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Le journaliste social fonctionne à l'économie

27/09/2007 - par Amaury de Rochegonde

La rubrique sociale tend à disparaître des journaux sur fond de financiarisation et de mondialisation de l'économie.

Il est au premier rang, ce 18 septembre. Face à Nicolas Sarkozy et à côté de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, Marc Landré écoute dans une salle du Sénat le discours de politique sociale du président de la République. Sur les écrans, ce journaliste trentenaire de L'Expansion, président de l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis), trahit un petit sourire satisfait. Réforme du contrat de travail, fusion ANPE-Unedic, fin des régimes spéciaux... le chef de l'État, posant une main sur un pupitre siglé Ajis, multiplie les annonces qui feront la une des journaux le lendemain. Succès garanti pour Marc Landré qui, avant la fin de son mandat en fin d'année, voulait créer l'événement. Il avait même eu recours pour cela à une agence de RP, AB Com.

En voie de mutation

Ce professionnalisme est à l'image du métier, qui a beaucoup évolué depuis la création de l'Ajis, en 1967. L'organisation succédait alors au Syndicat des journalistes du mouvement social et, comme le rappelle Sandrine Lévêque, maître de conférence à Paris I et auteur d'une thèse sur le sujet, « l'association est passée de la Bourse du travail au ministère de l'Emploi ». À une génération de journalistes venue du syndicalisme succèdent des professionnels plus techniciens, plus diplômés et « beaucoup moins militants », selon l'universitaire. « On n'a pas à prendre fait et cause pour les salariés licenciés », explique Marc Landré. Sauf s'il s'agit de défendre l'info sociale de qualité. » « On est des pros de la tuyauterie juridique », renchérit Emmanuelle Souffi, jeune secrétaire générale de l'Ajis. « Les journalistes sociaux d'aujourd'hui sont de bons connaisseurs du Code du travail, mais ont beaucoup moins la mémoire du social », observe Michel Noblecourt, journaliste au Monde.

Malgré cette technicité accrue, les membres de l'Ajis se sentent sous-évalués dans la hiérarchie journalistique, se disant victimes d'une préférence accordée par l'entreprise aux rubriques économiques et financières. En atteste leur difficulté à organiser actuellement des visites d'entreprises. « Ces dernières disent souvent qu'elles préféreraient traiter avec un journaliste économique », confie Bernard Sananès, directeur général d'Euro RSCG. À mon sens, le journaliste social est en voie de mutation car on ne peut pas séparer l'économique et le social. » Seul le « microsocial », qui est aujourd'hui un facteur de différenciation compétitive pour les entreprises, fait pour lui encore sens. Mais la politique sociale d'un groupe est indissociable de ses résultats financiers, les journaux l'ont bien compris. Si l'association compte encore 263 journalistes, elle fait face à la disparition des rubriques sociales au Monde, au Point, à Libération ou à L'Express (dont le cahier emploi vient de fusionner avec celui du Figaro). La crise des petites annonces est passée par là. Seuls Les Échos continuent d'investir dans cette spécialité.

Quel avenir pour le journaliste social ? « Il faut être un peu sociologue, un peu historien, un peu économiste et un peu juriste », répond Denis Boissard, directeur de la rédaction de Liaisons sociales. Et un peu expert du rapport de forces car, ajoute-il, « c'est en menaçant de faire un papier » qu'une entreprise qui ne communique pas entrouvre ses portes. Et le journaliste social a l'avantage de disposer de nombreuses sources, notamment syndicales. Quid, alors, du reporter social de demain ? Selon Sandrine Lévêque, « après la génération des militants, puis celle des techniciens, la troisième que l'on voit émerger sur les blogs tient un peu des deux à la fois ».

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