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Faut-il avoir peur du Blackberry ?

12/07/2007 - par Bruno Fraioli

Ce téléphone portable fait fureur dans les milieux d'affaires et les services commerciaux. Or, son utilisation soulève des questions, notamment concernant sa sécurisation et l'addiction qu'il peut susciter.

En dépit de son interdiction dans les cabinets ministériels français et les critiques concernant son pouvoir d'addiction, le Blackberry continue de faire un malheur auprès des cadres du monde entier (voir encadré). Il est vrai que le succès de ce téléphone portable sophistiqué, lancé en 1999 par la société canadienne RIM (Research In Motion), ne se dément pas. Il repose davantage sur sa fonction « push mails » que sur ses qualités d'assistant personnel électronique (avec agenda, textes, tableaux de données, localisation par GPS, etc.). L'outil permet à son utilisateur de recevoir et d'envoyer des messages électroniques en permanence, quels que soient l'heure et le lieu dans le monde. Un outil presque incontournable dans l'entreprise, mais qui suscite quelques interrogations en termes de management.

Le Blackberry a-t-il une utilité ?

S'il s'est imposé aussi rapidement, c'est parce qu'il répond à une demande. Dans un monde toujours plus mobile, le Blackberry permet au cadre de rester en contact permanent avec son travail. « La vraie révolution a été l'arrivée de la boîte à lettres électronique, observe Jean-Louis Muller, directeur à la Cegos et auteur d'ouvrages sur le management et la gestion du temps de travail (1). Le Blackberry a accéléré les avantages de la messagerie électronique grâce à sa mobilité. Il permet de traiter des messages n'importe quand en profitant de moments d'attente. La vitesse est devenue un avantage concurrentiel. » Mais le formateur reconnaît aussi que l'engin place son utilisateur dans une gestion de type flux tendu. Sans autodiscipline, celui-ci risque de perdre le temps de la réflexion par l'accélération du phénomène de « ping-pong » (échanges rapides) entre interlocuteurs. Par ailleurs, la réception des courriels en continu augmente le fractionnement du travail entre les tâches. « Ce type d'outil fait gagner du temps, mais provoque de plus en plus d'interruptions pas forcément synonymes de meilleure productivité », explique Jérôme Tougne, docteur en psychologie et consultant chez Stimulus. Ainsi, pour un cadre, le zapping a réduit le temps moyen de chaque tâche à 7 minutes. Nonobstant, le Blackberry valorise le statut social de son possesseur. « C'est un signe indiquant que le travail qu'il entreprend au sein de l'entreprise est important car il peut être joignable 24 heures sur 24, poursuit Jérôme Tougne. Certains y voit d'ailleurs une récompense. »

Le Blackberry rend-il fou ?

« J'ai décidé de rendre mon appareil le soir où, lors d'un dîner en tête-à-tête avec ma femme durant les vacances, je me suis rendu compte que je n'arrivais pas à résister à l'envie de vérifier l'arrivée de messages sur mon Blackberry », confie un dirigeant d'entreprise. Aux États-Unis, l'appareil a été affublé du surnom de « Crackberry », en référence à cette drogue à base de cocaïne rendant rapidement dépendant. « C'est son côté pervers, indique Jérôme Tougne. Les personnes anxieuses sont les plus sensibles à ce phénomène car elles ont constamment besoin de réassurance. » Pour ces cadres, le fait de savoir qu'ils sont constamment connectés avec leur travail fait augmenter leur angoisse de rater quelque chose. « Comme il n'y a plus l'excuse de ne plus être joignable, il existe même un sentiment de culpabilité de ne pas être disponible à certains moments, tel le week-end », poursuit le psychologue. La vitesse fait également perdre la notion de hiérarchisation des informations. « L'utilisateur n'arrive plus à évaluer la notion d'importance des messages reçus, observe Jérôme Tougne. Il les traite comme si chacun avait besoin d'une réponse immédiate. Au final, c'est l'utilisateur qui se met lui-même la pression. » « Et un cadre stressé est hyperréactif, ce qui est contre-productif, renchérit Jean-Louis Muller. Mieux vaut aujourd'hui un cadre proréactif. »

Le Blackberry est-il sûr ?

D'apparence inoffensive, le petit appareil de 150 grammes menacerait la sécurité nationale. Il a été interdit dans les hautes sphères de l'État français (Élysée, Matignon et tous les ministères). Cette interdiction s'appuie sur une circulaire du secrétariat général de la Défense nationale, dont le haut responsable chargé de l'intelligence économique, Alain Juillet, estime que l'appareil pose « un problème de sécurisation des données ». La crainte est que les services secrets étrangers, notamment la National Security Agency (NSA) américaine, ne fouinent dans les messages de nos diplomates.

Pour les experts informatiques, une probabilité de piratage est réduite, mais pas inexistante. De fait, le système installé par la société RIM fait transiter l'ensemble des courriels échangés par leurs serveurs informatiques installés au Canada et en Grande-Bretagne. Des ordinateurs que certains esprits malins pourraient pénétrer ? Non, affirme clairement RIM. « La NSA n'a pas la capacité de visualiser le contenu d'une communication de données envoyée par le biais des serveurs informatiques ­Black­berry, indiquait la société sur le site ZD Net. Toutes les communications de données ­effectuées (...) sont cryptées et l'origine des courriels ne peut ni être tracée ni faire l'objet d'une analyse de contenu. » Malgré ces affirmations, la décision des sphères dirigeantes de l'État français, très médiatisée, a sans doute interpellé quelques responsables informatiques préoccupés par le piratage industriel et la guerre de l'intelligence économique.

Le Blackberry peut-il être dompté ?

Avant d'en arriver à la cure de désin-toxication, le Blackberry demande à être contrôlé... pour éviter que ce soit l'inverse. Selon les professionnels du temps de travail, la règle d'or est d'éviter d'avoir le nez collé sur l'appareil. « Il ne faut pas gâcher les temps de pause nécessaires, voire obligatoires, comme un déplacement en train ou en avion, qui peuvent être facteurs de récupération », recommande Jérôme Tougne, qui affirme toutefois que le Blackberry peut aussi être un outil rassurant. « Durant les vacances, il permet de continuer à garder un oeil sur l'activité et de gérer ses courriels au jour le jour, pour éviter d'en retrouver six cents de retour au bureau, estime-t-il. Pour les gros mordus du boulot, réserver une demi-heure par jour à cette tâche serait un bon compromis. « Il faut également prendre son temps, conseille Jean-Louis Muller. Cela permet de hiérarchiser les messages et d'éviter de passer trop de temps sur les derniers reçus sans repérer le plus important envoyé auparavant. » Un système automatique de couleurs selon les expéditeurs est une bonne manière pour classer les messages. « L'arrivée du téléphone portable avait aussi fait craindre l'intrusion permanente de l'entreprise dans la vie privée, rappelle Jérôme Tougne. Finalement, il n'y a pas de plainte. Les gens respectent les week-ends ou les vacances, car ils sont eux-mêmes en week-end ou en vacances ! » Jean-Louis Muller relativise aussi l'aspect connexion permanente avec le monde : « De toute manière, en cas d'événement important, on arrivera toujours à vous joindre », assure-t-il.

(1) Managez votre temps et vos priorités. Jean-Louis Muller, Anne Launay-Duhautbout et Jean-Pierre Testa, 2005, éditions ESF, 210 pages, 22 euros.

 www.blackberry.com/fr

 www.rim.net

 www.stimulus-conseil.com

 www.cegos.fr

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