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La culture générale fait faute dans l'entreprise

15/03/2007 - par Lionel Lévy

De plus en plus de salariés présentent de graves lacunes en orthographe et en culture générale. Des déficiences susceptibles de freiner leur carrière et d'écorner l'image de l'entreprise. Pour ne froisser personne, une communication astucieuse s'impose.

Désolé, je n'ais pas le tant de me déplasser. » Le courriel d'Aurélien, un cadre commercial d'une grande entreprise de distribution, en réponse à la tenue d'une réunion de service, est emblématique des difficultés orthographiques rencontrées par certains salariés. Alors que la douzième Semaine de la langue française bat son plein (du 10 au 20 mars ), le niveau d'orthographe des salariés français semble s'être sévèrement dégradé depuis plusieurs années. Participes passés non accordés, verbes mal conjugués, incohérence des phrases... « Les outrages à la langue française sont de plus en plus fréquents en entreprise », constate Bernard Fripiat, « coach en orthographe » dans une demi-douzaine d'organismes de formation. À qui la faute ? Certains évoquent les insuffisances de l'Éducation nationale, d'autres l'utilisation massive des SMS... Tous observent qu'on n'a jamais autant écrit dans l'entreprise. Mais il n'est pas toujours aisé de se concentrer sur sa syntaxe et son vocabulaire lorsqu'on doit rédiger chaque jour des dizaines de courriels, notes et autres mémos.

Astuces et doigté

« Contrairement aux idées reçues, les quadragénaires et quinquagénaires ne sont pas moins concernés par les problèmes d'orthographe que les jeunes, estime Bernard Fripiat. De même, depuis deux ans, les cadres supérieurs sont aussi nombreux que les secrétaires dans mes stages. La différence, c'est qu'ils viennent en cachette. » Difficile d'assumer ses fautes d'orthographe lorsqu'on est haut placé. Mais, même au bas de l'échelle, le tabou demeure. Un casse-tête pour les entreprises, conscientes de l'effet désastreux sur leur image d'un document truffé de fautes envoyé à un client, mais qui ne peuvent prendre le risque d'humilier leurs salariés en les inscrivant contre leur gré à une formation en orthographe.

Pour résoudre ce dilemme, chacun a ses petites astuces. Chez Veolia ­Environnement, engagé depuis plusieurs années dans la lutte contre l'illettrisme, plutôt que de proposer des formations consacrées aux salariés, le groupe traite la question dans une démarche globale d'appropriation des compétences. Parallèlement aux tests d'écriture et de lecture, les salariés (à 80 % des ouvriers) sont évalués sur leur comportement au travail (relation client, vie en équipe, sécurité, qualité, maintenance, etc.). « Certains déploient des trésors d'imagination pour cacher leurs lacunes en lecture et en écriture, explique Christiane Bressaud, chargée de mission à la direction de la prospective sociale chez Veolia. Aussi, il est fondamental de ne pas froisser les salariés en les stigmatisant. Il s'agit au contraire de banaliser le sujet en les mettant dans une stratégie de réussite et non d'échec. »

Les autres entreprises proposant à leurs salariés de perfectionner leur orthographe agissent toutes avec le même doigté. Psychologie élémentaire oblige, la plupart présentent cette formation sous des vocables très pudiques : communication écrite dans l'entreprise, techniques usuelles de communication, etc. Et certaines tentent de débusquer les « fossoyeurs de Molière » dès l'entretien d'embauche. « On ne peut décemment pas proposer à nos candidats une dictée, souligne Isabelle Grevez, responsable du recrutement chez PricewaterhouseCoopers. Mais, depuis cinq ans, nous testons leur compétence en français - orthographe, agencement des idées, etc. - par le biais de questions autour de l'idée qu'ils se font du métier de consultant. » Et s'ils sont mauvais en français ? « Si leur technicité est très pointue, le reste n'est que littérature. »

Un élément qui joue dans l'évolution de carrière

L'orthographe, considérée par Lamartine comme « l'intelligence des imbéciles », n'empêcherait donc pas de faire carrière, le contenu du message primant encore le respect de la langue. En revanche, la culture générale serait un élément plus discriminant dans l'évolution de carrières. « Nous avons interrogé l'année dernière quelques grands patrons d'entreprise, notamment Denis Kessler, du réassureur Scor, Michel Pébereau, de BNP Paribas, et Henri de Castries, d'Axa, sur le sujet, raconte Jean-Damien Pô, directeur des études de l'Institut de l'entreprise. Il ressort clairement qu'à partir de 35 ans, les parcours professionnels cessent de se jouer sur un terrain purement technique. Émergent alors ceux capables de s'abstraire des considérations strictement liées à leur coeur de métier. Or, la culture générale favorise clairement cette aptitude. »

Problème : le niveau de culture générale des salariés ne semble guère reluisant. C'est en tout cas l'avis de Max Duco, ancien journaliste et correcteur depuis dix ans pour des entreprises aussi diverses que Christian Dior, Chrysler France, Unilever et Vivendi. « Le niveau a terriblement baissé, estime-t-il. J'ai vu dans des brochures clients et autres catalogues nombre d'affirmations erronées. Les habitants de l'Inde ne sont pas des Hindous, mais des Indiens. De même, le tigre n'est pas l'animal le plus féroce d'Afrique, tout simplement parce qu'il n'y en a pas sur ce continent... »

Résonner avec l'activité

La question de la culture générale commence visiblement à entrer dans le champ des préoccupations managériales. Century 21 propose ainsi depuis trois ans des formations sur ce thème à ses collaborateurs. Au programme, durant une journée, des conférences, des questions, des jeux de rôle destinés à leur donner des clés de compréhension sur des champs qui n'entrent pas dans leur domaine d'expertise. « Cela procure un avantage concurrentiel à notre entreprise, affirme Hervé Bléry, directeur général de Century 21. Avec des collaborateurs qui s'élèvent à titre individuel comme professionnel. Car pour élargir son champ de clientèle, un vendeur doit avoir une bonne culture générale. » De fait, la quasi-totalité des six mille collaborateurs de Century 21 ont déjà participé à ces formations fondées sur le volontariat. Le secret de la réussite ? Comme pour l'orthographe, du doigté pour ne heurter personne. « S'il s'agit bien de culture générale, ce terme n'est jamais employé et nous utilisons toujours des thématiques en résonnance avec leur activité, comme l'évolution du comportement du consommateur, la mobilité résidentielle, etc., explique Frédéric Ferrer, journaliste à M6 et animateur de ces formations proposées par l'agence Kuryo. Et surtout, nous posons toujours les questions de culture générale à un groupe, jamais à un individu. »

 www.anlci.gouv.fr/(Agencenationaledeluttecontrel'illettrisme)

 www.correction-de-textes.com

 www.kuryo.com

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