Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

« Prévenir les suicides par l'écoute »

01/03/2007 - par Entretien : Alain Delcayre

En quelques mois, quatre tentatives de suicide, suivies de trois décès dont le dernier remonte au 16 février, ont touché des employés du Technocentre de Renault. Christiane Mirabaud, médecin et consultante en gestion de crise chez MGVM Consultants, analyse la gestion et les répercussions de cette crise.

Les drames au Technocentre de Renault traduisent-ils un malaise plus général au sein des entreprises ou s'agit-il d'un cas exceptionnel ?

Christiane Mirabaud. Prenons garde à ne pas faire d'amalgame. Il ne faut pas perdre de vue qu'une tentative de suicide est toujours multifactorielle. C'est très souvent le résultat d'un problème psychopathologique. Ceci dit, il peut exister un véritable mal-être au travail, où l'on passe par ailleurs beaucoup de temps. La pression est forte, la précarité s'accroît. Des contraintes qui sont d'autant plus difficiles à supporter par les jeunes générations, notamment, qui ont une attente plus forte vis-à-vis de leur vie personnelle. Mais pointer les facteurs de stress comme causes de suicide est une explication un peu courte. Ce type de drame est en tout cas l'une des situations les plus difficiles à gérer pour une entreprise.

Comment analysez-vous la réaction de la direction de Renault ?

C.M. Le phénomène de répétition a inévitablement provoqué un emballement médiatique. Face aux mises en cause des syndicats à propos des conditions de travail, reprises par les médias, la direction ne doit pas se ­contenter de les démentir en présentant les actions qu'elle mène sur le terrain en la matière. Elle doit prendre en compte ce qu'il y a derrière ces plaintes et y répondre.

Mais de quelle manière ?

C.M. Il faut avoir une communication en empathie avec le personnel. La hiérarchie doit montrer qu'elle est consciente de ce qui se passe. Elle doit aussi rapidement s'appuyer sur des professionnels au travers d'espaces spécifiques de dialogue, afin de favoriser l'expression de toutes les personnes concernées. L'intervention de tierces personnes permet une meilleure remontée des réactions, surtout si elles sont anonymes. Mais cette démarche ne doit pas se réduire à une période de deux à huit jours. Il faut installer ce système d'écoute dans la durée. C'est très important, car ces comportements peuvent avoir un effet de contagion [le 22 février, les médias annonçaient le suicide d'un employé de PSA survenu au début du mois à Charleville-Mézières]. Il faut savoir que 10 % de la population a ou a été déprimée et se trouve, dans ces cas-là, tout particulièrement fragilisée.

Concrètement, au travers de quelles mesures doit se traduire cette démarche à long terme ?

C.M. Les responsables des ressources humaines doivent mieux se former afin d'avoir une bonne connaissance de ce qu'est le stress. Ils doivent comprendre ces comportements, savoir les repérer et se doter d'instruments leur permettant de mieux les gérer. Sur le plan pratique, il faut par exemple installer des lieux de détente au travail, et surtout faire en sorte qu'ils soient reconnus comme tels pour éviter toute culpabilité quant à leur usage. Il est indispensable aussi d'instaurer des moments d'expression personnalisée, en réapprenant par exemple tout simplement à se lever pour aller voir un collègue et ne plus se contenter d'un courriel impersonnel, dont le contenu est réduit à sa plus stricte expression. Il faut favoriser le travail d'équipe et savoir rappeler à certains qu'ils ont une famille ou une vie personnelle à côté du travail...

Mais l'enjeu n'est pas seulement interne. Que doit faire l'entreprise, notamment face à la pression médiatique ?

C.M. Évidemment, la communication externe doit être en totale ­cohérence avec le message délivré aux salariés. En effet, qui écoute avec le plus d'attention ce qui se dit dans les médias ? Les employés, bien sûr ! Les entreprises l'oublient trop souvent. Leurs porte-parole ou dirigeants s'expriment parfois de façon trop distanciée par rapport à l'événement. Des exemples montrent pourtant l'impact d'une communication empathique tant en interne qu'en direction de l'externe. Lors du crash du Concorde en 2000, le président d'Air France Jean-Cyril Spinetta et son équipe ont eu une attitude exemplaire. Ils se sont exprimés tout de suite. Ils ont été très présents tant en interne que dans les médias, avec un discours digne et compatissant. Ils ont pensé à toutes les victimes, aux clients bien sûr, mais aussi à l'équipage. De même, lors de l'affaire des steaks contaminés en 2005, Michel-Édouard Leclerc a su exprimer son angoisse concernant notamment les risques pour les enfants. Et il a régulièrement communiqué sur les mesures prises par sa société.

Envoyer par mail un article

« Prévenir les suicides par l'écoute »

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.