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« Journaliste multimédia, ça ne s'improvise pas »

29/11/2007 - par Propos recueillis par Lionel Lévy

Depuis plus d'un an et demi, une rédaction Web est au coeur de celle de LCI. Jean-Claude Dassier, directeur général de la chaîne info, analyse les enjeux managériaux de ce couplage et l'évolution du métier de journaliste.

Pour faire fonctionner en bonne intelligence votre rédaction Web avec celle de la chaîne LCI, quel type d'organisation avez-vous décidé de mettre en place ?

Jean-Claude Dassier. Quand les journalistes Web du groupe TF1 [vingt personnes] sont arrivés en mars 2006, nous les avons installés au coeur de notre rédaction. Un signe fort pour montrer que les deux rédactions sont sur un pied d'égalité. Le statut des journalistes Web a été aligné sur celui des autres, avec entre autres une grille de rémunération identique. Côté organisation du travail, nous tentons d'aménager la porosité des échanges via notamment des conférences de rédactions communes. Au quotidien, le partage de l'information s'organise service par service. Mais ce n'est pas évident, les journalistes de LCI n'ont pas toujours le réflexe Internet.

Comment faites-vous pour leur donner envie de s'impliquer plus sur le Web ?

J.-C.D. Certains reporters peuvent être frustrés de n'avoir qu'une minute trente de reportage à l'antenne. Le Web est pour eux une nouvelle fenêtre d'expression leur permettant d'aller plus loin. Nous communiquons beaucoup en interne sur cet aspect. Car quand on aime ce métier, on est forcément excité par les opportunités offertes par les nouveaux médias. Certains journalistes comme Pascal Praud, Pierre-Luc Séguillon, Éric Revel ou Damien Givelet ont mis en place des blogs pour aller plus loin avec les internautes, mais personne n'y est obligé.

Il faut dire que c'est un surcroît de travail pour des journalistes rarement rémunérés pour cela...

J.-C.D. C'est vrai. On ne peut pas demander aux journalistes de tout faire. Les journées ne font que vingt-quatre heures et il faut respecter leurs limites physiques. C'est pourquoi chacun y participe selon ses goûts et envies. À propos de la rémunération, mon avis est que tout travail supplémentaire mérite une rétribution. Aujourd'hui, certes, il n'y a pas d'incitation financière pour participer au site Internet, mais rien n'est figé. Nous n'en sommes qu'aux prémices du journalisme multimédia. Mais ce qui est sûr, c'est que vous ne pouvez pas faire TF1, LCI et un site d'info compétitif [lci.fr figure parmi les 3 premiers sites d'information], soit trois médias pour le prix d'un.

Cela veut dire de nouvelles embauches ?

J.-C.D. Non. Ça signifie qu'il faut encore travailler sur une mutualisation maximale des moyens entre TF1, LCI et le site. Les compétences existent en interne. Simplement, on ne s'improvise pas journaliste multimédia en un clin d'oeil. Pour que les journalistes pensent automatiquement multimédia, il faut leur donner les moyens de se l'approprier. Ça passe par de l'investissement en formation pour se familiariser avec les nouvelles technologies. Grâce à des formations mises en place dès l'an 2000, presque tous les journalistes savent monter eux-mêmes leurs images sur ordinateur. L'objectif n'était pas seulement lié à des considérations de coût, mais aussi au futur passage au multimédia. Quant à nos JRI [journalistes reporters d'images], ils ont été équipés de nouvelles caméras numériques leur permettant de participer plus facilement au site. Un nouveau serveur informatique numérique est en train de voir le jour, il nous permettra de rapatrier plus facilement les vidéos. Des formations pour tous les journalistes auront lieu en juin et juillet 2008.

Que pensez-vous du journalisme dit citoyen ? Est-ce à vos yeux une façon nouvelle d'exercer le métier de journaliste ?

J.-C.D. Le journalisme citoyen, c'est une fumisterie, une communauté de commères. La majorité des informations traitées sont des flots de rumeurs. Journaliste, c'est un métier, une déontologie, des infos sourcées et vérifiées. Alors, vous allez me dire que depuis un an, nous invitons les internautes témoins d'une scène particulière à vous transmettre leur vidéo ou photo. C'est vrai. Mais, pour le moment, ce qu'on reçoit n'a pas d'intérêt journalistique ou n'est pas diffusable au vu de la piètre qualité technique des images. Peut-être que cela s'améliorera... Quoi qu'il en soit, nous sommes plutôt en train de réfléchir aujourd'hui à envoyer plus fréquemment nos JRI sur les points chauds du globe pour récupérer des images exclusives. Car, entre les sites d'information, c'est sur la qualité que se fait et se fera toujours la différence.

Pourtant, notamment via les blogs de journalistes, d'aucuns considèrent que le journalisme est plus libre sur Internet...

J.-C.D. C'est vrai, sauf qu'ils se trompent en confondant la forme et le fond. Je réfute l'idée qu'il y aurait plus de liberté sur Internet que dans un média traditionnel. Sur le plan de l'info, tout se qui est dit sur un blog doit pouvoir l'être à la télévision. Le responsable de presse qui ne veillerait pas à cela condamnerait de facto son propre média.

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