq grandes centrales (CGT, CFDT, CFTC, FO et CGC) des interlocuteurs « d'office », est ainsi remise en cause.

«Sens de l'engagement plus fort»

Dans les médias, le SNJ, syndicat majoritaire des journalistes, autonome et non confédéré, plaide pour une refonte du système. « Une remise à plat est indispensable, aussi bien pour les organisations syndicales que pour les salariés, estime Alain Girard, premier secrétaire général du SNJ. C'est une question de crédibilité. » Les chiffres parlent pour lui : aux dernières élections, en juin 2006, le syndicat a obtenu plus de 46,5 % des suffrages, laissant ses deux principaux rivaux, la CGT et la CFDT très loin derrière (respectivement à 17,5 % et 12,3 %).

Au-delà, le syndicalisme dans les médias, notamment audiovisuels, se porte plutôt bien. En moyenne, même si le quorum de votants n'est pas toujours aisé à atteindre, le taux de participation aux élections dépasse au final les 50 %. Et le taux de syndiqués excède largement la moyenne. À Radio France, quelque 25 % des journalistes sont syndiqués. La situation est la même à TF1, où le syndicat majoritaire USNA-CFTC truste à lui seul 25 % de syndiqués parmi les 1 400 salariés. « L'engagement syndical, c'est une vieille tradition dans l'audiovisuel, explique Marcel Caron, secrétaire général de la CFTC du Groupe TF1. Nos journalistes les plus connus, comme PPDA, Chazal, Namias, Pernaut ou encore Sylvestre sont tous des syndiqués actifs. »

Y aurait-il, comme dans nombre d'autres secteurs, une désaffection progressive vis-à-vis du syndicalisme ? Non, à en croire le SNJ qui affiche entre 1996 et 2006 un nombre de journalistes cotisants tous médias confondus en augmentation de près de 20 %. Les raisons d'un tel succès ? D'abord les avancées sociales obtenues en cette période de restructuration dans de nombreux médias (Mondadori, Canal +, Lagardère Médias, etc.). Alain Girard, premier secrétaire général du SNJ, souligne que les journalistes sont « une population ­particulièrement malmenée, payant un lourd tribut à la précarité » mais qui ont « un esprit de corps et un sens de l'engagement plus fort que dans d'autres secteurs ». Dans le service public, les « conquêtes » sont incontestables. À Radio France, par exemple, après dix ans de stagnation des salaires, le combat syndical a fini entre autres par déboucher sur un nouvel instrument salarial (NIS) prévoyant une augmentation de 3 % des salaires en 2005, 1 % en 2006. Plus récemment, la signature d'un protocole d'accord réglant la question des disparités salariales avec France Télévisions a été conclue.

S'ils sont actifs dans les médias, les syndicats sont pour ainsi dire inexistants dans la publicité où le taux de syndicalisation est inférieur à 1 %. « Nous sommes encore à l'ère du paléolithique », lance Laurent Quintreau, créatif chez Publicis et secrétaire général du Betor-Pub CFDT, qui malgré sa position de syndicat majoritaire peinent à dépasser les 0,5 % de salariés syndiqués. Pas mieux chez BETC Euro RSCG où l'unique syndicat (FO) ne compte que deux syndiqués sur les 450 salariés. Des syndicalistes de la pub qui se vivent auprès des salariés au mieux comme des « hurluberlus », au pire comme de « faux frères ».

« Dans notre milieu, le chacun pour soi et le cynisme sont prégnants, avance Laurent Quintreau. Les héros sont des tueurs, pas des syndicalistes qui sont plutôt apparentés à des dinosaures de l'ère industrielle. » Claude Courvalet, directeur artistique et responsable syndical CFTC chez DDB, abonde : « Après avoir pris mon mandat syndical il y a quatre ans, certains salariés ne me disaient plus bonjour. » La peur de représailles de la direction ? « Clairement, affirme-t-il. Les rares salariés syndiqués ne veulent pas apparaître sur les listes et les rendez-vous ont toujours lieu en catimini, le plus souvent hors de l'agence. » « Certes, on est protégé, mais un syndicaliste est rarement bien vu par sa direction, souligne Laurent Quintreau. En prenant un mandat, il faut être prêt à se coltiner des travaux moins intéressants et dire au revoir aux augmentations et autres primes. »

«Faire partie du paysage»

Mais même sans ou avec très peu de salariés syndiqués, le travail syndical ne manque pas dans les agences. « Cela représente entre un tiers et plus de la moitié de notre temps de travail », avancent les syndicalistes. « Tous mes déjeuners sont '' bookés '' trois semaines à l'avance, indique Danielle Lambert, conceptrice-rédactrice et déléguée syndicale FO chez BETC Euro RSCG. Conseils en droit du travail, évolution de carrière, demande de formation et bien sûr licenciements, j'accompagne une soixantaine de salariés par an. »

La situation serait néanmoins en passe d'évoluer positivement dans les agences, notamment chez DDB. « Nous ne sommes pas encore de véritables partenaires de la direction, note Claude Courvalet, mais elle nous ­consulte beaucoup plus souvent qu'avant. Depuis cette année, nos fonctions apparaissent sur l'intranet de l'entreprise, c'est le signe que nous commençons à faire partie du paysage. » Reste à régler la principale question : à quoi bon se syndiquer, puisqu'un accord d'entreprise bénéficie à l'ensemble des salariés ? « Si nous obtenons des résultats, c'est parce que les syndicats sont forts », martèle Claude Cordier, responsable syndical au SNJ Radio France. « Tout l'enjeu est pour nous de faire comprendre cela aux salariés », opine Laurent Quintreau, secrétaire général du Betor-Pub CFDT.

 

www.snj.fr

www.betor-pub.org

www.cftc-tf1.com

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