Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

La politique au bureau, point trop n'en faut

03/05/2007 - par Lionel Lévy

En ce moment, peu de conversations qui ne tournent autour de la présidentielle. Mais parler politique au bureau n'est pas sans risque.

Ségo ou Sarko ? La question est en ce moment sur toutes les lèvres. Nicolas Tardieu, ingénieur chez Cap Gemini, ne connaît pas la réponse, mais il espère que c'est la première qui l'emportera. Dans sa vie professionnelle, ce fervent militant PS aimant se définir comme un « catho de gauche » n'hésite pas à afficher ses positions. Pour le reconnaître, rien de plus simple : c'est le seul salarié qui arbore un pin's « la rose au poing » sur le revers de sa veste et dont la voiture, garée sur le parking, est toujours remplie de tracts et d'affiches politiques. Et pour ceux qui n'auraient pas de bons yeux, il suffit de tendre l'oreille : Nicolas ne manque jamais une occasion de parler politique avec ses collègues.

« Au début de ma carrière, je n'affichais pas mes convictions, raconte-t-il. Mais quand on passe huit heures par jour avec ses collègues, il devient difficile de les cacher. » Nicolas profite même de ses pauses déjeuner pour rédiger des tracts, voire en distribuer à la sortie de Cap Gemini.

Le militantisme politique est-il soluble dans l'entreprise ? « Le salarié est avant tout un citoyen, explique Jean-Emmanuel Ray, professeur de droit du travail à l'université ParisI. Rien ne l'empêche de faire état de ses opinions politiques et toute sanction prise sur cette base est nulle de plein droit. » À condition de ne pas abuser de sa ­liberté d'expression. Exemple : inonder ses collègues de courriels politiques peut être constitutif d'une faute disciplinaire. De même, seuls les militants syndicaux peuvent distribuer des tracts à l'intérieur de l'entreprise.

Mais, au-delà de la question strictement juridique, se pose celle de l'opportunité : est-il judicieux d'afficher ses opinions politiques au bureau ? De fait, la grande majorité des salariés jouent plutôt la carte de la discrétion. « La plupart de ceux qui se déclarent se disent bayrouistes, observe Grégory(1), un militant sarkoziste cadre dans une grande banque. C'est surtout une façon pour eux de ne pas se mouiller et de ne ­fâcher personne. »

Si révéler son salaire est tabou, avouer pour qui on vote l'est encore plus. Surtout lorsque l'on grimpe les échelons hiérarchiques. « La politique est de l'ordre de l'intime, elle n'a pas sa place dans l'entreprise », lance Anne Mazoyer, présidente de Fairvalue, un cabinet-conseil en stratégie et affaires publiques. Raison invoquée : politique rime avec polémique, et tout ce qui peut diviser est mal vu par la hiérarchie.

Du côté des militants, les avis sont partagés. « Se taire, c'est garantir la paix sociale dans l'entreprise », témoigne Stéphane(1), un concepteur-rédacteur d'origine arménienne qui en a assez, depuis son « coming out » politique, de se faire appeler « Sarkozian » par ses collègues. Le risque d'étiquetage n'est en effet jamais loin. Mais d'autres militants préfèrent souligner les avantages nés de l'affichage de leurs convictions. « Mon engagement politique m'a plutôt ­attiré la sympathie de mes collègues et de ma hiérarchie, affirme Jérôme(1), militant strausskhanien chargé des relations presse d'un grand groupe de distribution. Et ce malgré le fait que la plupart d'entre eux sont des adversaires politiques. » Jean-Christophe Mikhaïloff, élu radical de gauche du XIe arrondissement de Paris et éditeur chargé des opérations spéciales chez Lagardère, confime. « En matière politique, j'étais devenu une sorte de point de référence : les collègues venaient souvent dans mon bureau pour avoir des informations ou mieux comprendre mes arguments. Idem pour certains membres de la direction, pourtant à mon opposé politiquement. » En février dernier, Jean-Christophe a néanmoins préféré démissionner « pour se concentrer sur la campagne ». « Un choix personnel », tient-il à préciser.

Attention aux éclats

Pour Frank Tapiro, coprésident de l'agence Hemisphere droit et conseil en communication de Nicolas Sarkozy, « les discussions politiques au bureau sont sources de débat et créer du dialogue n'est jamais mauvais dans une entreprise », ­affirme-t-il, en soulignant se servir des arguments antisarkozystes de certains de ses collaborateurs pour nourrir sa réflexion et trouver des idées.

Des discussions politiques pour favoriser le dialogue et la cohésion d'équipe ? « La politique et le management ont beaucoup de points communs, estime Nicolas Tardieu. Dans les deux matières, il faut savoir écouter, amadouer, convaincre, faire adhérer... » « Ce type d'argument ne convaincra jamais une direction des ressources humaines, répond le professeur Jean-Emmanuel Ray. Elles considèrent toutes à juste tire que les discussions politiques, le plus souvent passionnées, peuvent aboutir à des clashs durables entre collaborateurs. » Vincent(1), cadre administratif dans une entreprise spécialisée dans l'immobilier, peut en témoigner. « Après le 21 avril 2002, les langues se sont déliées : la plupart de mes collègues m'ont dit avoir voté Le Pen. Cela m'a ulcéré. Nos rapports se sont tellement ­détériorés que j'ai fini par démissionner, raconte-t-il. Depuis, lorsqu'un collègue parle politique, je préfère m'éloigner. »

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Envoyer par mail un article

La politique au bureau, point trop n'en faut

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.