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Le stress au travail, un mal en plein essor

28/06/2007 - par Maxime Amiot

Pression des actionnaires, exigences des clients... Le stress se développe dans les entreprises. Le secteur de la communication est particulièrement concerné.

Dans le monde de la communication, le stress au travail est tellement une habitude qu'on en oublierait presque de le mesurer. Et pourtant : d'après une étude publiée en 2003 par TNS Sofres, 85 % des salariés de ce secteur se disent stressés et 54 % considèrent le stress plus important dans leur métier qu'ailleurs. Un chiffre supérieur à ce que l'on trouve dans les autres secteurs : 44 % des Français se disent concernés par le phénomène, selon une étude réalisée en avril 2006 par le cabinet Stimulus, spécialisé dans la prévention et la gestion du stress en entreprise. De quoi s'agit-il ? Selon l'Agence européenne de santé au travail, « un état de stress survient lorsqu'il y a un déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a des ressources pour y faire face ». En clair : chaque jour, s'attaquer à l'ascension d'un sommet équipé d'un simple piolet...

Si nombre de cas ne présentent pas de danger majeur, l'enquête de Stimulus souligne que 18 % des personnes interrogées souffrent d'un niveau de stress mettant en péril leur santé psychique ou physiologique. Troubles du comportement et du sommeil, maux de dos, bouffées d'angoisse, infarctus, dépressions, voire suicides, comme récemment chez PSA Peugeot Citroën à Mulhouse (quatre salariés ont mis fin à leur jour entre avril et mai) ou au technopôle Renault de Guyancourt (trois suicides entre octobre et février derniers). Les conséquences peuvent être imprévisibles.

Le secteur automobile n'a pas l'apanage du stress. Pour un communicant, la pression fait souvent partie du quotidien, surtout à l'approche des congés : exigences des clients, participations incertaines à des appels d'offres, imprévus quotidiens, relationnel à gérer, délais à respecter... Pour Barbara Ouvrard, attachée de presse indépendante depuis dix ans, « les moments de pression les plus intenses sont avec les clients. Certains ne comprennent pas pourquoi leurs budgets ne conduisent pas illico au meilleur affichage des bus de la ville, ou encore à un reportage aux JT de 20 heures... » Autre point particulièrement usant, les relations humaines : « C'est un métier où il faut veiller à toujours être agréable, même si l'interlocuteur est détestable. De même, il faut se rendre toujours accessible, les gens ne comprennent pas qu'on ne puisse pas être disponible tard le soir... » Laurent, cadre dans la publicité, confirme : « Dans une agence, il y a une incertitude permanente. Du jour au lendemain, une création peut plaire à un responsable et pas à d'autres, c'est très subjectif. Rajoutez à cela les délais qui se raccourcissent de plus en plus, c'est rapidement intenable. »

Un coût pour l'employeur

Des pics d'adrénaline qu'il faut parvenir à gérer. Certains y parviennent, voire s'en régalent. « L'incertitude, les coups de bourre, les nocturnes... Tous ces imprévus font le piment du métier. C'est un stress positif, motivant, et c'est aussi pour cela que je fais ce métier », explique Michaël Ferron, directeur de clientèle à l'agence Ketchum. D'autres finissent par craquer. Comme François (1), cadre dans une filiale de Publicis. « C'était il y a quatre ans, raconte-t-il, j'étais responsable d'une équipe. Nous n'étions que cinq, alors même que le projet aurait nécessité deux collaborateurs de plus. Et puis, un jour, le client a brusquement augmenté le cahier des charges de 30 %. J'ai tiré sur la corde tout au long du projet, faisant des horaires de fou. Je savais bien que si je me plantais, je risquais gros. Je suis parvenu à boucler la mission, mais, après, j'ai complètement craqué. » L'homme subit alors une brutale dépression, qui nécessite un arrêt maladie de plusieurs mois. Il reprendra finalement son poste, aidé par des antidépresseurs.

Conscient de ces dérives, certains employeurs commencent à agir. Ils y ont tout intérêt, et pas seulement pour leur image interne. « L'absentéisme et les arrêts maladie consécutifs au stress ont un coût pour les employeurs. De même, la productivité d'un salarié trop stressé est moindre », rappelle Laurence Saudner, directrice générale de l'Institut français d'action sur le stress. Mais, pour l'heure, les actions restent encore timides. Certaines sont originales, voire « cosmétiques » : au sein d'Euro RSCG, par exemple, les salariés peuvent ainsi faire appel à des séances de massage de trente minutes sur leur lieu de travail, entièrement prises en charge par le groupe. De même, depuis quelques mois, les collaborateurs peuvent accéder à des séances de sophrologie. Une formule qui sera généralisée en septembre prochain.

Peu d'actions en profondeur

Autre action, en plus classique : les formations. Le groupe TF1 met ainsi en place, depuis deux ans, un stage de deux jours comprenant une information sur les effets du stress et des mises en situation ou des jeux de rôle. Des entretiens individuels avec des psychologues peuvent aussi être obtenus. « L'ensemble des collaborateurs peut suivre ces stages, et notamment les managers, car ils ont un rôle majeur dans la prévention du stress : s'ils restent maîtres d'eux-mêmes, cela se ressent sur l'équipe », note Catherine Denamur, médecin du travail qui suit TF1.

Autant d'initiatives qui ont le mérite d'exister, mais qui ne règlent pas tout. « On ne peut pas vaincre le stress par du vernis. Il faut des actions en profondeur, sur l'organisation même du travail, et cela, bien peu d'employeurs en sont capables », affirme Dominique Chouanière, responsable de projet à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Dédramatiser les situations, apprendre à négocier avec tact avec un client qui souhaite obtenir des délais impossibles à respecter, savoir dire non à sa hiérarchie... Quelques règles de vie dans l'entreprise qui vont au-delà de simples exercices de respiration...

(1) Le prénom a été changé.

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