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La pub aime-t-elle les homos au bureau ?

31/05/2007 - par Lionel Lévy

Contrairement aux idées reçues, la communauté homosexuelle n'est pas plus encline à assumer son identité dans le monde des communicants.

La sphère professionnelle, dernier bastion de l'homophobie en France ? Quelques jours à peine après la troisième Journée internationale de lutte contre l'homophobie, le 17 mai dernier, la communauté homosexuelle est en droit de se poser la question. En cause, une étude que vient de réaliser la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) selon laquelle près de la moitié des personnes homosexuelles déclarent avoir été victimes de propos ou d'actes homophobes au bureau. « Plus des deux tiers des réclamations reçues concernant des discriminations liées à l'orientation sexuelle ont lieu dans un cadre professionnel », indique Mayada Boulos, chargé de communication à la Halde.

Pour les associations gays et lesbiennes, ce n'est pas tout à fait une surprise. « L'homophobie au travail est le motif principal de saisine de notre association, indique Jacques Lizé, président de SOS Homophobie. C'est sans conteste entre les murs de l'entreprise qu'il est aujourd'hui le plus difficile d'assumer ses orientations sexuelles. » Selon un sondage réalisé en 2006 par L'Autre Cercle, l'une des principales associations homosexuelles nationales, près de la moitié des gays et lesbiennes ne seraient pas « visibles » au sein de leur entreprise, la plupart d'entre eux craignant d'éventuelles conséquences sur leur carrière.

Qu'en est-il dans la communication, un secteur réputé plutôt ouvert ? « Certes, dans des univers masculins et très hiérarchisés, du type armée, police, restauration, BTP, etc., il y a plus de risques d'homophobie, note Jacques Lizé. Pour autant, il n'y a pas vraiment de secteurs où les homos peuvent exprimer sereinement leurs orientations sexuelles. » Hormis peut-être les relations presse. « Ce n'est un secret pour personne, les services et bureaux de presse sont tenus globalement par des femmes, les hommes restants sont majoritairement homosexuels », observe Thomas Doustaly, directeur de la rédaction du magazine Têtu.

Et dans la publicité ? « Là où il y a sexisme, il y a aussi homophobie, soutient Catherine Tripon, présidente de L'Autre Cercle. Or, la pub est souvent sexiste. Aussi, il n'est pas plus facile d'assumer sa différence, notamment dans les fonctions commerciales. » Cyril Marin Le Quellec, directeur-conseil et développement chez Publicis 133, livre un autre point de vue : « J'ai toujours assumé ce que je suis, et cela n'a jamais posé de problèmes. » Sans doute aussi parce qu'il gère des budgets luxe, beauté et mode où, semble-t-il, l'homosexualité est plus vécue comme un atout qu'un frein à l'embauche. C'est du moins l'avis de plusieurs cabinets de recrutement spécialisés dans ces domaines. « Les annonceurs du luxe, de la mode et de la beauté aiment avoir dans leur équipe ou en face d'elle des homosexuels, constate Martine Landry, chasseur de têtes au sein du cabinet Chantal Baudron. Tout simplement parce qu'ils se disent que cette population est toujours à la pointe des tendances. Quelque part, cela les rassure. »

Stéréotypes tenaces

Même phénomène pour les créatifs en agence. « Les stéréotypes ont la vie dure, déplore Christophe Falcoz, directeur du cabinet-conseil RCF Management et auteur d'une enquête sur l'homophobie dans le monde du travail. Les homos sont appréciés dans les fonctions créatives en agence, d'une part car ils sont supposés ne pas avoir de contraintes familiales fortes, donc être à même de supporter des rythmes de travail intenses, et d'autre part parce qu'ils sont vécus comme des personnes branchées et imaginatives, dotées d'une sensibilité artistique particulière. »

Tout en pointant « l'aberration du lien entre créativité et sexualité », Thomas Doustaly, de Têtu, constate qu'il minimise les risques d'homophobie : « Pour un créatif, être gay n'a jamais posé de problèmes dans une agence, mais c'est moins vrai s'il s'agit d'une autre fonction. Vous connaissez beaucoup de directeurs financiers d'agence qui soient des homosexuels déclarés ? En fait, la pub est sans doute le secteur dans lequel les gays et lesbiennes sont le moins militants. » À noter d'ailleurs que s'il existe des sociétés immobilières spécialisées pour les populations homosexuelles, telle La Garçonnière Immobilier, aucune agence de publicité ne s'est spécialisée sur ce créneau.

Pas de communauté au travail

Pas plus qu'il n'existerait de solidarité particulière entre homosexuels dans le monde du travail. « Ce qui soude au travail, ce sont les qualités professionnelles, affirme Cyril Marin Le Quellec. Ce n'est pas parce qu'on est homosexuel que l'on va bien s'entendre avec quelqu'un qui partage les mêmes inclinations. » Ce que semble confirmer un sondage Ipsos paru dans le dernier numéro de Têtu : 45 % des sondés ne croient pas à l'existence d'une communauté homosexuelle. Et quand bien même elle existerait, seuls 15 % des homosexuels estiment avoir des goûts et une culture commune. Les homos des agences de publicité connaissent donc les mêmes difficultés à afficher leurs différences sexuelles que ceux des autres secteurs. « Si on en est là, c'est parce qu'il y a un grave déficit de communication interne en la matière », explique Catherine Tripon (L'Autre Cercle). Ses solutions ? « Que les entreprises aient le courage de sanctionner les comportements homophobes, mais aussi qu'elles intègrent dans leur charte sur la diversité la question de l'orientation sexuelle, en sensibilisant les personnels d'encadrement sur le respect de toutes les diversités. »

www.halde.fr

www.sos-homophobie.org

www.autrecercle.org

www.rcf-management.com

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